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jeudi 20 octobre 2016

Anne Herbauts réunit mer et forêt dans une expo

Anne Herbauts. (c) John Sellekaers/Réseau bibl. Watermael-Boitsfort.

Mer ou forêt? Plus besoin de choisir grâce à Anne Herbauts qui réunit les deux dans une superbe exposition pour tout public. Une expo qui est bien plus que l'alignement de dessins originaux, il fallait s'en douter. Anne est vraiment une artiste à facettes multiples. Ecriture, illustration, peinture, animation, installations, rien ne lui est indifférent. Elle nous offre tous ces talents dans "Là où la forêt fait un bruit de mer". L'expo à Boitsfort se double d'une autre actualité, la sortie d'un album jeunesse, "Broutille" (Casterman, 32 pages). Le trente-et-unième en solo, si je compte bien.

"Là où la forêt fait un bruit de mer" est à voir dans la salle d'exposition des Ecuries de la Vénerie. Quel plaisir de retrouver ce lieu au premier étage, grenier aux poutres apparentes remarquables qui a accueilli tant d'expositions mémorables. "Attention, avant d'entrer dans l'exposition, il faut d'abord lire le texte affiché à l'entrée", signale Anne Herbauts en commissaire avisée. A le résumer, ce texte explique le titre choisi et oriente l'attention sur la notion de lisière, centrale dans ce travail, invite le visiteur à s'impliquer. Mais à chacun de le lire.

Habitante de longue date de la commune, Anne Herbauts a travaillé toute l'année 2016 avec les bibliothèques de Watermael-Boitsfort. Avec, entre autres, ce projet d'expo aujourd'hui concrétisé. "La maison où j'habite se trouve à la lisière entre la ville et la forêt", commence-t-elle. "Le projet d'expo est lié à cet endroit précis. Il a pris beaucoup d'ampleur grâce aux équipes de la bibliothèque d'abord et ensuite grâce à plusieurs équipes de la commune dont celle des jardiniers!"

L'aide des jardiniers? Oui, de véritables arbres véritables, hêtres et rhododendrons, composent une forêt brute, sans chichi, qui accueille le visiteur, ainsi qu'un son de mer et de branches. A côté, le coin-lecture avec d'immenses galets en feutre de Marie Van Roey, artiste invitée, coussins aux motifs de flaque. A moins qu'il ne s'agisse de lions de mer se vautrant dans le soleil. Deux petits fauteuils confortables sont là aussi, recouverts du même feutre magnifique, deux crapauds des sous-bois pour dos fatigués.

Un petit bout de forêt et des coussins-galets. (c) en fin de post.

Une expo où mille choses sont à voir. (c) en fin de post.

Plus loin dans la pièce, de nombreuses vitrines sur lesquelles se pencher, comme dans un musée. "Je n'avais pas envie de seulement montrer les originaux d'un livre", poursuit Anne Herbauts. "Le point déclencheur de cette expo a été pour moi ce vent en forêt qui fait un bruit de mer. Et cette phrase qui revenait sans cesse dans mon quartier, "à donner", placée à côté d'objets posés sur les appuis de fenêtre, en parallèle à la "donnerie" officielle. J'ai vu là plein de choses étonnantes. Comme si des marées nocturnes laissaient des objets dans la ville quand elles repartent."

On comprend alors que ce qui se trouve exposé dans les vitrines, ce sont tous ces objets qui ont séduit la glaneuse. "J’ai réuni dans des vitrines de musées ces objets glanés sur les appuis de fenêtre de mon quartier. Leurs légendes mentionnent la date et l’heure de la découverte et comment je les vois, en rapport avec le thème de l’expo." Des légendes pleines d'imagination qui sont autant de tremplins pour des histoires. Comme ces deux coquilles d'huîtres creuses dont il est dit: "Coquilles retrouvées, un matin, sur un appui de fenêtre en bas de la rue de la Sapinière. Une nuit de grande marée." Ou cette carte postale encadrée avec la Vénus de Botticelli où on lit: "Vénus, sortant des flots. Sur un appui de fenêtre. 2016." Ou encore cette photo simplement légendée "Algues sylvestres". Il y en a des choses à laisser germer entre ces textes documento-poétiques et ces objets variés qui ont ému Anne Herbauts"Certains restent très longtemps sans trouver preneur, comme ce ravier de fraises qui réunissait des cailloux et des coquillages, sans valeur marchande mais à donner. Je me suis demandé quelles histoires tous ces objets glanés auraient à raconter."

Vitrine de choses glanées. (c) en fin de post.

Une autre vitrine de choses glanées. (c) en fin de post.

Un pan de mur accueille cinq encres de chine de l'artiste Stéphane Ebner, autre invité d'Anne Herbauts. Un autre, des photos du quartier de cette denière.

Un autre encore, les dessins originaux de son album "L’histoire du Géant" (Esperluète, 2015). Plus loin, la projection vidéo animée de deux fenêtres comme on les voit de dehors le soir. Une vraie porte équipée d’une boîte aux lettres interrompt le long texte qui court au-dessus des plinthes de la pièce. Une histoire d'automne et de souvenirs.

Chaussettes de merle. (c) en fin de post.
Dissimulés ici et là, des horloges à coucou disent chacune à leur tour le temps qui passe. Des heurtoirs et d'autres objets cachés attendent les enfants. Ces derniers auront sûrement remarqué les petites chaussettes de merle qui sèchent sur une corde, un peu à l’écart, pour laisser son côté végétal à la forêt.

Plante d'été à rentrer l'hiver.
Ici, s'empilent quelques des carrelages, là s'enroule un fouillis de branchages. Quelques géraniums, plantes d’extérieur qu'il faut rentrer l’hiver, veillent. Autant de lisières, autant de traces entre dedans et dehors. Partout la forêt dans laquelle interagit la mer. D'où viendraient sinon tous ces coquillages qu'on trouve entre les arbres? Ou ces méduses qui vivent de nouvelles vies?

Au visiteur de l'exposition de créer lui-même le lien à partir de tous les éléments proposés, visuels ou sonores. "Qu'il trouve les mots de la mer dans la forêt. Que ces objets déclenchent des histoires" suggère encore Anne Herbauts, qui a conçu cette formidable exposition où l'on se sent bien et où l'esprit est très agréablement sollicité.

Toutes les (splendides) photos sont de John Sellekaers pour le Réseau des bibliothèques et ludothèques de Watermael-Boitsfort.

L'exposition se tient aux Ecuries de la Vénerie (Place Gilson 3, 1170 Bruxelles), jusqu'au dimanche 8 janvier 2017, le mercredi de 14 à 18 heures et le dimanche de 10 à 16 heures (sur rendez-vous les autres jours: 02 663 85 60). L'accès libre et plusieurs animations prévues (plus d'infos pratiques ici).


Les objets glanés de l'expo sont réunis dans un très joli album qu'a conçu Anne Herbauts, "Catalogue de marées en lisière" (Esperluète, 64 pages). Leurs photos figurent à raison d'une par page, sur fond blanc avec la légende. Un peu comme si le Facteur Cheval de Hauterives ouvrait un musée pour ses trouvailles. Notre créatrice a le même don de curiosité, le même intérêt pour ce qui a priori ne devrait guère en comporter mais, artiste, elle a le don de transformer ses trouvailles et leurs légendes en œuvres de poésie en trois dimensions.



Deux pages du catalogue de l'exposition. (c) Anne Herbauts/Esperluète.



Revenons à "Broutille" (Casterman, 32 pages), le nouvel album d'Anne Herbauts, avec son drôle de petit bonhomme, universel, en couverture. Il démarre sur un drame d'enfant. Broutille a perdu son chat. Quand il veut convier son chagrin à ceux qu'il croise successivement, personne ne l'écoute, chacun n'étant préoccupé que par ses propres drames ou ceux du monde. Les illustrations sont de techniques multiples, dessin, collage, grattage, en rapport avec le thème évoqué. Le cow-boy aux crayons de couleurs. Le réfugié avec une carte topographique dont les courbes évoquent des rides. La vieille dame avec une robe dont l'imprimé, un collage, fait penser au tissu des tentures d'hier. Nanook (l'Esquimau) en silhouette sombre...



















Voilà un livre tout simple qui permet des lectures diverses, selon l'âge et les sujets d'intérêt qu'on a. Surtout, il se termine bien grâce au chien que croise finalement Broutille, qui entend sa tristesse et lui permet de la dire tout en se souvenant du chat momentanément égaré. Deux nouveaux amis qui se ressemblent finalement dans leur sensibilité.



















"J'ai beaucoup aimé faire cet album. J'ai voulu qu'il soit simple, facile à lire, drôle mais dense. Comme quoi, mes fondamentaux sont toujours là", sourit Anne Herbauts. "Dans toutes les nouvelles du monde, son sujet est arrivé, posant la question de l'écoute personnelle et de l'échelle mondiale. A-t-on le droit de comparer? Comment entend-on l'écho du monde? Je voulais partir d'une situation simple non écoutée à un sujet d'actualité donc universel."

Tous ceux qui s'intéressent à la littérature de jeunesse sursautent au mot de "Broutille". Pour eux, c'est ce merveilleux album de Claude Ponti, sorti en 1991 (l'école des loisirs) qui raconte une nuit magique, celle de l'Enfant-Lune. Là, Broutille est une poupée que la petite fille Adèle aime avant même de la connaître... "Oui, c'est vrai", s'exclame Anne Herbauts. "En faisant ce livre, je n'ai pas songé une seule seconde à l'album "Broutille" de Claude Ponti que je connais pourtant. C'est toi qui m'y fais penser maintenant. Quand j'y ai travaillé, je n'ai pensé qu'au sens du mot "broutille", bricole, chose sans importance. J'ai voulu que mon personnage soit confronté à des personnages drôles mais qui font un peu peur."









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