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samedi 25 janvier 2020

Cuisine et kung-fu pour le Nouvel an chinois

Crevettes roses, palourdes, calmars dans un bouillon ail, gingembre, cive:
en Chine, manger est un art (c) HongFei


Avec un nom qui signifie "grand oiseau en vol" en chinois et un logo inspiré du dessin à l'origine du caractère chinois "oiseau", les éditions HongFei Cultures donnent résolument le ton. Elles ont été fondées en 2007 par Loïc Jacob et Chun-Liang yeh (lire ici). Leur ligne éditoriale? Valoriser l'altérité et l'interculturalité en lien avec le monde chinois, sans que la Chine ne se réduise à un objet exotique. HongFei publie donc des textes d'auteurs chinois classiques ou contemporains, illustrés en France ou en Chine. Mais aussi des livres sans lien avec la Chine, ayant trait au voyage, à l'intérêt pour l'inconnu et la relation à autrui. Des créations la plupart du temps.

Coronavirus ou pas, le Nouvel an chinois est l'occasion de présenter deux nouveautés, deux créations françaises aux thèmes représentatifs du pays en fête, la nourriture, cet art éternel, et le mystérieux art martial du kung-fu.

On mange!


"Chifan! Manger en Chine" est un très joli album de Nicolas Jolivot, tout en hauteur, à couverture toilée (HongFei, 124 pages), "chifan!" signifiant "on mange!" en chinois. Un carnet de voyage plus que gourmand que l'auteur a réalisé à partir de ses dessins croquant une farandole de repas croisés au long de ses onze voyages en Chine entre 2007 et 2019. Fort agréablement assaisonné d'humour, de souvenirs et d'observations. Sortez vos baguettes - ou vos doigts. On y mange à toutes les pages et c'est rudement tentant. Rudement instructif aussi de découvrir la façon dont l'acte de se nourrir et de se réhydrater est célébré et respecté en Chine.

Dans tous les coins de Chine mais pas partout de la même façon. Une carte finale pointe tous les endroits visités par l'auteur-illustrateur-voyageur, principalement dans le sud néanmoins, mais pas à Wuhan. Pour le reste, les spécialités rencontrées sont regroupées en un menu de six services: manger dans la rue, au restaurant, les serveuses, en tête à tête avec son bol, à deux et à plusieurs. Les ravissants dessins, simples mais expressifs apparaissent sur des pages au fond blanc ou sable, la couleur rouge étant réservée aux têtes de chapitre. Chaque page est l'occasion d'une saynète présentant un plat par le texte et par l'image. Essentiellement des plats salés mais on peut aussi se régaler de fruits découpés et servis parfois en brochettes.

La brochette, un art à part entière, comme le bouillon ou les nouilles. Ou encore les beignets et les pâtes fourrées. Tout cela étant préparé à la vitesse de l'éclair ou mijotant gentiment en attendant le client. Nicolas Jolivot a choisi une manière aussi intéressante que pertinente de nous présenter la population chinoise tant les repas y ont d'importance. Bref, lecture faite et approuvée, comment dit-on "miam" ou "slurp" en chinois, ou plus poliment "gourmandise"? Exquisement composé, "Chifan! Manger en Chine" est à mettre entre les mains de tous les amateurs de bons plats.

Un poisson vivant préparé en cinq minutes (c) HongFei


On se défend!


Autre tradition chinoise, l'art du kung-fu. Loin des clichés véhiculés par les films et les séries télévisées, cet art martial consiste à retourner la force d'un adversaire contre lui lors d'une attaque  afin de se défendre, et cela en gestes coordonnés. Dans l'album "Shaolin, pays de kung-fu" (HongFei, 44 pages), Pierre Cornuel rappelle une histoire ancienne. Dans la Chine d'hier, une bande de brigands attaquait régulièrement le village où vivent la petite Mengmeng et sa tante Lina. L'échoppe de marché de cette dernière est régulièrement pillée comme celles des autres villageois.

Le marché. (c) HongFei.

Dans sa fuite lors d'un nouvel assaut, Mengmeng se blesse. La narratrice nous conte comment, grâce au singe Chichi, elle a été recueillie au monastère de Shaolin où s'enseigne depuis longtemps le kung-fu. Déboussolée au début, elle rencontre Kun-Yi, un jeune en apprentissage auprès de Maître Jong, qui deviendra son ami. La bienveillance générale aidera Mengmeng à s'en sortir et à suivre, elle aussi, le très difficile apprentissage du kung-fu, autant dans sa philosophie que dans sa pratique.

Pierre Cornuel nous fait entrer magnifiquement dans l'univers de cet art martial qu'il explique autant par ses mots que par ses très beaux dessins d'inspiration asiatique, réalisés avec les outils des artistes chinois.

Le jour où la petite fille est complètement guérie, il est temps pour Mengmeng de retourner dans son village qu'elle n'a pas oublié. Sa tante et ses voisins ne l'ont pas oubliée non plus. Les retrouvailles sont joyeuses et se prolongent par l'enseignement du kung-fu à tous là-bas. Les pillards ne sont revenus qu'une fois ensuite. Ils ont été battus et mis en fuite par des villageois sûrs d'eux et maîtres de leurs corps. "Shaolin" est un album qui se contemple avec plaisir pour la beauté de ses illustrations raffinées, judicieusement cadrées, et se lit avec intérêt tant se mêlent aisément les aspects narratifs et documentaires.

Mengmeng observe les jeunes élèves. (c) HongFei.







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