Il y a quelques générations, on parlait volontiers de l'"auguste derrière" d'une grand-tante ou d'une grand-mère. Sans ce douter qu'Auguste Derrière existait pour de vrai! Il fut le fleuron de non-sens et du jeu de mot laid. Si ses slogans tonitruants ont révolutionné l'art naissant de la publicité, l'auteur tomba dans l'oubli après avoir été la coqueluche de l'élite culturelle de l'époque. Heureusement, un éditeur l'a retrouvé et nous propose, sans se lasser ni nous lasser, ses livres de dictons, blagues et autres maximes.
"Les mites n'aiment pas les légendes", du ci-dénommé Auguste Derrière donc, illustré par PLONK & REPLONK, vient de sortir au Castor Astral (160 pages), complétant fort utilement les deux volumes précédents du même Derrière, excellents eux aussi, "Les moustiques n'aiment pas les applaudissements" et "Les fourmis n'aiment pas le flamenco" (2009 et 2011, même éditeur) qui se sont déjà vendus à plus de trente mille exemplaires chacun.
Ce troisième ouvrage d'Auguste Derrière commence par une confession, bouleversante évidemment. Des faux se cachaient parmi les documents prêts à être imprimés dans les pages! Très semblables aux originaux, difficiles à identifier. Malgré tout, les imitations ont été traquées, jetées, de façon à ce que le lecteur soit confronté à l’œuvre vraie et véritable d'Auguste Derrière. Même si ce dernier aurait sans doute doucement rigolé à l'idée qu'on le copiât avec talent.
En tout, ce sont plus de 400 pensées, maximes, dictons, aphorismes et réclames désuètes absurdes ou hilarantes qui sont réunis dans ce très plaisant ouvrage. Par exemple: "Entreprise à la noix recrute dactylo faisant des coquilles." Cela pétille sec, et il faut parfois y réfléchir à deux fois avant de savourer l'esprit labyrinthique de l'Auguste Derrière. Plaisir supplémentaire: la mise en page qui donne tout son sel à ce petit bouquin bien utile pour les exercices de zygomatiques.
Ce jeudi 12 décembre à 20 heures est projeté en musique à Bruxelles, à Bozar, le film "Nanouk l'esquimau" de Robert J. Flaherty, datant des années 20. Un film qui me fait immédiatement penser à Florence Seyvos qui a composé autour de ce thème un merveilleux roman pour enfants, "Nanouk et moi" (L'école des loisirs, Neuf, 103 pages, 2009). Un titre que j'ai très souvent recommandé, avec beaucoup de bonheur, y compris à ma libraire. Comment vivre en passant à côté d'un tel bijou?
Le livre commence par une phrase mystérieuse: "Zblod n’est pas son vrai nom. Je ne peux pas dire son vrai nom, parce que c’est confidentiel. Je ne peux pas prendre le risque que quelqu’un cherche son numéro dans l’annuaire, et lui fasse des blagues téléphoniques en pleine nuit." Ça y est, le lecteur est happé, il est cuit, qu'il ait 9 ans, ou 99 ans, ou entre les deux. Magie de la première phrase, ciselée, intrigante et drôle, une particularité de l’auteure française, qui distingue aussi les albums illustrés dont elle écrit les textes, "L'ami du petit tyrannosaure", avec Anaïs Vaugelade, par exemple (même éditeur).
De chapitre en chapitre, on suit le petit garçon – sous pseudonyme selon le même principe de précaution téléphonique – qui consulte le docteur Zblod, un "spécialiste des cauchemars et des angoisses" lui ont expliqué ses parents. Les cauchemars, Thomas Cracov sait ce que c'est. Sauf qu’il ne fait "presque jamais de cauchemars la nuit". Au médecin bienveillant, il précise: "C’est quand je suis réveillé que j’en fais le plus". Et surtout un, récurrent, sur Nanouk l’Eskimo, le héros du film documentaire de Robert Flaherty dont il a un jour visionné le DVD.
Au fil de leurs conversations, Thomas explique au médecin comment il s’est chargé, au sens propre, du décès de Nanouk, mort en allant chasser. Combien il s’angoisse au sujet de la famille de l’Eskimo alors que son entourage l’assure qu’elle a été prise en charge. Combien il se sent seul avec ses craintes: aux yeux de ses parents, c’est de l’histoire ancienne.
Avec une infinie délicatesse, Florence Seyvos suit la façon dont le jeune Cracov et le docteur Zblod démêlent l’écheveau qui embrouille la tête du garçon. En même temps, elle pointe la fragilité et la perméabilité de l’imaginaire enfantin. Chaque soir, Thomas fait revenir son cauchemar. Pourquoi? "Pour Nanouk", explique-t-il au thérapeute. "Sinon, j’ai peur que personne ne pense à lui. J’ai peur qu’il soit abandonné."
Superbement écrit, sérieux, sensible et drôle, le roman mêle les scènes où Thomas explique des séquences du film et les événements du quotidien: histoires d’école ou de famille. Peu à peu, le narrateur reprend pied dans la vie, dans sa vie, fort de ce que lui a dit Zblod: "N’oublie pas: ce qui t’a touché, toi, t’appartient." Tout est dit.
"Nanouk l'Eskimo".
Si ce texte est le dernier pour le moment que Florence Seyvos ait donné aux enfants, c'est parce que la jeune femme a plein d'autres activités littéraires, de traduction, d'adaptation et de relecture, et cinématographiques avec son amie Noémie Lvovsky. Et aussi parce qu'elle a publié en début d'année un superbe roman en littérature générale, "Le garçon incassable" (L'Olivier, 173 pages), tout imprégné de la présence de... Buster Keaton.
Justement, ce livre démarre quand la narratrice, arrivée à Los Angeles, s'apprête à aller voir de près les maisons où Buster Keaton a résidé à Beverly Hills. L'écrivaine française fait des recherches pour son prochain livre. Mais que cherche-t-elle vraiment? Ou plutôt qui cherche-t-elle?
Son travail lui fait d'abord rencontrer Henri, son oncle maternel, né handicapé pendant la guerre et mort à trente-trois ans quand elle n'avait que six ans. Il avait certes le cerveau endommagé, il apprenait moins vite que les autres mais il témoignait d'une volonté de fer. Et il a laissé plein de souvenirs dans les histoires que se transmet la famille.
Cet Henri est indissociable d'un autre Henri, de neuf ans lui, que la narratrice rencontre pour la première fois quand elle a onze ans. A la séparation de leurs parents, elle et son frère suivent leur mère qui s'installe en Afrique avec le père de ce garçon bizarre: une mâchoire prognathe, très maigre, l'esprit au ralenti mais combien attachant. Le "Petit Henri", malgré sa fragilité et sa lenteur, malgré ses phrases apprises par cœur, dégage une incroyable impression de force. Un demi-frère aux fous-rires fréquents et communicatifs, capable d'attendre comme personne, concentré d'amour.
Florence Seyvos. (c) Frank Juery.
Ecrivain rare et précieuse, Florence Seyvos raconte ces découvertes mutuelles avec douceur. Elle ne hausse pas le ton quand elle dévoile la pensée éducative du père d'Henri: "Les enfants, il faut les casser." Elle précise seulement que "Henri s'est cassé tout seul, quelques heures après sa naissance. C'était un beau bébé dodu de plus de trois kilos. Et tout d'un coup, un vaisseau s'est rompu dans sa tête." Ah, la petite musique de ses mots...
Une fois ses personnages installés, l'auteure lance véritablement son roman où passent et repassent Joseph dit Buster Keaton, autre petit être incassable dont on suit le parcours d'enfant et d'artiste de music-hall, plus tôt dans le temps, et Henri, qui grandit et est peu à peu pris en charge par d'autres que son père. La famille de la narratrice s'installe au Havre, Henri l'accompagne. Pas de justification à cette mise en parallèle par opposition, heureusement. Jamais la romancière n'élève la voix dans son livre. Elle consigne des faits, relate des événements, tresse des vies qui se répondent en pleins et creux. Elle montre l'immense solitude de l'un et de l'autre et, l'air de rien, permet à sa narratrice de mieux se connaître, d'accéder au secret que semblaient détenir Buster et Henri, de contrôler ses peurs.
"Le garçon incassable" est un roman tendu sous son apparence calme. Superbement conduit, il cultive l'art d'écrire au plus près de personnages en perpétuelle évolution, tient constamment en haleine tant les héros de papier sont présents et avides de vivre, chacun à leur façon. Avec une infinie délicatesse, Florence Seyvos rappelle que les perdants ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Au contraire, fine observatrice, elle dévoile l'humanité, la force et l'amour de ces êtres différents qui croient en eux. Et rend de plus en plus présente sa narratrice, appui de deux êtres cassés, être fragile qui trouve son chemin et donne elle-même la vie à un enfant. Il faut se laisser bercer par ce beau roman, sans chercher à comprendre de façon cartésienne les mystères des associations de la romancière. Elle mène le lecteur dans son texte et ses surprises sans le lâcher. Ce livre discret a été un des meilleurs romans du printemps 2013.
Une double page du livre "Marguerite Duras". (c) De La Martinière.
C'est vrai qu'elle était jolie quand elle était jeune, Marguerite Duras (1914-1996), on l'oublie parfois aujourd'hui. Elle ne s'était alors pas encore choisi Duras comme nom de plume. La demoiselle portait le nom de son père, Donnadieu. Elle était née en Indochine, dernière des trois enfants du couple Henri et Marie Donnadieu, un directeur d'école et une institutrice volontaires dans les colonies françaises.
C'est un des nombreux éléments qu'a rassemblés Lætitia Cénac dans le très beau "beau livre" biographique qu'elle consacre à "Marguerite Duras" (De La Martinière, 224 pages). Un ouvrage passionnant, qui regorge d'informations sur la vie et les œuvres de Marguerite Duras (livres, pièces de théâtre, scénarios, films, articles...) et se lit comme un roman. Une bonne introduction à celle dont on fêtera l'an prochain le centenaire de la naissance et les trente ans du prix Goncourt pour "L'Amant" (Editions de Minuit).
Il est amusant de constater que c'est la deuxième femme de théâtre qui s'empare de ce sujet. Lætitia Cénac est journaliste, grand reporter au service culture de "Madame Figaro". Elle est également critique théâtral, tout comme Laure Adler qui signa son "Marguerite Duras" en 1998 chez Gallimard - elle vient de le republier en version illustrée chez Flammarion.
Lætitia Cénac. (c) David Coulon.
Quand on lui demande par quels mots caractériser Marguerite Duras, Lætitia Cénac, de passage à Bruxelles, répond: "Vivante, insolite, révoltée, amoureuse, blagueuse".
Si elle explique la vivacité de sa plume par le fait qu'elle est journaliste, "on sait raconter des histoires", sa passion pour Duras en est au fond la vraie raison. "Je n’ai pas fait ce livre par hasard", reconnaît celle qui admire aussi Léo Ferré - pas simple quand on travaille au "Figaro"... "Lors de mes études de lettres et de philo à la Sorbonne, j’ai fait un DEA sur Marguerite Duras. J’avais alors tout lu d'elle et rassemblé énormément de documentation à son sujet.
J’ai proposé ce livre à l’éditrice à l’occasion du prochain
centenaire de sa naissance. Elle a accepté à condition que ce soit un beau livre. Je n’avais plus qu’à relire mes travaux antérieurs et à les compléter de nouvelles
lectures, comme le "Cahier de l’Herne" ou d’autres bios parues
entretemps.
Il
n’y a pas pléthore de livres sur Duras. La collection où sort mon livre demande de raconter quelqu’un, d’inclure l’histoire
de cette femme dans la grande Histoire. Le parti pris était d'être grand
public. L'ouvrage est donc rubriqué comme un magazine. Les chapitres sont chronologiques et entrecoupés de témoignages, Edgar Morin, Michael Lonsdale, Michèle Manceaux,…, d’encadrés thématiques (les hommes, la mode, la cuisine,…). J’ai choisi des chapitres chronologiques car ils sont plus accessibles que les chapitres thématiques. Je voulais raconter des choses littéraires à propos de Marguerite Duras et les inclure dans sa vie."
Marguerite Duras et Sami Frey pendant le tournage de Jaune le soleil (1971) (c) Etienne George Sygma Corbis.
Programme parfaitement suivi dans cet ouvrage vif et captivant, remarquablement illustré de photos plus ou moins célèbres ainsi que de nombreux documents historiques. "Les photos et les illustrations ont été réunies grâce à l’iconographe, de manière à contextualiser la partie historique", explique l'auteure qui n'a pas lésiné sur les citations, très joliment mises en pages elles aussi: "Duras est très forte, qu’elle dise une chose ou son contraire, c’est pour cela que j’ai voulu qu’il y ait de nombreuses citations. C’est un parti pris. A son propos, Michèle Manceaux, qui a été sa voisine pendant trente ans, dit: "Elle, c’était un écrivain!" De plus, Marguerite Duras est au bac de français. C’est l’écrivain le plus lu des lycéens en France. Elle a déjà deux volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade (2011), et deux autres arriveront en 2014."
Le plus rigolo de l'histoire, c'est que Lætitia Cénac n'a jamais rencontré Marguerite Duras alors qu'elle a longtemps habité à Sait-Germain des Prés, pas loin de l'appartement du 5 de la Rue Saint-Benoît où l'auteure avait emménagé en 1942. "J’ai découvert ses livres à vingt ans mais je ne sais plus lequel j’ai lu en premier. A l'époque, mon préféré était "Le ravissement de Lol V Stein" et un des premiers dialogues de "Hiroshima, mon amour". J’aime aussi beaucoup ses films "India Song" et "Hiroshima mon amour". Mais la vraie émotion que je garde encore intacte aujourd'hui, c'est quand j'ai vu en vrai, à sa création, en 1983, "Savannah Bay", une de ses pièces de théâtre, avec Bulle Ogier et Madeleine Renaud. Aujourd’hui, ses textes sur l’écriture me correspondent davantage, "La vie matérielle", "Outside", "Le monde extérieur" (tous les trois chez P.O.L.) ou "Ecrire" (Gallimard)."
Dans son "Marguerite Duras", on trouve tout de la femme et de l'artiste multiple: ses errances géographiques, son goût pour l'amour, la passion, le sexe et hélas l'alcool, son esprit communautaire, ses relations avec sa mère et avec ses frères, son attention à l'argent, ses implications politiques, ses désirs d'enfants, son intérêt pour les maisons. Toute une vie qui s'est prolongée dans ses écrits, romans, articles, invention du nouveau roman, scénarios, pièces de théâtre, cinéma... Lætitia Cénac met tout cela magnifiquement en scène, rappelant les succès mais ne masquant rien des drames de celle qui avait toujours regretté être de si petite taille.
Une autre double page du livre reprenant une formule beaucoup lue en cette rentrée.(c) De La Martinière.
"Il faut beaucoup les aimer les hommes, beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter." Cette phrase de Marguerite Duras, extraite de "La vie matérielle" (P.O.L.), a été utilisée à la dernière rentrée littéraire, à sa manière et pour le meilleur, par Marie Darrieussecq dans son roman "Il faut beaucoup aimer les hommes" (P.O.L.), prix Médicis 2013. En long, elle sert d'exergue au livre et en court, de titre. On y retrouve la Solange découverte dans "Clèves" (P.O.L.), femme blanche qui vit ici un coup de foudre pour un homme noir.
Atiq Rahimi.
"L'amant", sorti en 1984, a été un livre-clé pour l'écrivain français d'origine afghane Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008 pour "Syngué Sabour, pierre de patience" (P.O.L.). Né à Kaboul en 1962, il a quitté l'Afghanistan en 1984, lors de la guerre afghano-soviétique. Il avait fait ses études au lycée franco-afghan puis à l’université de Kaboul, en lettres modernes, pendant deux ans. Il m'a raconté son périple.
"Après neuf jours et neuf nuits de marche avec un groupe de jeunes résistants, je me suis réfugié au Pakistan où j’ai demandé l’asile politique à l’ambassade de France. Je suis arrivé en France en 1985. J’étais horrifié: je ne comprenais rien, la plupart des profs français avaient quitté l’Afghanistan quand j’y étudiais. Tout le monde parlait vite, en utilisant des expressions.
Je me suis inscrit à l’université en auditeur libre. Ma première matière a été le Nouveau Roman. Je n’avais pas de culture de la littérature française. Mais je me suis accroché.
En 1984 avait paru "L’amant" de Marguerite Duras. Pour ma petite allocation de réfugié, c’était un livre cher, un investissement même. Mais je l’ai acheté. Et j’ai lu "L’amant" avec le "Petit Robert" à côté de moi. Ce premier livre acheté en France a été ma première aventure littéraire. Je n’avais lu que quelques livres en français en Afghanistan, sous forme de résumés ou de vulgarisations. J’ai découvert à Paris la littérature française dans sa langue originale, moi qui avais lu les "Misérables" en traduction!"
On ne peut évoquer la vie de Marguerite Duras sans relever l'article sur "L'affaire Villemin" qu'elle publia dans "Libération" en juillet 1985. C'est d'ailleurs plus pour cela que pour son Goncourt obtenu l'année précédente pour "L'Amant" (Editions de Minuit) qu'elle figure dans "Les années 80 pour les nuls" (Editions First) de Bertrand Dicale. Des années fric, des années choc, une décennie révolutionnaire dont on retrouve les événements marquants avec plaisir et/ou surprise.
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Mais Marguerite Duras a aussi été l'auteur d'un livre pour enfants, souvent oublié aujourd'hui, que lui avait demandé François Ruy-Vidal. "Ah! Ernesto", illustré par Bernard Bonhomme a été publié en 1971 par Harlin Quist.
Ce texte devenu introuvable - il n'avait pas été republié lors du retour de l'éditeur new-yorkais à la fin des années 1990 - revit aujourd'hui en grand format, illustré par la très douée Katy Couprie (Editions Thierry Magnier, 40 pages).
(c) Katy Couprie/Ed. Thierry Magnier.
On retrouve avec un immense plaisir Ernesto, ce petit garçon qui refuse obstinément d'encore aller à l'école parce qu'on veut lui apprendre des choses qu'il ne sait pas!
Quand ses parents vont voir le maître d'école à ce sujet, ce dernier ne se souvient pas avoir un Ernesto dans sa classe. Un "petit brun, sept ans, des lunettes"? Non il ne le voit pas.
Il ne le reconnaîtra pas plus quand ses parents l'amèneront devant lui. On imagine le genre de dialogues non sense, débordants d'appel à la liberté, que Marguerite Duras a eu l'occasion de créer pour ses différents personnages.
L'album "Ah! Ernesto" est excellent, tout simplement. Et il l'est d'autant plus que les illustrations de Katy Couprie ("Le Dictionnaire fou du corps", même éditeur) rencontrent superbement les mots de Duras. Puisées dans des cabinets de curiosité et inspirées des leçons de choses que l'école a rendues célèbres, elles élargissent peu à peu le champ de l'environnement immédiat du jeune garçon pour le mener vers un savoir plus vaste.
Deux autres pages dessinées par Katy Couprie.
Et pour tout savoir sur la genèse de cet unique album jeunesse, il faut se reporter à l'ouvrage "Ah! Duras" (Ed. Thierry Magnier, 40 pages), où Marguerite Duras explique notamment sa conception de la littérature de jeunesse.
On y trouve des explications sur Ernesto, sur les prolongements auquel le personnage a donné lieu, les souvenirs de François Ruy-Vidal qui avait passé commande à Marguerite Duras, la reproduction de leurs échanges de courrier, le texte remis par l'auteure (avec ses corrections), des extraits d'entretiens, les projets de correction de la première version, illustrée par Bernard Bonhomme, le prolongement dans le film "Les enfants" (1985) et dans le roman "La pluie d'été" (P.O.L., 1990). Autant de documents peu connus, venant des archives de Marguerite Duras conservées par l'IMEC à l'abbaye d'Ardenne, et absolument passionnants.
Une dédicace précieuse et vraie, car je n'étais pas bien grande quand Yvon Toussaint (1933-2013) m'a engagée à la rédaction du "Soir". En compagnie d'une série d'autres jeunes journalistes. Ce devait être en 1981, ce sera finalement en 1982, contraintes administratives obligent. Le rédacteur en chef nommé en 1978 avait incroyablement rajeuni sa rédaction. Se doutait-il alors du nombre de visites de naissance qu'il allait rendre les années suivantes à ses jeunes recrues devenues mamans?
Quelle époque que la rédaction installée au 120 rue Royale, à l'étage C! Au-dessus des rotatives bien visibles de la rue qui fournissaient le matin, l'après-midi et la nuit, leurs brassées de journaux aux camions massés aux quais de la rue de Ligne.
Le cliquetis des machines à écrire, toutes mécaniques, la sonnerie des téléphones fixes, les réunions de rédaction dans une salle ovale nommée "l’œuf". J'y allais souvent dans cette pièce aux cloisons de bois sombre, sidérée par l'aura de ce rédacteur en chef hors du commun, intelligent, brillant, à l'écoute, qui fédérait derrière lui et ses idées lumineuses toute sa rédaction.
Yvon Toussaint, je l'ai côtoyé de près les week-ends, un sur trois, puisque nous étions en binôme les samedis matins et les dimanches après-midis. Maintenant, je peux le dire: quand l'actualité était calme, ce fou de cinéma se rendait souvent à la séance de midi, avant la fin de l'édition, et renvoyait à la rédaction le chauffeur qui l'avait déposé et savait dans quelle salle aller le récupérer au cas où... Cela ne s'est jamais produit. Il était aussi celui qui apportait le champagne à tous les soirs de bouclage des jours de Noël et de l'An.
Débordant d'idées et de projets, il a aussi lancé les grandes enquêtes journalistiques, les jeunes, les catholiques, l'argent, les femmes... auxquelles j'ai eu la grande satisfaction et le plaisir de participer. Puis il a quitté le journal en 1989, à l'arrivée de Robert Hersant parmi les actionnaires.
J'allais le revoir de temps en temps, au marché le long des étangs d'Ixelles, le dimanche. J'entends encore son sonore "Bonjour, ma belle!".
Plus étrangement, je l'ai croisé deux fois à un carrefour du quartier parisien de Montparnasse. Il sortait de chez son éditeur Fayard, et moi je courais à un rendez-vous avec un auteur d'une autre maison d'édition.
Incroyablement, nous sommes tombés nez à nez deux fois sur la gigantesque place du marché à Bastia, presqu'aussi grande qu'un terrain de foot. Il séjournait souvent en Corse, moi une seule fois par an. Mais de là à s'y croiser... La deuxième fois, nous avons été prendre un café pour remercier le destin.
Et puis, dès 2002, tous les anciens du "Soir" ont retrouvé avec gourmandise sa plume brillante, sa culture inouïe, son goût pour les citations, son amour pour les idées et les mots dans la chronique bimensuelle qu'il a donnée au "Soir" pendant dix ans. Ces fameux "Contrepieds" (Genèse éditions, 256 pages) qui ont été rassemblés en un volume en janvier dernier. D'"Alechinsky" à "Xénophonie", ces chroniques alphabétiquement classées, rappellent quel grand homme a été Yvon Toussaint.
Né journaliste, Yvon Toussaint s'est découvert une vocation d'écrivain de livres à son départ du "Soir". Toujours son amour pour les mots. Il a signé plusieurs livres érudits, de genres divers, tous chez Fayard: l'enquête "Les barons Empain" (1996), le roman "Le manuscrit de la Giudecca" (2001), la biographie romancée "L'autre Corse" (2004).
Et surtout, son œuvre majeure, "L'assassinat d'Yvon Toussaint", paru en 2010. A la fois un roman passionnant, une enquête de grande ampleur et une discrète autobiographie. Car trois Yvon Toussaint se côtoient dans cet ouvrage vertigineux et époustouflant. L'auteur qui, en tapant son nom dans Google, découvre
qu’un Yvon Toussaint a été assassiné à Port-au-Prince. Un sénateur haïtien, par ailleurs médecin, qui
a fait ses études à l’ULB comme lui! Un troisième Yvon Toussaint, le
narrateur, mènera l'enquête. Il ira jusqu'en Haïti, plusieurs fois, rencontrera des personnages-clés autour du sénateur assassiné et surtout se heurtera au vaudou et à la question des doubles. Le tout traité avec une maîtrise magistrale dans une langue prodigieuse où l'homme vivant, l'homme mort et l'homme qui enquête se superposent au point de parfois se confondre.
La présentation de ce nouveau roman dont le titre suscitait évidemment la curiosité a permis à Yvon Toussaint de réapparaître plusieurs fois en public. A la Foire du livre de Bruxelles où il était invité de la rédaction du "Soir" en compagnie de l'écrivain Dany Laferrière. Presqu'instantanément, il reprenait la main du débat où il était convié à répondre aux questions... Mais avec quel talent.
Il allait refaire le coup quelques mois plus tard à Saint-Malo où l'avait convié le Festival Etonnants Voyageurs. Avec le même appétit.
Sacré Yvon, tu resteras un fameux exemple pour les journalistes présents et futurs. Et pour les écrivains aussi.
Si j'étais Saint Nicolas, je veillerais à poser au fond des cheminées mes albums préférés de la saison. Des albums de fiction, pour rêver, imaginer, parler, découvrir, raconter, jouer. Ni contes, ni documentaires, ni pop-up cette année.
Trente-six suggestions, trois alertes... Et pas question de me dire que cela ressemble à un catalogue de grande surface :-)
A consommer sans modération.
"Te voilà!" Anaïs Vaugelade
L'école des loisirs, 32 pages
Le titre de ce magnifique album d'Anaïs Vaugelade répond à une question universelle: "J'étais où, quand j'étais pas né?" Viennent ensuite ses images, superbes, tourbillon de couleurs et de formes, dans des gammes chromatiques variées, où nage-vole non pas un bébé, mais "le" bébé. Elles racontent aussi la naissance, avec la présence lumineuse des sages-femmes qui portent tellement bien leur nom. Enfin, elles donnent une version malicieuse et laïque d'un récit talmudique selon lequel, à la naissance de chaque enfant, un ange arrive pour lui interdire de révéler tout ce qu'il a appris dans les limbes. Pour cela, il pose don doigt sur la bouche du bébé puis le retire en laissant une empreinte entre le nez et la lèvre. A ce moment, le bébé se retrouve dans un monde entièrement nouveau pour lui, celui où il vient de naître. Si les secrets de la vie antérieure nous sont révélés dans cet album, c'est parce que la maman du bébé a découpé un coin de la cape de son petit. Une fois de plus, Anaïs Vaugelade nous réjouit et nous entraîne dans un monde inconnu et accueillant.
"Maxibébé" Kimiko
Seuil Jeunesse, 44 pages cartonnées
Kimiko est un peu la "Jeanne Ashbé" des Français. C'est-à-dire qu'elle conçoit régulièremen des livres bien pensés pour les bébés. C'est encore le cas ici avec un épais imagier animalier dont les images charmantes fonctionnent par doubles pages. S'y associent ou s'y opposent différentes idées: pleurer/bisou, gâteaux/manger, lune/soleil, jouer (musique)/jouer (jouet), eau/bain, s'habiller/se déguiser, et la tendre finale lire/dormir.
"Fil à fil" Jeanne Ashbé
L'école des loisirs/Pastel, 32 pages cartonnées
Une histoire de bébé araignée par Jeanne Ashbé, la spécialiste belge des bébés et de leurs livres, basée sur une réalité. Chez certaines espèces, les bébés araignées tissent un fil de cheminement en descendant du dos de leur mère. En cas de danger, la mère fait vibrer les fils pour que ses petits reviennent vers elle. En sobres aplats aux couleurs qui claquent, vert, rouge, blanc, noir, on suit les premières aventures d'un bébé araignée qui découvre le monde. Coccinelle, oiseau, chat, serpent, autant de rencontres pour sourire ou frémir.
"A la sieste!" Iris de Moüy
L'école des loisirs/Loulou & cie, 26 pages
Aucun animal sauvage ne se trouve de raison de faire la sieste. Le zèbre refuse, le crocodile et l'hippopotame estiment que c'est pour les petits bébés, l'éléphant pense qu'il est trop costaud, l'autruche n'est pas là, etc., etc. Chacun des nombreux animaux de la savane qu'on croise dans l'album en format à l'italienne d'Iris de Moüy a une excellente raison de ne pas faire la sieste jusqu'à ce que la petite fille du titre intervienne... Toute ressemblance avec des scènes ayant existé...
"Voir le jour" Emma Giuliani
Les Grandes Personnes, 10 pages animées
Une fresque en noir et blanc qui raconte le monde avec émotion et poésie. La graphiste Emma Giuliani y fait naître les couleurs grâce à différents effets de rabats à déplier, roues à tourner, etc, sans jamais occulter la fragilité de l'existence mais en célébrant sa beauté. Comme autant de fleurs qui éclosent et colorent les jours.
"Pas envie" Dorothée de Monfreid
L'école des loisirs/loulou & cie
26 pages cartonnées
Oh la la, Micha le chien tire trop la gueule en couverture de ce nouvel album pour les tout-petits de Dorothée de Monfreid! La preuve dès qu'on tourne la page: il dit "Grmblgrm."
Suit une épatante série de doubles pages, toujours sur fond rouge
coquelicot, où huit autres chiens viennent proposer des activités à Micha
qui boude toujours: jouer au foot, faire une bataille, se balader...
Les pages se remplissent et le héros grogne toujours jusqu'à ce qu'un de
ses copains canins lui demande pourquoi il boude! Et voilà, le nœud est défait
et les rapports changent, enfin pourraient changer... Car Micha a un
sacré caractère.
"La panthère noire" Pénélope Jossen
L'école des loisirs, 32 pages
Une histoire de Pénélope Jossen, simple et tendre, de chasseur et de chassé. Quand la panthère noire chasse dans les grandes herbes, tous les animaux fuient à son approche, les singes, les antilopes, les sangliers. Tous fuient sauf un, qui terrorise la terrible panthère en la regardant droit dans les yeux. Cette exception est un petit humain, minuscule, armé d'un arc à flèche. Celle-ci décochée, il prend ses jambes à son cou - l'animal fait de même - et retourne vite au village se pavaner auprès de sa mère, plus complice qu'elle ne l'imagine.
"Pic Pic Pic" Lucy Cousins
traduit de l'anglais
Albin Michel Jeunesse, 32 pages
Un jour, Petit-Pic-Vert s'entend dire par son père: "Il est temps que tu apprennes à te servir de ton bec!" Il s'applique sur l'arbre où ils se trouvent et réussit: "J'ai fait un trou tout rond en plein sur le tronc!" Le jeunot y prend goût: il troue tout ce qu'il croise, la barrière du jardin, la porte de la maison, le chapeau, le paillasson... Quelle énergie et quelle rigolade que cet album plein de trous. Le poinçonneur des Lilas a de la concurrence. La même Lucy Cousins publie également un pop-up amusant, "Mimi à la fête foraine" (Albin Michel Jeunesse, 14 pages animées) où l'on retrouve tous les amis de la souris blanche.
Pas de texte dans ce moyen format en boucle, bien épais, aux merveilleuses illustrations interrogeant le temps. Les doubles pages sont toutes conçues sur le principe de l'avant et de l'après, que l'intervalle soit long ou court. Tout de suite, on pense à l’œuf et à la poule, question que les auteurs, Anne-Margot Ramstein et Matthias Aregui, n'éludent pas mais traitent à leur façon, avec humour. La lune-le soleil, le bourgeon-la fleur, le gland-le chêne, les associations se succèdent dans de très beaux dessins, pleins de détails à examiner et qui se répondent de ci de là dans le livre. Car les doubles pages cascadent les unes vers les autres en des associations d'idées sympathiques en même temps que chaque image constitue un petit tableau à raconter à elle seule. Un magnifique travail.
"Plus grand que toi" Orit Bergman
Rouergue, 32 pages
Un album bien rigolo basé sur les notions de grand et de petit. Piou le minuscule oiseau est plus grand de trois jours que Toto l'immense éléphanteau. On suit les deux compères dans les différents lieux de la plaine de jeux, les critères d'âge et de taille se mêlant en une joyeuse farandole. Balançoires, bac à sable, engins, toboggan sont autant d'occasions de discuter pour savoir qui doit passer le premier, le plus grand ou le plus petit, étant donné que tant Piou que Toto peuvent se draper dans les deux critères et user de celui qui les avantage le mieux à un moment donné. Un dessin efficace et tout en rondeur de l'Israélienne Orit Bergman qui avait déjà publié l'histoire de "Molly Mollo", l'escargot qui se fait dépasser (même éditeur).
"Bonjour le monde!" Catharina Valckx
L'école des loisirs, 32 pages.
Un album plein de joie, de fantaisie et d'énergie, célébrant la vie et l'amour à toutes les minutes de l'existence, hommage de l'auteure à sa sœur qui a trouvé la mort dans un accident de la route. Que publier après un deuil pareil? Pas les super livres d'aventures habituels. Catharina Valckx a choisi la tangente en mettant en scène Nine, la petite fille, et Mo, son canard, qu'elle envoie saluer ceux qui sont sur leur route vers la mer. L'arbre d'abord, le vide sous le pont, la mer et ses poissons... Autant d'occasions de lier de nouvelles relations avant le retour à la maison, son arbre et sa cheminée.
"Une journée à Pékin" Sun Hsin-Yu
traduit du chinois par Juan Wu
L'école des loisirs, 48 pages
Un album sans texte où l'on suit une petite fille vêtue de rouge qui joue à cache-cache avec un chat noir. Elle sort de la cour et découvre la grande ville où se mêlent présent et passé. Comme les touristes découvrent Pékin la première fois qu'ils s'y rendent. La force dans cet album signé Sun Hsin-Yu, graphiste et créatrice d'albums pour enfants, réside dans le contraste entre les décors, très présents mais stylisés, et les deux personnages de l'histoire. A la suite de la petite fille et du chat, on parcourt les ruelles anciennes, des installations d'art contemporain, le marché aux puces où la photo ancienne d'un petit empereur va prendre vie et libérer son sujet. Le cerf-volant de ce dernier va même les conduire dans la Pékin d'il y a 150 ans. Des pages documentaires complètent cette formidable histoire sans texte.
"Lola" Olivier Douzou
Rouergue, 32 pages
Il y a vingt ans, en 1993, Olivier Douzou inaugurait la collection jeunesse des Editions du Rouergue avec "Jojo la mache", un album qui contribua à secouer le cocotier de la littérature de jeunesse. C'est une promenade dans la nuit dont le prétexte est une "mache" (une vache) qui perd peu à peu ses attributs. De nuit en nuit, ses cornes s'envolent, sa queue file, ses gamelles prennent la poudre d'escampette, etc. Jojo est de moins en moins Jojo jusqu'au moment où elle disparaît elle-même! Mais en levant le nez vers le ciel et la voie lactée, on voit des morceaux de Jojo!
L'album "Lola", dans son format plus haut, est l'héritier de "Jojo la mache" bien entendu. Sa version 2.0 en quelque sorte... Lola est une vache de lait, entièrement de lait, sa dent, ses cornes, sa tache, son nez, ses oreilles, ses pieds, sa tête, sa queue. Autant de pièces qui se détachent d'elle. Ne reste que son bidon qui, n'étant pas de lait, n'a pas bougé. Lola grandit, se métamorphose à son tour puis part elle aussi faire un grand voyage dans la voie lactée. L'histoire de la vie, encore une fois, avec plein de jeux sur les mots, les sens et les formes.
"Dedans dehors" Lizi Boyd
Albin Michel Jeunesse, 40 pages
Pas de texte dans cet album où on suit un petit garçon et son chien noir au fil des saisons. Des découpes dans les délicates illustrations sur papier kraft de l'Américaine Lizi Boyd font chaque fois le lien entre l'intérieur de la maison et l'extérieur. Le livre commence avec l'hiver et la neige. Chaque saison est l'occasion de nouvelles activités qui apparaissent dans ces pages où l'on visite la maison, le jardin et où on découvre la richesse des activités du jeune héros. Une très belle interprétation de l'album sans texte.
"La saga des petits radis" Françoise Morvan et Florie Saint-Val (ill.)
MeMo, 32 pages
Faire découvrir la poésie avec humour et tendresse, telle est l'ambition de la collection "Coquelicot" des éditions MeMo. Objectif atteint avec cette course-poursuite au jardin potager entre légumes et jardinier. Les illustrations sont joyeuses et pleines de surprises. Les textes de Françoise Morvan sautillent comme des petits pois que l'on égrène même si ce sont des radis qui mènent la danse et la visite aux autres légumes. La même signe également dans la même collection l'épatant volume "Les joies du logis" (illustré par Irène Bonacina).
"Poka & Mine A la pêche" Kitty Crowther
L'école des loisirs/Pastel, 56 pages
Ce matin tôt, Poka et Mine partent à la pêche. Ils s'installent et attendent, attendent, attendent, ce qui ne plaît pas tellement à Mine. Jusqu'au moment où elle est emportée dans la rivière par sa canne à pêche! Direction la grotte d'une drôle de dame verte. Oga accueille Mine, envoie chercher Poka et fait découvrir au duo un monde inconnu où on s'abreuve et se nourrit de mousse verte. Une rencontre délicatement traitée, donnant confiance, et une belle aventure dans un monde inconnu servies par les superbes dessins de Kitty Crowther. Tout y est à regarder, pour autant de joies.
"La machine de Michel" Dorothée de Monfreid
L'école des loisirs, 36 pages
Ici, Dorothée de Monfreid relate l'histoire d'un inventif gamin en salopette rouge, passionné de bricolage. Michel va préparer un cadeau pour Alice qui l'invite à sa fête d'anniversaire. Mais quoi? Une machine à fêter les anniversaires, pardi! Le bricoleur a du pain sur la planche, surtout que ses copains Marcus et Darius ne font pas grand-chose pour le soutenir. Les prototypes se succèdent, incroyables d'inventivité. Et la date de la fête est là alors que Michel n'est toujours pas prêt...
"Et si jamais...?" Anthony Browne
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 32 pages
Il est aussi question d'une fête d'anniversaire dans ce merveilleux album du tout grand Anthony Browne, entièrement basé sur le dialogue entre Joe et sa maman. Le petit garçon n'a encore jamais été à une telle fête. Il est content que son copain Joe l'ait invité mais il a perdu le carton mentionnant l'adresse. Sa maman le rassure: ils vont parcourir la rue et trouveront la maison de Joe. On les voit passer devant chacune des habitations, s'en rapprocher, regarder par leur fenêtre et commenter ce qu'ils voient. Joe apparaît terriblement inquiet, sa maman le rassure chaque fois. L'auteur-illustrateur britannique s'en donne à cœur joie dans ces visions d'intérieur, convoquant son univers narratif et même quelques personnages d'albums antérieurs. Il joue magnifiquement avec la lumière, faisant alterner scènes dans l'ombre et scènes éclairées. Tout se terminera bien pour Joe, moins pour sa maman tout à coup gagnée par l'inquiétude de son fils jusqu'à la finale où elle retrouve son fils grandi.
A signaler également, la réédition de "Promenade au parc" d'Anthony Browne (Kaléidoscope, 32 pages), paru en 1977 chez Duculot. Il s'agit du récit initial, à une voix, de cette promenade qui sera reprise vingt ans plus tard par son auteur dans "Une histoire à quatre voix" (même éditeur). La rencontre au parc de Monsieur Smith, sa fille Réglisse et leur chien Albert, et de Madame Smarthe, son fils Charles et leur chienne Victoria, avec tous les croisements qu'elle va permettre.
"J'aime pas l'eau" Eva Lindström
traduit du suédois par Aude Pasquier
Cambourakis, 32 pages
Alf, le narrateur, le dit tout de go: il n'aime pas l'eau. "Pluie, lacs, fleuves, flaques, lits de ruisseaux, océans, cours d'eau, piscines, torrents, rivières, mers, marais: du balai!", déclare-t-il. Aucune ambiguïté possible. Ce choix l'éloigne des activités de ses copains de classe, mais Alf l'assume. La seule saison où il aime l'eau, c'est l'hiver, quand elle est gelée et permet d'innombrables glissades. Et un peu l'été, où il a trouvé un compromis. Eva Lindström a un talent fou pour représenter les différentes formes d'eau à toutes les saisons et une belle sensibilité pour rencontrer la personnalité de son héros.
"Qu'est-ce que je m'ennuie" Christine Naumann-Villemin
et François Soutif (ill.)
Kaléidoscope, 32 pages
Cet album de Christine Naumann-Villemin et François Soutif se décline en deux gammes chromatiques. Tout est gris quand le narrateur explique combien il s'ennuie et se demande ce qu'il pourrait faire pour contrer cela. Arroser les escargots? Non! Creuser un trou? Non plus! Inventer des gros mots? Ben non. Mais tout est plein de couleurs quand apparaît la conséquence de l'acte - sauf qu'il ne la voit pas! Un arbuste fleuri à côté des escargots, un trésor dans le trou, un drôle de bonhomme né des gros mots... Un album pour inciter à repérer toutes les choses incroyables ou extraordinaires qui se passent à côté de nous sans qu'on les remarque parce qu'on oublie de lever le nez.
"Les aventures improbables de Peter et Herman" Delphine Jacquot
Les fourmis rouges, 64 pages
Un album en format à l'italienne qui se tient dos toilé de vert vers le haut. On y découvre le tour du monde en vingt-cinq escales, au départ de Paris, de Peter la taupe et Herman la cigogne. Incroyable, la première étape est la Belgique! Avec sa Grand-Place que les deux héros arpentent, grimés en Tintin et Professeur Tournesol, poursuivis par treize clones de Tintin... Le ton est donné par Delphine Jacquot. Chaque pays visité est illustré par ce qui fait sa célébrité, sujet immédiatement détourné par les voyageurs Peter et Herman. Improbables sont annoncées leurs aventures? A voir.
"L'avie d'Isée" Claude Ponti
L'école des loisirs, 48 pages
"J'ai fait le deuxième tome des "ventures" d'Isée parce que trop de gens ne comprenaient pas le premier et que ça m'énervait", expliquait Claude Ponti à la sortie de l'album "La venture d'Isée" (L'école des loisirs, 2012). "Mais le deuxième tome réclamait une suite: comment Isée allait-elle grandir?" a réfléchi l'auteur. "Alors voilà le troisième et dernier, qui a la taille des deux premiers mis l'un sur l'autre. Isée sort de la magie pour accepter le monde tel qu'il est, dans toutes ses dimensions: l'imaginaire, le passé immensément riche - paysages, monuments, œuvres d'art, découvertes - et l'avenir, tous les avenirs. Isée grandit parce qu'elle accepte d'être une enfant qui hérite de tout cela."
"La vie d'Isée" est donc un grand format en hauteur. L'histoire commence la nuit quand Isée, endormie avec Tadoramour près d'elle, entend de la musique sortir de son livre préféré. Elle la voit grandir, grandir et décide d'entrer dans le livre, accompagnée bien sûr de sa peluche chérie. Le début d'un périple que Claude Ponti mène en maître, où Isée rencontrera un monstre très monstrueux, aura un défi à remporter et lui trouvera sa solution personnelle. Les images géantes sont de toute beauté et rivalisent d'expression tout en ménageant pas mal de surprises. Quant au texte, il est plus "pontien" que jamais avec ses jeux sur les sons et les mots. Encore plein de choses à dire sur cet excellent album, mais ce sera pour plus tard, avec des images.
"Chouette chienne de vie!" Christian Voltz
Rouergue, 48 pages
"Chouette de vie!" ou "Chienne de vie!"? Christian Voltz construit ses images à l'aide d'innombrables objets récupérés, on le sait depuis 1997 et l'album "Toujours rien?". Ici, il compose une histoire usant uniquement d'expressions animalières. Elle commence mal: temps de chien, froid de canard, serrés comme des sardines, une usine où on embauche des bêtes de somme qui sont payées en monnaie de singe! Un travail de fourmi à la chaîne et un contrôleur à l’œil de lynx. Bref, c'est notre monde qu'ausculte l'auteur. Chienne de vie... Si la journée commence mal pour le bonhomme, un rencontre inattendue en fera un moment plutôt agréable. Chouette de vie...
Un album des sœurs Amélie et Estelle Billon, en noir et blanc, dessiné à l'encre de Chine, au texte écrit à la main, où la nuit devient féerique, lieu de tous les possibles et de toutes les inventions. Petit garçon solitaire, Eddie aime la nuit et cela se sent. Il aime aussi la vie qu'il s'invente avec son dinosaure et son cochon ailé. Les adultes ont bien remarqué qu'il a un don pour se faire oublier. Du coup, il vit dans son imaginaire, en totale liberté, tout en ayant l'air d'être dans la réalité. Et il ne lésine pas sur les efforts pour inventer une "machine à avaler les gens"! Quand elle est prête, il lui faut trouver un cobaye...
"Tony Tiny Boy" Vincent Cuvellier
et Dorothée de Monfreid (ill.)
Hélium, 40 pages
Tony Tiny Boy est un cow-boy qui rentre de la guerre. Les Indiens ont perdu mais le héros, fatigué, n'est pas heureux. Même ses parents ne le reconnaissent pas. Qu'est-ce qui a fait changer Tony Tiny Boy? Réponse dans cet album sensible qui interroge la guerre, l'entente entre les peuples et prône la paix. "C'est un texte très court que j'ai écrit en pensant aux dessins de Dorothée de Monfreid", explique l'auteur, Vincent Cuvellier. "Là, cette histoire est un peu suspendue, je l'ai voulue douce, calme, sans fioritures." Le récit d'une métamorphose est magnifiquement porté par les illustrations qui montrent bien toutes les interrogations du héros. Tony Tiny Boy glisse doucement vers ce qu'il est profondément, un petit homme plus en accord avec les choix de vie des Indiens qu'avec ceux des siens. A tel point qu'il deviendra Petite Plume tout en restant Tony Tiny pour ses parents. Un album attentif aux êtres.
"Les poupées c'est pour les filles" Ludovic Flamant & Jean-Luc Englebert
L'école des loisirs/Pastel,40 pages
Un garçon peut-il aimer avoir et jouer avec une poupée? Quand le petit frère du narrateur adopte Cindy, poupée en chiffon que lui offre sa tante, les parents semblent d'accord: "Rien de grave, ça lui passera", disent-ils. Mais quand le petit veut emmener Cindy à l'école, les choses se corsent. Ludovic Flamant étudie avec légèreté le partage des rôles masculin/féminin. Jean-Luc Englebert pose ses traits délicats et expressifs sur ces situations familiales compliquées que semblent compliquer encore davantage, comme pour le plaisir, les parents. Et ce n'est pas la boîte à outils offerte au petit garçon qui va arranger les choses. Enfin si, elle lui permettra d'aller au bout de ses idées et de révéler la bêtise de certains clichés.
"Méchant Petit Prince" Grégoire Solotareff
L'école des loisirs, 40 pages
Qui peut savoir qu'Ulysse qu'on appelle le "Méchant Petit Prince" fait ça pour rire? Par exemple, il pince son père et mord sa mère pour les saluer. Un jour de nouvelle méchanceté, il est puni et enfermé. Mais il s'échappe et décide d'aller au bout du monde, là où les gens vivent la tête en bas, sans vivre mieux à ses yeux pour autant. Il se construit une fusée, ce qui permet à Grégoire Solotareff de rendre joliment hommage à Georges Méliès. Au retour, il atterrit dans le jardin de Lucrèce, dite la "Méchante Petite Princesse"! Ils se marient, se disputent et ont énormément d'enfants assez malheureux. Jusqu'à la finale colorée qui explique le rouge de la colère et le rose du bonheur.
"Inventions complètement inventées" Pierre-Dominique Burgaud
et Laure Solus Babinet
Gautier-Languereau, 120 pages
Réédition bienvenue que ce petit format loufoque portant un œil amusé sur notre environnement. Une image cadrée serré et un texte drôle se font face. On apprend avec surprise et amusement pourquoi ont été inventés les canards, les rêves, les escargots, les feuilles mortes et même les brocolis, quelques exemples parmi les dizaines qui figurent dans le livre. Evidemment, les explications valent leur pesant d'or. Chapeau aux auteurs Pierre-Dominique Burgaud et Laure Solus Babinet!
"Tout blanc" Marie-Sabine Roger et Sylvie Serprix (ill.)
Casterman, 32 pages
La neige est tombée, tout est blanc. Le narrateur perdu dans cette immensité immaculée se demande ce qu'est le point rouge qui semble s'avancer vers lui. Un loup? Noooooon, c'est une patineuse qui glisse joliment sur le lac gelé. Une petite fille-fée, une petite fille-fleur. Elle s'approche de lui, le prend dans ses bras et le ramène au chaud dans la cabane de ses parents. Et voilà comment un petit chien blessé parvient à échapper à l'hiver et à trouver un foyer. Marie-Sabine Roger met beaucoup de douceur dans cette histoire rude tandis que Sylvie Serprix fait vibrer ses couleurs pour renforcer les effets du texte, suspense, rencontre, et finalement réconfort.
"Mes robots en pyjamarama" Michaël Leblond et Frédérique Bertrand
Rouergue, 32 pages et une grille
Après les albums "New York en pyjamarama", "Lunaparc en pyjamarama" et "Moi en pyjamarama" (tous au Rouergue), basés sur la technique de l'ombro-cinéma, Michaël Leblond et Frédérique Bertrand proposent aux enfants un cahier d'activités pour créer leurs propres images animées. Les auteurs donnent des pistes pour inventer un robot, le décorer et la grille sert à l'animer sur les fonds fournis dans le cahier. Explications en vidéo ici.
"La plume" Gwendal Le Bec
Albin Michel Jeunesse, 56 pages
Que se passe-t-il quand une troupe de volailles partie gratter les coins de la cour rencontre un dindon drôlement emplumé? Gwendal Le Bec nous le confie dans une excellente allégorie sur l'absurdité de la mode à suivre envers et contre tout. Car le dindon est affirmatif et convaincant: pas question pour un oiseau de sortir nu-tête! Il faut la "Plume". A force de répéter son discours, il ébranle les certitudes de la troupe des poules et des canes. Et la majorité de la basse-cour se convertit et impose ce nouveau mode de vie, allant jusqu'à oublier qu'il n'en a pas toujours été ainsi. On se renie mais quelle satisfaction de se sentir spécial. Et puis, une dissidence coupe le groupe en deux. Les cornus et les barbus ne se supportent plus. Ce sont des bagarres, des combats, des massacres... et le moment que choisit le renard pour pointer le bout de son nez. Il faut voir les illustrations de Gwendal Le Bec pour savourer complètement cette caricature fine de notre société. Toute cette basse-cour portant la plume obligatoire sur la tête ou sous le menton... Impossible de ne pas rire, impossible de ne pas réfléchir.
"Ou alors pompier..." Hubert Ben Kemoun
et Bruno Heitz (ill.)
Rue du Monde, 40 pages
Quel métier plus tard? Beaucoup d'enfants en rêvent déjà. Aux envies classiques, le texte de Hubert Ben Kemoun et les gravures de Bruno Heitz offrent des contre-propositions, pleines de fantaisie et d'imagination. Sculpteur de nuages plutôt que pilote d'avion, ramoneur de cheminées pour Père Noël plutôt que testeur de jeux vidéo, éplucheur d'oranges pour les filles qui ne supportent pas d'avoir les mains collantes plutôt que cuisinier... Bruno Heitz a choisi d'illustrer les propositions classiques en deux couleurs alors qu'il ouvre sa palette pour les autres. Et le pompier du titre? Pourquoi pas, au fond, tant il offre d'attraits, entre autres auprès de la jeune Mathilda.
"Zooptique"
Guillaume Duprat
Seuil Jeunesse, 40 pages animées
On a déjà de la peine à imaginer la vision des daltoniens
alors que dire de la vision des espèces animales? C’est pourtant ce que
propose ce super album de Guillaume Duprat, basé sur des recherches scientifiques et un brin
d’imagination. Au début du livre, après les infos de base, une page à déplier
montre un paysage tel que le voit l’être humain. Ensuite, en soulevant les
volets posés sur les dessins des têtes des animaux, on découvre comment eux le
perçoivent. Laisser la première page ouverte permet de comparer les visions. Certains sont attendues, comme les visions de l’aigle ou de la chouette,
d’autres réservent des surprises. L’album est à la fois ludique et pertinent.
On y découvre que le chimpanzé voit presque comme nous, que le chien est
daltonien, le chat myope, que cheval et vache ne voient pas devant eux.
Plus de vingt visions animales sont partagées, sans oublier celle,
particulière, de la chauve-souris ! C’est passionnant.
"Point d'exclamation!" Amy Krouse Rosenthal
et Tom Lichtenheld
traduit de l'anglais par Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse, 56 pages
L'histoire d'un point d'exclamation racontée dans un cahier d'écolier ligné. Au début de cet album en format à l'italienne, le point d'exclamation a bien de la peine car, toujours, il dépasse des autres points. Sauf quand il dort couché. Mais sa particularité le fait souffrir, lui qui aimerait tellement ressembler aux autres alors qu'il n'est pas comme tout le monde. Il manque tout quitter quand il rencontre un point d’interrogation qui lui pose mille questions. Jusqu'à ce que notre point hurle "STOP!" Un cri de survie qui lui ouvre mille possibilités. Il a trouvé sa place, sa voie, sa voix. Une très belle parabole sur la place que chacun a à trouver dans le monde par un duo de "New York Times", Amy Krouse Rosenthal et Tom Lichtenheld, qui avaient déjà signé le très bel album "Canard! Lapin!" (Kaléidoscope).
"Mon petit Calder" Colombe Schneck et Emmanuel Javal Iris de Moüy (ill.)
Palette/Hélium, 40 pages
Le titre pourrait faire songer à une biographie d'Alexander Calder, mais il n'en est rien. Il s'agit par contre de l'histoire vraie d'un Stabile de l'artiste, un mobile qui a eu une vie incroyable et nous la raconte à la première personne. Il explique d'abord sa construction, lui tout petit dans la famille des Stabiles, lui, si joli avec ses trois jambes en métal orange et ses bras jaunes, bleus, rouges et noirs, toujours en mouvement. A l'atelier, il était le voisin d'un autre petit Stabile, plus élancé, en compagnie de qui il se sentait vraiment bien. D'eux, Alexander Calder disait qu'ils étaient "un poème qui danse avec l'allégresse de la vie et de ses surprises". Confiés à un marchand, ils ont été séparés mais chacun est parti avec les bras de l'autre! Antoine Javal a acheté le narrateur et a trouvé dans cette œuvre d'art le réconfort lors d'épisodes de vie particulièrement douloureux. Il découvrira ensuite l'existence de l'autre Stabile et tentera tout pour les réunir et leur rendre à chacun leurs bras. Une histoire vraie qui défie la fiction et est complétée de quelques pages documentaires sur l'artiste.
"Les Frères Moustaches" Alex Cousseau et Charles Dutertre
Rouergue, 40 pages
L'histoire des Frères Moustaches qui, en Birmanie, aux côtés d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, symbolisent la résistance populaire à l'oppression. Et comment s'y prennent-ils? Par le rire. Moustachus ou non, ils font les pitres en se moquant des tyrans et appellent à la résistance. Leur courage est plus fort que les mesures prises contre eux. Alex Cousseau met en scène de manière originale les tyrannies ordinaires. Quant aux illustrations de Charles Dutertre, elles exploitent à fond le format à l'italienne et leur côté volontairement guindé révèle encore davantage la force des Frères Moustaches. Magnifique!
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Si j'étais Saint Nicolas, j'éviterais absolument quelques albums ratés.
"Anton et le cadeau de Noël"
Ole Könnecke
traduit de l'allemand par Bernard Friot
De La Martinière Jeunesse, 36 pages
Autant j'avais adoré les quatre précédents titres du génial petit garçon qu'est Anton, parus à L'école des loisirs, autant celui-ci me déçoit tant par son sujet mal construit que par son graphisme peu abouti. Pas étonnant qu'il soit publié dans une autre maison d'édition. Fallait-il d'ailleurs le publier?
"Le carnet secret de Timothey Fusée"
Amanda Sthers et Ronan Badel (ill.)
Nathan, 64 pages
Un journal trouvé à l'entrée du métro de New York, une héroïne habillée par Rykiel enfant... Surtout un propos lourd et manquant autant de sincérité que d'inspiration, appliquant la recette du livre précédent, "Le carnet secret de Lili Lampion", déjà fermé par un élastique.
"Super-Charlie et le voleur de doudou"
Camilla Läckberg et Millis Sarri (ill.)
traduit du suédois par Johanna Brock
et Erwan Le Bihan
Actes Sud Junior, 40 pages
On peut écrire de bons polars et être un mauvais auteur jeunesse. La preuve par Camilla Läckberg qui, après "Super-Charlie", un premier album pour enfants super raté, recommence avec un deuxième titre. Cette traque d'un doudou par un super-bébé est toujours super poussive, super ennuyante et très mal illustrée.
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Si j'étais Saint Nicolas enfin, je passerais le relais au Père Noël pour encore compléter les bibliothèques des enfants.