Nombre total de pages vues

jeudi 18 juin 2020

CotCotCot Editions, ce ne sont pas des carabistouilles!

#confinothèque50
Aujourd'hui, des albums jeunesse qui ont croisé la covid-19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Les catalogues CotCotCot prêts pour la Foire du livre de Bruxelles.

Foire du livre de Bruxelles oblige, plusieurs éditeurs belges ont sorti différents titres début 2020 à cette occasion. Encore davantage que leurs collègues français ou suisses, ils se sont trouvés bien marris quand le confinement est arrivé.

Parmi eux, en littérature de jeunesse, CotCotCot Editions, une "aventure éditoriale qui a commencé en 2011", explique sa fondatrice, Odile Flament. Elle a débuté en version numérique uniquement ("Bleu de toi", de Dominique Maes, non mis à jour en 2020, "Qui fait bzzz?" de Sabine De Greef, application disponible, "On tient la forme" de Cécile Eyen, application disponible)

Puis, en 2017, l'éditrice a eu l'occasion de passer au livre papier, sur beau papier plutôt car les albums sont très soignés, son "rêve depuis la création de la maison d'édition", avec "Ma mamie en poévie" de François David et Elis Wilk dont la version numérique était sortie un an plus tôt.

"La rencontre avec François David nous a permis de passer au papier en 2017", indique Odile Flament. "Sans ses encouragements et ses conseils, je n'aurais pas osé me lancer."





L'an prochain, CotCotCot Editions, volontairement absente d'Amazon, fêtera donc ses dix ans. "Pour l'instant", précise l'éditrice, "nous avons dix titres au catalogue, parmi lesquels le livre-application de Sabine De Greef que nous aimerions bien adapter en livre à rabats cartonné. Il me faut encore trouver un imprimeur en Europe, ce qui n'est pas chose aisée pour ce format. Nos neuf derniers titres sont en papier et tous n'ont pas vocation à être proposés en numérique. Actuellement, seul "Ma Mamie en Poévie" de François David et Elis Wilk est interactif. Nous travaillons à une version enrichie de l'album "Le Sourire de Suzie" d'Anne Crahay, mais nous sommes assez circonspects sur le manque de suivi de l'IDPF (International Digital Publishing Forum) dont l'extension de lecture Readium n'est plus mise à jour par Google."

Trois nouveautés étaient sorties pour la Foire du livre de Bruxelles, "Le chant du phare", "Allers-retours" et "De ville en ville". Trois albums confinés donc.
L'éditrice de CotCotCot Editions relativise toutefois l'impact de la covid-19 sur sa maison: "Durant le confinement, nous avons rapidement créé des versions numériques homothétiques - avec quelques adaptations indispensables pour assurer la fluidité et la lisibilité de l'ensemble des éléments des albums. Nos lecteurs et lectrices ont ainsi pu avoir accès aux livres en attendant de pouvoir en recevoir les versions papier. Il y a eu un certain intérêt et cela nous a permis d'être plus ou moins sereins jusqu'à la réouverture des librairies indépendantes."


"Le chant du phare". (c) CotCotCot Editions.


"Le chant du phare", d'Alizée Montois qui a fait les Beaux-Arts à Tournai, frappe par ses eaux-fortes aux teintes sombres de toute beauté et son histoire sans gras. Celle d'un "marin au creux de la vague" qui construit un phare au milieu des champs, à vingt kilomètres des côtes, en attendant que la mer vienne le chercher. Petit à petit, on va apprendre, avec beaucoup de délicatesse, comment ce solitaire anime ingénieusement son sémaphore, quel drame l'a mené là et comment il en sortira. Le quotidien comme les villageois, les boîtes de sardines siglées et le recours aux mouettes donnent une belle assise à cette histoire qui fait appel aussi aux émotions et aux sentiments. Un album de vie et de mort, un peu triste au sens noble du terme, d'espoir et de désespoir, de petits arrangements avec le destin. A partir de 5-6 ans.

"Le chant du phare". (c) CotCotCot Editions.



Album à l'aquarelle sans texte, fruit de son travail de fin d'études en illustration à Saint-Luc Liège, "Allers-Retours" de Nina Le Comte dit formidablement l'épouvantable chemin qui est réservé aux migrants quand, ayant survécu à la mer, ils arrivent sur notre terre ferme. Même Kafka ne s'y retrouverait pas. "Quand j'ai vu l'album, ce fut un coup au plexus dont je ne suis pas totalement remise", se rappelle l'éditrice. On la comprend. On ressent pareil.

La couverture donne déjà une belle idée de l'immensité à laquelle un réfugié va être confronté. On le suit à partir de son arrivée solitaire dans un port. Parcours d'une complication atroce, remarquablement symbolisée par la main de la loi d'abord, les escaliers, les ascenseurs, les labyrinthes des procédures ensuite. Le héros s'y lance courageusement, dans l'espoir d'une vie décente. Quel chemin infernal! En finale, on découvre que si les espoirs peuvent être cruellement déçus, la volonté de survivre peut être encore plus forte. Quitte à ce que cela prenne des années. Un itinéraire vécu par des milliers de demandeurs d'asile.

Très épuré, l'album joue sur les symboles et les couleurs des aquarelles et des fonds d'image pour permettre à chacun de ressentir les difficultés kafkaïennes auxquelles sont soumises certains êtres humains qui ne sont pas nés du bon côté de la Terre. Pas besoin de mots pour le dire, les illustrations sont éloquentes. Elles parlent fort, hurlent parfois. Un sujet terrible mais une merveille d'album. A partir de 5-6 ans.


Les trois premières doubles pages de "Allers-retours". (c) CotCotCot Editions.



Premier texte jeunesse de la traductrice littéraire Emmanuèle Sandron chez cet éditeur,  l'album "De ville en ville", illustré des très beaux collages de Brigitte Susini, est un grand format toilé qui se tient reliure vers le haut. On y suit un narrateur inconnu qui chemine de ville en ville à la recherche de lui-même. En route, il découvrira le monde, sa variété et sa richesse, et, par effet de soustraction, sa propre identité. Ce n'est qu'à la dernière page que le lecteur apprendra qui est le narrateur - à retrouver dans chaque image - de cet album un peu compliqué dans sa construction mais très agréablement illustré.

"La ligne éditoriale de la maison", dit encore Odile Flament, "est mue par la volonté première de construire un catalogue de fond autour de textes poétiques, justes, humanistes. En bref, pas d'histoire de princesse (je suis phobique) et des illustrations qui parlent probablement plus à l'adulte à venir chez les enfants et  à l'ancien enfant chez les adultes."


CotCotCot Editions, ce sont des albums exigeants sur le plan du graphisme et du rapport texte-images mais parfois plus rigolos que ceux ci-dessus.

Comme "De l'embarras au choix" de Romane Lefebvre (Saint-Luc, Liège), sorti il y a un an. Bien lire le titre, ce n'est pas l'embarras du choix comme il est dit souvent mais les choix effectués après avoir ressenti des embarras.
"Maurice me fait rire", dit simplement Odile Flament. Il nous fait rire aussi, avec toutes ses interrogations si joyeusement traduites par un graphisme inventif. Des lignes de couleurs, des traits, des bulles. Non pas gratuites mais au service de l'histoire. Par moments, on pense aux bouliers d'adresse des plus petits. On suit Maurice avec beaucoup de plaisir dans ses tergiversations et on arrive à la dernière page où se trouve un texte qui nous fait revoir l'album. Un très beau travail, profond et léger à la fois. Dès 4 ans.







Quelques images des embarras de Maurice. (c) CotCotCot Editions. 



Après "Ma Mamie en poévie", l'aventure éditoriale "papier" s'est poursuivie en 2019 avec l'acquisition des droits de l'album flamand aux somptueuses illustrations et au propos joyeusement mené "Eléphant a une question" de Leen van den Berg et Kaatje Vermeire (traduit et adapté du néerlandais par Emmanuèle Sandron).






Ont suivi plus tard en 2019 "Le Sourire de Suzie" d'Anne Crahay et "La brodeuse d’histoires" de Martina Aranda (Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles).

Le premier a été réalisé à partir de cinq  illustrations primées à la Foire du livre pour enfants de Bologne 2010. Il traite avec douceur du sourire comme moyen de défense, du besoin d'être aimé.

Le second est l'émouvante rencontre entre une petite fille, Mila, grande amatrice de livres, et une vieille dame, ancienne mercière, Lucia, qui aime broder et raconter des histoires. En traits de crayon noir plus ou moins gras et points de croix d'un joli bleu, la naissance d'une amitié forte.



Le temps de réaliser ces deux albums, Odile Flament a laissé mûrir le projet "Des haïkus plein les poches" de l'écrivain, poète et animateur d'ateliers français Thierry Cazals et l'illustratrice gantoise sortie de la KASK  (Académie royale des Beaux-Arts de Gand) Julie Van Wezemael (260 pages en format A5, deux versions papier, cartonnée et brochée). "Ce projet paru en octobre 2019 a évolué en un objet hors-normes", se rappelle l'éditrice, "qui a, paraît-il, accompagné de nombreuses personnes (souvent des adultes) pendant le confinement."

On comprend bien qu'il ait eu du succès durant le confinement tant ce recueil est un accompagnement chaleureux de la personne qui le lit. Il vous prend par la main et vous emmène en promenade. Il vous interroge et vous propose des tas et des tas et des tas de haïkus (bref poème venu du Japon qui cherche à saisir, en quelques mots, la beauté mystérieuse de chaque instant) de mille provenances. Ceux de différents poètes, maîtres du genre, ceux de l'auteur puisque Thierry Cazals pratique le haïku depuis toujours et ceux d'enfants qu'il a rencontrés au cours d'ateliers menés en France durant ces vingt dernières années.


Le narrateur. (c) CotCotCot Editions.
Un vieux poète, le narrateur, commence par raconter sa vie et les visites qu'il reçoit d'enfants jumeaux tout en faisant des tas de propositions au lecteur et en le conviant aimablement à diverses introspections. Le ton est agréable et les illustrations en totale adéquation avec le propos. Repos pour l’œil et l'esprit ou tremplin vers d'autres aventures au pays des mots, des sensations, de la nature, des instants,de la beauté. Les illustrations de Julie Van Wezemael combinent peinture acrylique et fils soigneusement cousus ou brodés.






"Des haïkus plein les poches" (c) CotCotCot Editions.

Le narrateur se raconte mais c'est en réalité un dialogue qu'il établit avec son lecteur qu'il invite, le moment venu, à se lancer à son tour dans l'écriture. Avec un tel guide, c'est une aubaine! Thierry Cazals qu'on sait doué, a réussi ici à établir un climat de douceur, une atmosphère de confiance et  de curiosité, propices à l'apprentissage - l'écrivain aborde tous les aspects des haïkus  - et à la création personnelle, dans ce livre inclassable et bénéfique. Un livre pour tous les âges.

"Ecrire des haïkus," y lit-on, "c'est repartir à zéro.
Redécouvrir le monde avec un cœur tout neuf."



Deux autres doubles pages. (c) CotCotCot Editions.




Aucun commentaire:

Publier un commentaire