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lundi 22 décembre 2025

Treize albums jeunesse à la douzaine

Le capitaine Brett emmène Hyéronimus. (c) La Partie.
 
Choisis dans ce qui m'est parvenu depuis la rentrée de septembre, des albums de tous les genres mais qui réjouiront les jeunes lecteurs et les plus grands.
 
 

Aventures

Le temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 168 pages
dès 7 ans
 
Tout de suite, on reconnaît le style. C'est du Blexbolex! Oui c'est du Blexbolex mais dans un genre qui diffère légèrement de ses précédents ouvrages (lire ici). Cette fois-ci, l'inventif et exigeant auteur-illustrateur français s'essaie au roman d'aventures. Illustré bien entendu. Diantrement bien illustré. Et drôlement bien pensé car c'est un souvenir du narrateur qui est déroulé en forme longue. Le lecteur, rassuré sur la finale, va pouvoir embarquer dans les épisodes et craindre pour son héros. L'histoire tient autant du roman d'aventure que du récit initiatique. Un enfant envoyé chez son oncle le temps de l'absence de ses parents, doit triompher seul de diverses épreuves. Hyéronimus va à ces occasions rencontrer un pirate, le Capitaine Brett, à la mystérieuse apparence de mort-vivant, et sa fine équipe - on y reconnaît des personnages apparus dans "Les Magiciens". Alliés ou ennemis? Se pose constamment en sous-texte la question du bien et du mal. Le récit captivant, à la première personne, se déroule en plusieurs chapitres palpitants qu'on dévore avec appétit, pris par l'intrigue et ses rebondissements, amusé par le choix des noms des personnages et des lieux, séduit par l'impeccable qualité graphique des illustrations. Un grand Blexbolex (une fois de plus)! 
D'autres illustrations du livre ici.  
 
Hyéronimus ne se doute pas de ce qui l'attend. (c) La Partie.

 
 

Voix


Le tambour
Jeanne Saboureault
MeMo, 72 pages
dès 4 ans
 
Très beau récit initiatique que ce premier album d'une auteure-illustratrice française passée par Bruxelles. Il met en scène Siméon, un petit garçon qui ne parle pas mais s'exprime par son tambour qu'il ne quitte jamais. C'est dire si la disparition de l'instrument le jour de son sixième anniversaire le bouleverse. Il a perdu son meilleur ami, son doudou, son confident. Après avoir fouillé en vain toute la maison, le petit garçon décide de partir à sa recherche. Cette nuit-là! Il devra dominer ses peurs, écouter des sons différents, apprivoiser des animaux dont un criquet. Siméon découvre le monde en même temps que lui-même. Lors de ces diverses rencontres, il fera celle de sa voix. C'est un gamin grandi et apaisé qui rentre chez lui, invitant ses parents à admirer avec lui la beauté d'un lever de soleil. Un très joli texte rythme les magnifiques illustrations sur double page et nous fait partager avec douceur la quête, les sentiments et les émotions du petit héros. 
 
Là où naquit Siméon. (c) MeMo.
 
 
 

Attente

 
Le baiser du soir
Clémentine Beauvais
Camille Romanetto
Sarbacane, 32 pages
dès 3 ans
 
Qui a écrit "Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux." Marcel Proust évidemment, dans "Du côté de chez Swann", le premier volume de sa "Recherche". Faut-il dès lors le proposer aux enfants? Non, bien entendu, sauf si on en prend l'exquise version qu'en donne Clémentine Beauvais. Du fameux "Baiser du soir", elle a fait un "Baiser du soir pour les tout-petits". Soit vingt-quatre courtes phrases où elle exprime à merveille l'attente, le désir, l'accomplissement et le déchirement ensuite. Une scène du quotidien des petits enfants, un drame parfois, un moment parfait aussi. Un magnifique album, philosophique en filigrane, qui interroge le temps, sa puissance et sa force, porté par les délicates images de Camille Romanetto, dans un clair-obscur où joue la lumière d'une bougie, un des indices de ce temps passé.
 
Attendre le baiser du soir. (c) Sarbacane.



 Frissons

 
Histoires du soir
pour enfants très courageux
Nikolaus Heidelbach
Ole Könnecke
traduit de l' allemand
par Svea Winkler-Irigoin
l'école des loisirs, 40 pages
dès 4 ans
 
On connaît bien et on aime beaucoup les illustrateurs allemands Nikolaus Heidelbach (lire ici) et Ole Könnecke (lire ici). Des histoires formidables dans des genres littéraires et graphiques très différents. Alors les retrouver ensemble en auteurs-illustrateurs du même album intrigue. Comment allaient-ils s'appairer? Le plus simplement du monde, chacun gardant son style au profit d'une histoire commune. Celle des enfants Boris et Céleste qui vont rester seuls à la maison ce soir, leurs parents étant de sortie. Le grand frère doit veiller sur sa petite sœur, la faire manger, la coucher et lui raconter une histoire. Justement! Céleste veut une histoire qui fait peur. Boris jubile mais rien de ce qu'il raconte n'impressionne la demoiselle: "C'est ennuyeux", "ça ne fait pas peur du tout, "elle était drôle, cette histoire", etc. A noter que c'est Könnecke qui signe les scènes dialoguées avec les enfants en page de droite alors que Heidelbach s'occupe de représenter dans son style les histoires racontées. De page en page, la situation dégénère entre le frère et la petite sœur insatisfaite, jusqu'à la malicieuse finale.
 

La bonne volonté de l'un, la mauvaise foi de l'autre. (c) l'école des loisirs. 

  
 
 

Devinettes

 
Contes en valise
Emilie Chazerand
Emmanuelle Houdart
Editions Thierry Magnier, 48 pages
dès 5 ans
 
On a beau connaître les contes sur le bout des doigts, quand ils apparaissent déstructurés, c'est plus compliqué. La preuve dans cet exquis livre-jeu de devinettes. Dix-sept personnages de ces récits ont vu leurs valises s'ouvrir et se mélanger. A charge des lecteurs de les identifier en fonction de leur contenu. Une quinzaine d'objets chaque fois, complétés d'un intrus, dessinés en page de droite. La réponse avec la vue de la valise se trouve en page de gauche suivante. Cela a l'air tout simple. Ce l'est au début avec le Petit chaperon rouge dont tout le monde identifie la capeline. Pour recouper ses informations, on voit aussi, entre autres, un panier, un pot de beurre, une galette, un couteau... Et la valise écarlate apparaît sur des pattes de loup! Ce n'est plus aussi facile ensuite mais c'est terriblement amusant de repérer les objets et d'émettre des hypothèses. Dix-sept contes sont passés à cette malicieuse moulinette, joyeuse et splendidement illustrée à la mode Houdart, à la fois détaillée et pleine d'imagination. 
 

Après le Petit chaperon rouge,  une autre devinette
 facile à  résoudre. (c) Ed. Thierry Magnier.

 

Leporello 


Les trésors de petite fourmi
Anouck Boisrobert
Louis Rigaud
Hélium, 24 pages
dès 5 ans
 
Un leporello, on sait ce que c'est, un livre accordéon. Celui-ci a la particularité d'être un leporello animé. Non seulement, on le déplie pour suivre le trajet de la petite fourmi, sur terre dans un sens, sous terre dans l'autre, mais en plus il y a des tas de rabats à manipuler et de découpes pour encore mieux observer l'insecte. On suit la petite fourmi dans sa promenade, elle qui amasse des tas de choses découvertes par hasard et qui peuvent lui être utiles, du grain de sucre à la plume d'oiseau en passant par la graine de pissenlit. Quand un moineau la menace, c'est sauve-qui-peut! La fourmi trouve refuge dans une galerie sous terre où chaque élément ramassé va trouver son utilité. Elle arrivera en finale dans sa fourmilière mais quel parcours! Une merveille d'observation et de conception technique, portée par des illustrations qui accueillent quelques collages d'éléments trouvés dans la nature. De quoi comprendre et admirer ces vies minuscules.
 
Album en leporello. (c) Hélium.
 
Trouvailles sur terre. (c) Hélium.
 

 Trouvailles sous terre. (c) Hélium. 

  
 
 

Arrières

Queues
Olivier Charpentier
Seuil jeunesse
64 pages
dès 6 ans 
 
Entre beau livre, documentaire et imagier, voici un album splendide et fascinant sur la queue des animaux. Drôle de sujet? Sujet parfaitement maîtrisé avec ces 22 animaux dont les appendices sont explicités, à la fois par un texte documentaire plaisant à lire et des portraits peints d'une très grande beauté à observer. Avant de découvrir la surprise du 23e sujet, on aura appris l'utilité de la queue du cochon bien entendu, il est le roi de la catégorie, mais aussi, celle du paon, de la mouffette, du cachalot, du lombric, du panda roux, du lézard et d'autres encore. Une belle preuve de la diversité du vivant et de son évolution comme l'a décrite Charles Darwin.
 
 
La queue du cachalot. (c) Seuil Jeunesse.

 
  

Rencontres

 
Le talisman
Ronald Curchod
Rouergue, 56 pages
dès 6 ans
 
Allongé au pied d'un arbre, un garçon regarde ce qui se passe autour de lui dans la forêt. Ou qui passe. Un pic qu'on découvre dans une des magnifiques  peintures sur double page, un lièvre qui guette et fuit, entraînant le contemplateur sur ses traces. Au sortir du bois, il va voir un lac, une barque, une jeune fille. Le lièvre s'y installe, la barque s'éloigne, la jeune fille rame vers une île. Le garçon attend. Rien. Il reviendra le lendemain, il guettera encore et encore. Une effraie passe au-dessus de lui. Est-ce elle qui le décide à prendre la barque? Il se rend sur l'île à son tour où il fera rencontres et découvertes... Un album mystérieux et énigmatique, terriblement attrayant par son sujet évoqué en petites touches de textes et par ses splendides, lumineuses et riches illustrations. A noter la très belle mise en page alternant double page avec des textes éparpillés et double page illustrée à bord perdu.
 
Vers où le lièvre conduit-il? (c) Rouergue.

 

Regards
 

Qui voit là?
Caroline Gamon
Hélium, 40 pages
dès 4 ans
 
Dès la première page de ce malicieux album en boucle, on retrouve le très beau  graphisme découvert dans l'excellent premier album en solo de l'auteure-illustratrice "Boucle d'or en chemin" (Hélium, 2024). Dans la forêt, toute une série d'animaux admirablement croqués de face - avec de petits trous pour leurs yeux - donnent des éléments qui composent le portrait de la créature étrange qu'ils ont croisée. Ce qui est amusant, c'est que la caractéristique qu'ils mettent en avant est le contraire de ce qu'ils sont eux. Le lecteur est de plus en plus intrigué. Et ce ne sont pas les premiers larges paysages forestiers qui lui donneront la réponse. Jusqu'à ce qu'il arrive à l'image lui donnant la réponse et qu'il soit ainsi ramené à l'animal du début de l'album. Une excellente idée que cet album invitant à se mettre à d'autres places que la sienne.
 
Pour le lièvre, la créature a de toutes petites oreilles. (c) Hélium.
 
 
 

Plongeons

Baleinoïde
Baptiste Gaillard
Sylvie Mermoud et Pierre Bonard
Askip, 76 pages
pour tous

En couverture, l'œil d'une baleine vous fixe. Le cétacé est fréquent en littérature, et même en littérature de jeunesse. Mais plonger dans cet œil-ci ouvre un monde particulier, celui des sensations, celui de la poésie. L'immense mammifère marin est approché par les bribes de texte qui tentent de le cerner au travers des âges et de ses représentations. L'immense mammifère marin est aussi magnifié par les splendides dessins aux crayons de couleur à quatre mains. L'immense mammifère marin se révèle ou se dérobe grâce aux pages de calque, parfois imprimées, qui enrichissent la lecture. Cet univers marin, à la fois connu et étrange, invite à se laisser porter, à se laisser voguer du rivage aux abysses, des croyances à la science. Un ouvrage pour rêver et se découvrir.

Une image reproduite de part et d'autre d'une page. (c) Askip.


 

Échanges

Oh là là, voyez-vous ça!
Michael Rosen
Helen Oxenbury
traduit de l'anglais par Maurice Lomré
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages
dès 3 ans
 
Quel plaisir de retrouver le duo britannique aux commandes d'un délicieux album randonnée. On en avait eu l'annonce en juin (lire ici). Le voilà pour de vrai, dans un format un poil plus réduit que leur célèbre "La chasse à l'ours". Le gamin narrateur se rend en sifflotant dans différents magasins avec des tas de projets d'achats. Mais il ne reçoit jamais ce qu'il demande: "A la place, on me donne..." Autant de surprises sous forme d'animaux sont à ces rendez-vous, présentées dans un joli texte aux rimes de mirliton et dans les illustrations. Une joyeuse malice qui n'est pas sans faire penser à cet autre classique qu'est "Préférerais-tu?" de John Burningham (1936-2019, lire ici). Ce que les enfants voient dans les images et que le texte ne dit pas, c'est qu'une cohorte composée de tous ses "achats" suit le protagoniste. Jusqu'à ce que le "chiot tout foufou" y mette un complet bazar! Un désastre interrompu par un "Toc, toc." Qui est à la porte? Une autre cohorte, d'humains bien chargés cette fois, qui mènent à la fête finale et à la sortie de tous les personnages en nouvelles paires en pages de garde arrières. 
 

Pantone

 
Couleurs de ciels
Alexandra Lafitte
Les Grandes Personnes
80 pages
pour tous
 
Regardez le ciel. Regardez-le dix minutes plus tard, il a changé. Regardez-le une heure plus tard, il est encore différent. C'est ce que nous montre superbement cet album de moyen format, un premier livre. Entre ses deux couvertures en gros carton, une exploration des couleurs du ciel au long d'une journée. Des peintures numériques abstraites, imprimées en couleurs Pantone, traduisant des souvenirs, des sensations, des observations. Sous certaines, quelques mots qui racontent aussi le ciel. "Le jour s'éveille là." ou "Le jour s'éveille ici." ou "Temps de pluie..." ou "Temps radieux..." Les couleurs du ciel, miroirs de nos émotions? Certainement. A chacun de se laisser emporter par ce livre d'artiste qui a la particularité d'avoir quatre couvertures différentes.
 
Les quatre couvertures. (c) Les Grandes Personnes.


 
"Le jour fatigue". (c) Les Grandes Personnes.

 
  
 

Personnages


Le casting

Gilles Bachelet
Seuil jeunesse, 72 pages
dès 6 ans
 
En 2019, Gilles Bachelet publiait un coffret réunissant trois de ses albums-culte, "Mon chat le plus bête du monde" (2004), "Quand mon chat était petit" (2006) et "Des nouvelles de mon chat" (2009). On y trouvait aussi un inédit, "Le Casting". C'est précisément cet album extrêmement amusant qui sort maintenant en solo, dans un format légèrement agrandi. L'auteur nous explique doctement, par le texte et l'image, comment vivent ses personnages quand les livres sont terminés, comment ils peuvent aussi l'aider à trouver un nouveau héros. Et ça dépote! Entre réunion de crise, lettres de candidature et évidemment le casting des candidats, tous des animaux - on voit même passer le Pomelo de Benjamin Chaud (lire ici), qu'est-ce qu'on rigole! Ils sont incroyables dans leurs présentations pour séduire ou amadouer un jury où l'on retrouve le chat le plus bête du monde, le singe à Buffon, Champignon Bonaparte, le lapin blanc, l'autruche qui manque aux contes de fées, le chevalier de ventre-à-terre. Et si on examine bien les candidats qui se présentent, certains sont les héros d'albums parus, la licorne Poufy, les gants de vaisselle, les extraterrestres XOX et OXO, le dragon de l'hypermarquête... A part le papillon de "Une histoire qui...", tout le monde est là (lire ici)!
 
Les candidats au casting. (c) Seuil Jeunesse.

Biblio de Gilles Bachelet
  • "Ice Dream" (Crapule Productions, 1984, puis Harlin Quist, 1998)
  • "Hôtel des voyageurs" (Crapule, 1986, puis Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Le singe à Buffon" (Seuil Jeunesse, 2002)
  • "Mon chat le plus bête du monde" (Seuil Jeunesse, 2004)
  • "Champignon Bonaparte" (Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Quand mon chat était petit" (Seuil Jeunesse",2007)
  • "Il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées" (Seuil Jeunesse, 2008)
  • "Des nouvelles de mon chat" (Seuil Jeunesse, 2009)
  • "Madame le Lapin Blanc" (Seuil Jeunesse, 2012)
  • "Le Chevalier de Ventre-à-Terre" (Seuil Jeunesse, 2014)
  • "Une histoire qui…" (Seuil Jeunesse, 2016)
  • "Une histoire d'amour" (Seuil Jeunesse, 2017)
  • "XOX et OXO" (Seuil Jeunesse, 2018)
  • "Coffret Tout mon chat" (Seuil Jeunesse, 2019)
  • "Résidence Beau Séjour" (Seuil Jeunesse, 2020)
  • "L'Hypermarquête" (Seuil Jeunesse, 2024)
 

 Et les Belges? Au prochain post. 
 
 
 
 
 

vendredi 3 octobre 2025

Quatre Belges en sélection des Pépites du Salon du livre de Montreuil


Avec le début d'octobre reviennent parfois les champignons mais à coup sûr les sélections pour les Pépites du Salon de Montreuil. Soit vingt titres sélectionnés, de vingt maisons d'édition, dans les quatre catégories: livre illustré, fictions juniors et ados, bande dessinée. Un jury d'enfants et d'ados (de 8 à 18 ans) désigne les lauréat·es dans chaque catégorie, tandis qu’un jury de critiques littéraires remet la prestigieuse Pépite d'Or.

Agréable surprise du cru 2025: la présence de deux artistes belges en catégorie bande dessinée et de deux auteurs belges en catégorie Fiction juniors! Clara Lodewick est sélectionnée pour son second album, le très réussi "Moheeb sur le parking" (Dupuis). Max de Radiguès pour "Dix secondes" (Casterman). Vincent Cuvellier apparaît en sélection pour "Les Découvertes vertes d'Anna Zavatian",  illustré par Charline Collette (hélium) et Thomas Lavachery pour son roman "Un démon parmi nous" (l'école des loisirs, Médium). Nous y reviendrons. On peut y ajouter la Française Adèle Maury qui a étudié à Bruxelles et y vit ("Béril en bataille", Sarbacane)


Ce jury professionnel est composé de critiques et de libraires, soit cette année Raphaëlle Botte ("Télérama"), Alexis Demeyer (France Inter), Fabienne Jacob ("Livres Hebdo"), Sandrine Mariette ("Elle"), Laurent Marsick (RTL), Cécile Ribault Caillol (France Info), Frédérique Roussel ('Libération'), Sylvie Vassallo (Salon du livre et de la presse jeunesse) et Lauriane Le Dûs (École de la librairie pour Place des libraires).

 

Les vingt livres sélectionnés pour les Pépites 2025

Sélection Livre illustré

  • "Alf et Orel", Jeanne Macaigne (Cambourakis)
  • "Le Bonheur d'un poulon", Paul Vidal (Albin Michel Jeunesse, collection "Ronces")
  • "Pavel et Mousse", Aurore Petit (Les Fourmis rouges)
  • "Rendez-vous de l'autre côté du jour", Thomas Vinau et Charlotte Lemaire (Editions Thierry Magnier)
  • "Vivace", Gabriel Sabourin (La Pastèque)


Sélection Fiction juniors 

 

  • "Les Découvertes vertes d'Anna Zavatian", Vincent Cuvellier et Charline Collette (hélium)
  • "La Jeune Fille au crâne", Benoît Richter (Nathan)
  • "Passage du convoi cette nuit", Anne-Christine Tinel (Koïnè Éditions)
  • "Le Temps du Capitaine Brett", Blexbolex (La Partie)
  • "Un démon parmi nous", Thomas Lavachery (l'école des loisirs, Médium)


Sélection Fiction ados

  • "Les Adelphides", Alice Dozier (Actes Sud jeunesse)
  • "Courir le vaste monde", Alex Cousseau (Rouergue Jeunesse)
  • "Helter Skelter, La Fille du bout du monde", Philippe Lechermeier (Flammarion Jeunesse)
  • "J'ai rien dit", Marcus Malte (Rageot)
  • "La Saison des fleurs", Loly Axmann (Gallimard Jeunesse, Scripto)


Sélection Bande dessinée 

  • "Béril en bataille", Adèle Maury (Sarbacane)
  • "Dix secondes", Max de Radiguès (Casterman)
  • "Moheeb sur le parking", Clara Lodewick (Dupuis, Les Ondes Marcinelle)
  • "Sangliers", Lisa Blumen (L'Employé·e du moi)
  • "Yon", vol. 1, Camille Broutin (Dargaud)

 

Les lauréat·es seront annoncé·es le mercredi 26 novembre, jour d'ouverture du Salon et célébré·es le dimanche 30 novembre.

 

vendredi 13 janvier 2023

Rétro 2022 en bourri, bourra, bourrasque

L'île de Hekla et Laki. (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel joli mot que celui de "bourrasque"! Il claque bien. Tellement mieux que son synonyme "coup de vent violent". Est-il difficile pour les enfants? Peut-être. Mais les enfants aiment apprendre des mots difficiles. Surtout quand ils claquent bien. Hasard des sorties, "bourrasque" apparaît dans trois albums pour les enfants à partir de 5-6 ans, sans limité d'âge, de toute grande qualité. Pour l'un, c'est facile, il est dans le titre. Pour les deux autres, on le trouve dans le texte.

En début d'histoire


Pépite d'or au dernier salon de Montreuil (lire ici), "Hekla et Laki" de la Belge Marine Schneider (Albin Michel Jeunesse, 64 pages) a illuminé la fin de l'année 2022. Par ses peintures aux couleurs magnifiques, renforcées par l'emploi d'un orange fluo pour le mini personnage de Hekla, posées sur des pages en grand format, par son propos de transmission entre un Laki géant, sage et âgé, qui accepte que sa solitude soit bousculée par un minuscule Hekla qui a tout à apprendre, par son évocation poétique de deux volcans islandais.

"Depuis ce jour, Laki s'attendait à ce que la prochaine bourrasque de vent emporte Hekla."  Ni insecte, ni oiseau, Hekla était arrivé un jour chez Laki, en virevoltant comme la samare d'un érable sycomore - plaisir de découvrir des mots choisis. Une allure tempétueuse qui sera désormais celle du vieux solitaire. Si sa vie est à présent sens dessus dessous, il apprend à faire de la place à son visiteur. Et oublie sa vie d'avant.

Protection. (c) Albin Michel Jeunesse.

Les années et les apprentissages passent. Hekla ne grandit guère et Laki se sent de plus en plus vieillir. Il éduque, veille et alerte: "Pas le lac, Hekla." Ni l'hiver quand il est gelé, ni au printemps quand il redevient une étendue d'eau. Hekla respecte la consigne jusqu'au jour où, non, il ne tient plus et rapporte ses découvertes à Laki. Rassuré par les ressources du petit, le géant peut mourir.

Emancipation. (c) Albin Michel Jeunesse.

Dans la deuxième partie de l'album, on va voir Hekla explorer son île, découvrir la parole, éprouver la peur, s'en affranchir grâce à ce que Laki lui a enseigné, s'ouvrir au monde et aux autres. Porté par des illustrations de toute beauté, libres, imaginatives, totalement en harmonie avec les émotions du jeune héros, et un texte précis, juste, allégorique, "Hekla et Laki" raconte merveilleusement un enfant qui grandit sereinement, rassuré par son géant et protégé par ce que Laki lui a transmis. Invité du coup à vivre sa propre vie. 

Ouverture au monde. (c) Albin Michel Jeunesse.

A signaler aussi, mais pour les tout-petits, le délicieux album cartonné "Maman tambour" de Pauline Delabroy-Allard, illustré par Marine Schneider (Editions Thierry Magnier, 24 pages). Dans les doubles pages qui sont autant de paysages, un bébé explore le corps de sa maman. Les pieds, les genoux, les cuisses, les seins... Des lieux connus qui sont évoqués en mots inventifs et poétiques, d'une infinie tendresse, et en images fantaisistes aux teintes douces. 



Tout à la fin


Comment parler du nouvel album du français Blexbolex (lire ici), "Les magiciens" (La Partie, 210 pages)? Un bon format époustouflant, qui affiche 1.130 grammes sous sa couverture souple et ses quasi 200 illustrations soulignées de quatre lignes de texte apparaissant sur de fines pages doubles (non découpées sur la tranche) en couleur crème, selon une technique de reliure aussi rare qu'appropriée et réjouissante. Les images sont des pochoirs retravaillés à l'ordinateur. L'histoire menée tambour battant. Le tout est prodigieux.

Les magiciens du titre sont au nombre de trois. On les rencontre dans une maison au toit rouge qui semble abandonnée. Pas tout à fait. Une théière en libère un premier qui a l'apparence d'un éléphant. D'une gravure au mur en surgit un deuxième, sous forme d'oiseau. Tout cela réveille la troisième comparse, une magicienne. Tout de suite, le trio est poursuivi par un impressionnant mâchefer et une redoutable chasseresse. Une traque infernale commence.

Les trois magiciens sont traqués. (c) La Partie.

Lors des diverses péripéties, narrées en brefs chapitres, on va découvrir que les trois magiciens ont des caractères bien trempés et sont résolus à ne pas se laisser attraper par celle qui chevauche un lion mécanique. Le lecteur parcourt du chemin, en ville ou à la montagne. Il parcourt le temps jusqu'à une cité futuriste. Il rencontre diverses personnes, des bonnes et des moins bonnes. Il se découvre, comme les héros, dans ce conte d'aujourd'hui, ouvert par la formule "Il est une fois, encore..." Son chemin initiatique le fait côtoyer métamorphoses, émotions et sentiments, dans des images d'une beauté époustouflante et à l'incroyable foisonnement. 

La chasseresse et le mâchefer les assaillent. (c) La Partie.

Récit d'aventures palpitant aux nombreuses références littéraires et graphiques, "Les magiciens" joue de différents registres comme la peur ou l'humour, l'imaginaire ou la magie. Sans jamais perdre ses lecteurs car Blexbolex les connaît et sait comment les réjouir et les enchanter jusqu'à la magistrale finale ouverte. 
Quant à la bourrasque, elle est bien présente, mais aux trois quarts de l'album (page 147):  "Alors une bourrasque de vent balaie la place déserte avec rage, soulevant un torrent de poussière et de boue."

Un texte qui fait la place belle à l'humour. (c) La Partie.


Le mot le plus visible


Prix Nobel de littérature 2012, l'écrivain chinois Mo Yan s'adresse magnifiquement aux enfants à partir de 6-7 ans dans l'album "La bourrasque", magistralement illustré par Zhu Chengliang (traduit et adapté du chinois par Chun-Liang Yeh, éditions HongFei, 44 pages). Dans ce format à l'italienne, il raconte un épisode de sa propre enfance et s'en explique.
"Chers amis lecteurs, 
je suis heureux que mon récit "La Bourrasque" puisse désormais vous être présenté, en France. Je l'ai écrit il y a trente-huit ans en me rappelant une expérience réellement vécue. Ce texte, inspiré par de beaux souvenirs de la nature, est également imprégné du regard attendri que je porte sur le temps de l'enfance. 
Mon grand-père et moi-même avons eu à affronter un petit ouragan qui nous a entièrement dépouillés, n'abandonnant qu'un unique brin d'herbe sur notre charrette. Cependant, le goût que nous a laissé cette épreuve ne fut ni celui de la défaite ni celui de la peur. On peut dire que nous avons mené bataille dans ce duel improvisé avec ce grand vent; mon grand-père n'a pas plié, lui tenant tête, et moi en m'agrippant fermement à l'herbe du talus je ne me suis pas laissé emporter. De ce point de vue, nous sommes sortis victorieux de ce face-à-face. 
Je commence à avoir des lecteurs en France grâce à mes livres traduits en français. Parmi ceux qui liront "La Bourrasque", beaucoup seront des enfants. Cela confère à cette publication un caractère tout particulier pour moi. Je souhaite à mes petits lecteurs le courage de faire face à l'adversité. Le vent passera, et nous serons toujours debout." 
Le 6 mai 2022, Mo Yan
Sur le chemin du retour. (c) Editions HongFei.

De facture classique, les magnifiques peintures se centrent sur l'humain, sur les deux humains, le narrateur de sept ans et son grand-père en route pour faucher l'herbe d'une prairie sauvage, dans l'immensité de la nature. La luxuriance du vert aux abords de la maison refuge glisse vers une brume grise du début de l'excursion, vite dissipée par un soleil radieux. Une lumière splendide mais silencieuse qui inspire à l'aïeul une chanson plutôt guerrière. Arrivé à son but, le duo entreprend le fauchage de l'herbe, déjeune, fait la sieste.

Mais le temps a tourné. Un gris menaçant a envahi le ciel. Les deux fermiers doivent charger la charrette et se dépêcher de rentrer. Arriveront-ils à temps? Les éléments vont se déchaîner, terrorisant l'enfant. Ce vent! Jusqu'à la rupture de la corde de la charrette, représentée dans une image tout en hauteur, à découvrir en tournant l'album de 90°. Le vent! Affreux. Qui emporte tout, choses comme humains. Une bourrasque qui a disséminé la fenaison mais a permis au grand-père et à son petit-fils de lutter ensemble contre l'adversité. Un magnifique récit de résistance, de courage et de complicité, remarquablement illustré par l'auteur de l'album "Flamme" (lire ici).

La bourrasque emporte tout. (c) Editions HongFei.