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mercredi 22 janvier 2020

Oiseau de bon augure

Florent Oiseau. (c) Olivier Marty-Allary Editions.


A Bruxelles, tapez les mots "Les magnolias" sur Google et vous obtenez successivement


  • un centre de développement personnel à Bruxelles
  • une maison de repos à Bruxelles
  • un prégardiennat à Bruxelles
  • un hôtel en Bulgarie
  • un autre en France
  • une pépinière en France
  • une maison de repos en Brabant wallon
  • un gîte en Somme
  • divers conseils de culture
  • une chanson bien connue
  • un restaurant à Paris
  • et... et... et... une pension pour chevaux et poneys à Halluin

OUF, il y a donc moyen de boucler avec Google la boucle du troisième roman de Florent Oiseau, vingt-neuf ans, fan de foot argentin et collectionneur de petits boulots, intitulé donc... "Les Magnolias" (Allary Editions, 220 pages). L'histoire très plaisante d'un petit-fils rendant régulièrement visite à sa grand-mère à la résidence des Magnolias quand celle-ci lui demande de l'aider à en finir. Gloups, fait Alain qui se lance dans une savoureuse enquête sur les secrets de l'aïeule. Un portrait en miroir de l'acteur quadragénaire dont le seul rôle a été celui d'un cadavre dans une série télé. Et des références régulières aux poneys.

Ce qui vaut surtout ici, ce n'est pas tellement l'intrigue, et surtout pas la manière dont je la résume, mais la manière dont Florent Oiseau nous balade dans son histoire de gentil loser. C'est qu'il a un brin de plume, le joli et sympathique quasi-trentenaire, une sacrée imagination, un solide sens de la narration et une fameuse réserve de notes qui le sauvent en cas de blocage. L'ensemble, bien construit, rend les personnages de ses "Magnolias" bien attachants et sa lecture très agréable.

On ira donc en Dordogne avec Alain, à bord d'une imparable Renault Fuego, on croisera son silencieux et poète oncle Michel, on rencontrera son "agent" Rico avec qui il se nourrit de sandwiches aux flageolets, sa Rosie qui le reçoit moyennant finances dans une caravane, l'ex de ses jeunes années, la directrice de la maison de repos et la jeune femme de l'accueil et bien sûr la grand-mère qui n'avait jamais rien dit à personne de sa vie de femme. Tout ce petit monde va et vient au fil d'épisodes bien orchestrés et discute de tout, donc de la vie, de la mort, de l'amour, des espoirs et des regrets. Quand il ne choisit pas des noms de poneys.

Florent Oiseau était de passage à Bruxelles l'autre jour, l'occasion de lui poser quelques questions.

Trois romans publiés à 29 ans, c'est fou! "Les Magnolias" en  2020, "Paris-Venise" en 2018 et "Je vais m'y mettre" en 2016.
Disons que j'ai eu la chance de trouver un éditeur pour le premier. C'était inespéré. Je n'ai pas de cursus scolaire, juste l'expérience de petits boulots, pompiste, réceptionniste dans un hôtel, accompagnateur de train de nuit, surveillant d’école, crêpier, et de voyages. Mais je rêve d'écrire depuis que je suis ado. Et il est plus facile d'écrire d’autres livres quand on a un éditeur. Mais un livre tous les deux ans, je suis un dilettante. Je n'écris pas tous les jours. Par contre, j'écris dans ma tête avant d'écrire sur le clavier. En réalité, je pense roman tout le temps. Tout autour de moi est une scène potentielle pour mes histoires. Ecrire et penser, voilà ma vie. Mais pour vivre de sa plume, c'est une deuxième loterie. Il faut alors deux tickets de loto, un pour être publié, l'autre pour en vivre.

Pourquoi avoir choisi la Dordogne?
J'habite dans le 93, en Seine-Saint-Denis. J'ai passé quelques étés en Dordogne. Mes parents y ont déménagé. Nous étions avec mes deux frères et mon père dans le camion de déménagement et j'ai écrit un petit texte dans mon téléphone. Je l'ai relu et je l'ai bien aimé. Cela a été le début de ce roman. J'ai fréquenté une maison de retraite pendant trois ou quatre ans. Je ne voulais pas en dénoncer les conditions de vie mais montrer combien c'est un lieu incroyable à tous les égards. La maison de retraite a été mon point de départ et une partie du décor. Alain est le personnage principal. Un acteur qui n'a eu qu'un seul rôle, celui d'un cadavre dans une série télévisée à succès.

Comment s'est mise en place cette histoire?
Quand j'écris, je démarre sans savoir où je vais. Chaque page écrite en amène une autre qui n'est pas toujours prévue. Cela me rassure de ne pas me fier à un plan. Pour moi, écrire c'est comme construire un mur. Si ça bloque, je mets une fenêtre. Il n'y a pas de représentation physique des personnages, ils sont rigolos mais crédibles. J'aime le dialogue mais c'est un exercice compliqué à réussir. Il faut le faire le plus naturellement possible. 

Et vous êtes arrivé à l'idée d'une vie secrète de la grand-mère.
Au tout départ, je me suis demandé s'il ne fallait pas qu'Alain aide vraiment sa grand-mère à mourir. Mais cela n'allait-il pas être burlesque, peu crédible? J'ai viré vers le secret de l'aïeule et le petit-fils qui découvre ce qu'a été sa vie.

D'où viennent ces noms de poneys?
Je ne sais pas. Je prends souvent des notes sur mon téléphone. Quand je bloque dans l'écriture, je regarde mes notes pour voir comment rebondir. Là, je suis tombé sur celle des noms de poney. Cela m'a plu mais bon, cela ne devait pas devenir le ressort principal.







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