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mardi 6 octobre 2020

Les jurys resserrent leurs choix en vue des prix


L'Académie Goncourt vient d'annoncer sa deuxième sélection ce mardi 6 octobre, réduite à huit titres.
Plusieurs autres jurys en avaient déjà fait de même. 
Point de la situation. On voit que ceux qui sortent ici demeurent là-bas. Et inversément.
Pour retrouver les premières sélections complètes, c'est ici

Prix Goncourt (10 novembre)

  • "Les funambules" de Mohammed Aissaoui (Gallimard)
  • "Les impatientes" de Djaïli Amadou Amal (Emmanuelle Collas, lire ici)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "L'Anomalie" de Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "Mes fous" de Jean-Pierre Martin (L'Olivier)
  • "L'historiographe du royaume" de Maël Renouard (Grasset)
  • "Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo (Verdier)
  • "Héritage" de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "L'Enfant céleste" de Maud Simonnot (L'Observatoire)
  • "Yoga" d'Emmanuel Carrère (P.O.L.)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Chavirer" de Lola Lafon (Actes Sud)
  • "Les roses fauves" de Carole Martinez (Gallimard)
  • "La société des belles personnes" de Tobie Nathan (Stock)
  • "La chambre des dupes" de Camille Pascal (Plon)

Jury
Didier Decoin, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Patrick Rambaud, Philippe Claudel, Pierre Assouline, Paule Constant, Éric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Camille Laurens.


Prix Femina (3 novembre)


Romans français
  • "Héritage" de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Barocco Bordello" de Thierry Clermont (Seuil)
  • "Le tailleur de Relizane" d'Olivia Elkaïm (Stock)
  • "La femme-écrevisse" d'Oriane Jeancourt-Galignani (Grasset)
  • "Nature humaine" de Serge Joncour (Flammarion)
  • "Chavirer" de Lola Lafon (Actes Sud)
  • "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, lire ici)
  • "Un jour ce sera vide" de Hugo Lindenberg (Bourgois)
  • "Une piscine dans le désert" de Dianne Mazloum (JC Lattès)
  • "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, lire ici)
  • "Amrita" de Patricia Reznikov (Flammarion)
  • "Une bête aux aguets" de Florence Seyvos (L'Olivier, lire ici)
  • "Vladisvostok circus" d'Elisa Shua Dusapin (Zoé)
  • "La belle lumière" d'Angélique Villeneuve (Le Passage)
  • "Carnet d'adresses de quelques personnages fictifs de la littérature" de Didier Blonde (Gallimard, "l'Arbalète")
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Quitter Madrid" de Sarah Manigne (Mercure de France)
  • "Sous le ciel des hommes" de Diane Meur (Sabine Wespieser)


Romans étrangers
  • "Eliete, la vie normale" de Dulce Maria Cardoso (traduit du portugais par Elodie Dupeau, Chandeigne)
  • "American dirt" de Jeanine Cummins (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain et Christine Auché, Philippe Rey)
  • "Sublime royaume" de Yaa Gyasi (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour, Calmann-Lévy)
  • "Les graciées" de Kiran Millwood Hargrave (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sarah Tardy, Robert Laffont)
  • "Aria" de Nazanine Hozar (traduit de l'anglais (Canada) par Marc Amfreville, Stock)
  • "Ce que je ne veux pas savoir" et "Le coût de la vie" de Deborah Levy (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Céline Leroy, Editions du Sous-Sol)
  • "Apeirogon" de Colum McCann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, Belfond)
  • "Betty" de Tiffany McDaniel (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe, Gallmeister)
  • "Le dernier interview" de Eskhol Nevo (traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche, Gallimard)
  • "Retour à Martha's Vineyard" de Richard Russo (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Quai Voltaire)
  • "Patagonie Route 203" d'Eduardo Fernando Varela (traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry, Métailié)
  • "Nickel Boys" de Colson Whitehead (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé, Albin Michel)
  • "Les lionnes" de Lucy Ellmann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, Seuil)
  • "Poison florilegium" de Annalena McAfee (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sarah Tardy, Belfond)

Essais
  • "Ethnologie du bureau" de Pascal Dibie (Métailié)
  • "Ci-gît l'amer" de Cynthia Fleury (Gallimard)
  • "Les villes de papier" de Dominique Fortier (Grasset)
  • "Génération offensée" de Caroline Fourest (Grasset)
  • "Armen: l'exil et l'écriture" d'Hélène Gestern (Arléa)
  • "Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie" de Christophe Granger (Anamosa)
  • "Beyrouth 2020: journal d'un effondrement" de Charif Majdalani (Actes Sud)
  • "Kaspar l'obscur ou l'enfant de la nuit" d'Hervé Mazurel (La Decouverte)
  • "Le musée, une histoire mondiale" (vol.1) de Krzysztof Pomian (Gallimard)
  • "Histoire de la fatigue" de Georges Vigarello (Seuil)
  • "J'ai tant vu le soleil" d'Emmanuel Waresquiel (Gallimard)
  • "209 rue Saint Maur, Paris XIe" de Ruth Zylberman (Seuil)

Jury
Evelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas. Le secrétariat est assuré par Anne de Caumont.

Prix Médicis (6 novembre)


Romans français et francophones
  • "Le Cœur synthétique" de Chloé Delaume, (Seuil)
  • "Le Grand vertige" de Pierre Ducrozet (Actes Sud)
  • "La fille du père" de Laure Gouraige (P.O.L)
  • "L'Anomalie" de Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "La Tannerie" de Celia Levi (Tristram)
  • "Mes fous" de Jean-Pierre Martin (L'Olivier)
  • "Une piscine dans le désert" de Diane Mazloum (JC Lattès)
  • "Histoires de la nuit" de Laurent Mauvignier (Minuit)
  • "Comédies françaises" d'Eric Reinhardt (Gallimard)
  • "Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo (Verdier)
  • "Yoga" d'Emmanuel Carrère (P.O.L)
  • "La Trajectoire des confettis," de Marie-Eve Thuot (Editions du Sous-Sol)
  • "La Demoiselle à cœur ouvert" de Lise Charles (P.O.L, lire ici)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)"Les Démons" de Simon Liberati (Stock)

Romans étrangers
  • "Permafrost" d'Eva Baltasar (traduit de l'espagnol par Annie Bats, Verdier)
  • "L'Autre moitié de soi" de Brit Bennett (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère (Autrement)
  • "Apeirogon" de Colum McCann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, Belfond)
  • "Un promeneur solitaire dans la foule" d'Antonio Muñoz Molina (traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon, Seuil)
  • "Les garçons de l'amour" de Ghazi Rabihavi (traduit du persan par Christophe Balaÿ, Serge Safran)
  • "Lumière d'été, puis vient la nuit" de Jon Kalman Stefansson (traduit de l'islandais par Eric Boury, Grasset)
  • "Chinatown intérieur" de Charles Yu (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurélie Thiria-Meulemans, Aux Forges de Vulcain)
  • "American dirt" de Jeanine Cummins (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain et Christine Auché, Philippe Rey)
  • "Les lionnes" de Lucy Ellmann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, Seuil)
  • "La Fenêtre au sud" de Gyrdir Eliasson (traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, La Peuplade)
  • "Sublime royaume" de Yaa Gyasi (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour (Calmann-Lévy)
  • "Aria" de Nazanine Hozar (traduit de l'anglais (Canada) par Marc Amfreville, Stock)
  • "Ce que je ne veux pas savoir" et "Le coût de la vie" de Deborah Levy (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Céline Leroy, Editions du Sous-Sol)
Essais
  • "La vie comme un livre" d'Olivier Betourné (Philippe Rey)
  • "Chaudun, la montagne blessée" de Luc Bronner (Seuil)
  • "Libres d'obéir: Le management, du nazisme à aujourd'hui" de Johann Chapoutot Gallimard)
  • "Eparses" de Georges Didi Huberman (Editions de Minuit)
  • "Wuhan, ville close" de Fang Fang (Stock)
  • "Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie" de Christophe Granger (Anamosa)
  • "Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard (Denoël)
  • "Raviver les braises du vivant" de Baptiste Morizot (Actes Sud)
  • "Suivant l'azur", Nathalie Léger (P.O.L.)
  • "Personne ne sort les fusils" de Sandra Lucbert (Seuil)
  • "Sandor Ferenczi" de Benoît Peeters (Flammarion)
  • "Affranchissements" de Muriel Pic (Seuil)
  • "La Réponse à Lord Chandos" et "L'homme aux trois lettres" de Pascal Quignard (Galilée et Grasset)

Jury
Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne F. Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine, Frédéric Mitterrand, Pascale Roze et Alain Veinstein.

Prix Renaudot (10 novembre)


Romans
  • "Ce qui plaisait à Blanche" de Jean-Paul Enthoven (Grasset)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, lire ici)
  • "L'Anomalie" d'Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "Une piscine dans le désert" de Diane Mazloum (JC Lattès)
  • "La Grande épreuve" d'Etienne de Montety (Stock)
  • "La Faucille d'or" de Anthony Palou (Rocher)
  • "Amrita" de Patricia Reznikov (Flammarion)
  • "Les démons" de Simon Liberati (Stock)
  • "Le Pont de Bezons" de Jean Rolin (P.O.L.)
  • "Le Métier de mourir" de Jean-René Van Der Plaetsen (Grasset)
  • "Les funambules" de Mohammed Aissaoui (Gallimard)
  • "Les Métamorphoses" de Camille Brunel (Alma)
  • "Nature humaine" de Serge Joncour (Flammarion)
  • "Les Evasions particulières" de Véronique Olmi (Albin Michel)

Essais

  • "La vie comme un livre" d'Olivier Betourné (Fayard)
  • "Les Villes de papier" de Dominique Fortier (Grasset)
  • "L'autre Rimbaud" de David Le Bailly (L'Iconoclaste)
  • "Avec Pessoa" de Frédéric Pajak (Noir et blanc)
  • "Les Disparus du Joola" d'Adrien Absolu (J-C Lattès)
  • "Roue libre" de Cécile Guilbert (Flammarion)

Jury
Frédéric Beigbeder, Patrick Besson, Dominique Bona, Georges-Olivier Châteaureynaud, Louis Gardel, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.


lundi 5 octobre 2020

Chen Jiang Hong, dit Chen: "C'est une chance de recevoir la mission de la transmission"

Chen au Wolf.


On l'appelle Chen, de son nom de famille. Et il l'accepte sans sourciller, disant que c'est plus facile pour les enfants. Chen Jiang Hong, avec son nom qui précède son prénom, ne peut cacher qu'il est d'origine chinoise. Né en 1963, il est arrivé en France en 1987après avoir fait les Beaux-Arts à Pékin. Il a publié son premier album en littérature de jeunesse en 1995. C'était à l'école des loisirs, son principal éditeur, à la demande de Markus Osterwalder, vite devenu un complice puis un ami. Aujourd'hui, il y affiche une vingtaine d'albums, principalement comme auteur-illustrateur, sans oublier une belle série de recueils de contes de divers pays qu'il a illustrés.

Une œuvre de 2020.
En parallèle à ses somptueux albums, Chen a aussi une très grande activité de peintre, des toiles, souvent de grand format, plutôt abstraites mais inspirées par ses origines, encre de Chine, fleur de lotus...




S'il faut synthétiser les albums jeunesse de Chen, je dirais que ce sont des livres d'une incroyable beauté plastique, entrant en résonnance avec une histoire complexe mais à hauteur d'enfant, souvent portée par une légende ancienne parfois réinventée. Des pages à regarder de près, complètement accessibles à tous. Des livres d'une grande richesse qu'on peut lire et relire tant ils fourmillent de détails à observer et sont le résultat d'une construction très pensée tout en étant invisible. Des bijoux d'histoires que j'ai déjà largement évoqués (lire ici).

Chen vient de passer trois jours en résidence au Wolf à Bruxelles. Masqué, volubile, attentif et souriant, il a rencontré des enfants, des étudiants, des adultes intéressés par son travail. Et moi, pour une conversation à bâtons rompus qui a débuté sur ses trois derniers albums en date. Les magnifiques "Gâteau de Lune" et "Sann", le très beau, esthétiquement, "Nima et l'ogresse", moins enthousiasmant scénaristiquement parlant.




Il me semble que tu publies moins d'albums pour enfants? Est-ce ton travail de peintre qui t'occupe davantage?
Depuis plusieurs années, je fais beaucoup de peinture. Et moins de livres pour enfants qu'avant car plus on en fait, plus c'est difficile. Je suis très exigeant vis-à-vis de moi-même. Pour faire un livre, il me faut avoir quelque chose à dire. Je ne veux pas faire une chose qui m'ennuie moi-même. Aujourd'hui, je prends plus de temps, j’essaie de faire des choses plus intéressantes que celles que j'ai déjà faites. Je dois me surprendre, trouver des sujets. J'ai plusieurs projets personnels non publiés, dont un sur le deuil, réalisé quand mon père est mort.

 

Parlons un peu de "Gâteau de lune" (l'école des loisirs, 2018) avec la princesse Xian-Zi qui, du haut de son Palais du Ciel, rêve de connaître la vie sur Terre, y vient et sera ensuite privée de son fils en guise de punition par son père.
C'est un livre pour ma mère. Je l'ai commencé quand elle était déjà malade. Elle est décédée, en Chine, avant que je ne l'aie terminé. Mon père était, lui, parti en 2015.
Ma mère est tombée malade en 2016. Ma sœur m'a appelé de Chine alors que j'étais au Liban. Elle m'a dit: "On a fait des gâteaux de lune, on en garde un pour toi." C'est une fête d’automne importante en Chine (NDLR: elle a eu lieu le jeudi 1er octobre en cette année 2020). J'ai mêlé une histoire à cette légende. Ce livre, que j’ai commencé quand ma mère était déjà vraiment malade, a été une course contre la mort pour moi, à distance en plus. Ma mère n’était pas facile, mais je suis son seul garçon et son dernier enfant. C'était dur de contrôler mon émotion.
"Gâteau de Lune". (c) l'école des loisirs.

Et de "Nima et l'ogresse" (texte de Pierre Bertrand, l'école des loisirs, 2019) qui parle du Tibet comme son titre ne le dit pas et où apparaissent des couleurs inhabituelles chez toi.

Pierre Bertrand, l'auteur des "Cornebidouille" souhaitait que j'illustre son histoire sur le Tibet. Personnellement, j'ai toujours eu envie de faire un sujet sur le Tibet mais je n'ai pas trouvé la bonne histoire jusqu'à présent. Alors j'ai illustré la sienne tout en lui proposant quelques modifications de scénario.
"Nima et l'ogresse". (c) l'école des loisirs.

Et le magnifique "Sann" (l'école des loisirs, 2014), petit garçon incroyablement déterminé qui veut aider ses parents et débarrasser son village des pierres qui l'encombrent?

L'histoire m'est venue durant un concert de Berlioz. "Le vieux qui voulait déplacer la montagne" est un conte traditionnel. Il a même été utilisé par Mao dans son "Petit livre rouge". J'ai retranscrit le conte avec un héros enfant. 
"Sann". (c) l'école des loisirs.

Où en est le projet de suite au génial "Mao et moi", autobiographique?

J'ai toujours le projet d'en faire la suite, plutôt centrée sur mon apprentissage du dessin jusqu'aux Beaux-Arts. Je l'ai commencé dans un carnet.

 

As-tu un autre projet?
Oui, un roman graphique sur l'exil, qui dira la souffrance de quitter son pays et de finalement n'être de nulle part. Mais j’ai besoin de beaucoup de temps pour moi pour l’exposition que je prépare et pour ma peinture. J'ai vécu des choses très profondes, ce départ vers la France, les allers-retours vers la Chine, tous ces croisements, l'alternance entre espoir et désespoir.

 

Envisagerais-tu de retourner en Chine?
Non, de façon catégorique. Cela n'a pas de sens pour moi. Je suis depuis 33 ans en France et depuis 26 ans à l'école des loisirs. Mais qui sait? La vie bouge, on change. Depuis la mort de mes parents, je n'ai plus de racines en Chine. En France, je me suis trouvé une nouvelle terre. Si je retourne, cette plante-là va mourir en moi. Elle n'aura plus de terre fertile pour pousser.

 

Quel regard portes-tu sur ta vie ici?
J'ai beaucoup de chance dans ma vie. Je fais de la peinture, des livres pour enfants et je rencontre les jeunes lecteurs. C'est une chance de recevoir la mission de la transmission.
J'aimerais prendre des jeunes avec moi, des apprentis, mais c'est difficile pour eux d'avoir le niveau. Aujourd'hui, les étudiants sont beaucoup dans le confort, dans la facilité.
Moi, je dois faire ça, des livres pour enfants, non parce que j'en ai envie, je ne cherche pas la notoriété ou à montrer mes capacités dans des dessins ou dans des histoires mais parce qu'il y a une voix quelque part qui me dit: je t'ai tout donné, il faut que tu donnes ça aux enfants maintenant. C'est cela, la transmission dont je parle.

Quel créateur es-tu?
L'apprentissage du dessin demande du travail, beaucoup, de la maîtrise, de l'excellence. Je dois donner cela aux enfants. C'est presque un devoir. On m'a aidé, maintenant je dois aider les autres. Je ne suis pas croyant mais je pense qu'il y a une force supérieure au-dessus de nous. Ma volonté est de traduire cela à travers la beauté, l'exigence, jusqu'au sublime. Je veux montrer la beauté, je veux montrer l'espoir.
Je ne prépare rien, cela jaillit à son heure avec facilité, comme une fontaine.
Aujourd'hui, la médiocrité est de plus en plus répandue. On ne trouve plus le sublime. Si on perd ça, on perd la vie, on perd le sens essentiel de la vie. L'honnêteté est de rester modeste, humble, respectueux, patient et calme. Il faut beaucoup d'apprentissage, de maîtrise et d'observation pour accéder à la perfection. Si une partie manque, cela se voit dans le livre.

Chen au Wolf.






vendredi 2 octobre 2020

Lou, une vraie tête en l'air

La jaquette se déplie en une affiche. (c) Seuil jeunesse.


Propos déjantés mais pas tant que ça finalement, agréablement illustrés et complétés d'une jaquette qui, dépliée, devient une affiche, ainsi se présente le piquant "Lou a oublié sa tête" de Denis Baronnet, un roman pour les enfants qui savent déjà lire, illustré par Gaëtan Dorémus (Seuil Jeunesse, 104 pages). Il est un des deux titres qui inaugurent la collection "Le grand bain" de l'éditeur, destinée aux enfants de plus de huit ans. Elle leur propose en format de poche des textes plus longs que les albums, drôles, sur des sujets actuels et bien illustrés. Surtout que la jaquette offre un formidable espace d'expression aux illustrateurs.

Le roman démarre sur une situation que tout humain, et sans doute plus particulièrement les enfants, connaît bien. S'entendre dire: "Ma parole, un jour, tu oublieras ta tête!" C'est ce qui arrive à Lou, au sens propre. Elle se présente un matin à l'école, sans sa tête. Et est incapable de se rappeler où elle l'a laissée. Chez Papa? Chez Maman? Pas toujours facile de s'y retrouver quand on a deux maisons.

Là où le roman démarre réellement, c'est quand la tête de Lou prend à son tour la parole dans le chapitre suivant - les têtes de page indiquent "le corps de Lou" ou "la tête de Lou" ou "Lou". Même que la binette déjoue un cambriolage. L'auteur ne s'arrête pas en si bon chemin et fait finalement tomber la tête de Lou dans un camion rempli de patates où se cache une famille africaine migrante avec deux enfants. L'écriture est vive, enfantine sans excès moqueur. On s'amuse beaucoup. Tous ces éléments passablement abracadabrants sont superbement agencés pour concocter une formidable histoire à épisodes. Tant Lou que sa tête voudraient en effet bien se retrouver. Comment faire? C'est tout l'art de Denis Redonnet de l'imaginer à travers mille péripéties plus sympathiques les unes que les autres. Quant au dessinateur Gaëtan Dorémus, il ajoute sa touche de peps à cette histoire rocambolesque abordant de biais des sujets actuels, les difficultés d'enfants de parents divorcés, celles des migrants en route pour l'Angleterre ou errant dans un bois près de Calais, ainsi que la question des nouvelles technologies. Un grand moment de plaisir que cette aventure sans queue mais avec tête. Dès 8 ans.


Le début du roman. (c) Seuil Jeunesse.


Quatre titres sont annoncés par an dans la collection "Le grand bain". En parallèle à "Lou a oublié sa tête", paraît aussi "Quand les escargots vont au ciel" de Delphine Vallette, illustré par Pierre-Emmanuel Lyet, un roman qui dépasse son thème, les différentes religions et la mort.

Sont prévus en 2021, "L'enfant qui croyait qu'on ne l'aimait pas", d'Hervé Giraud, sur la différence et la phobie scolaire, et  "Comment chasser les zombies de mon lit?", de Béatrice Fontanel, sur les méfaits des écrans, illustré par Loïc Froissart.













jeudi 1 octobre 2020

Première sélection en vue de l'attribution du Grand Prix du Roman de l'Académie française

L'Académie française.

Comme écrit précédemment, l'Académie française est une des dernières institutions à annoncer sa première sélection pour son prix, mais elle sera aussi la première à proclamer son lauréat le jeudi 29 octobre (lire ici). La Commission du Grand Prix du Roman de l'Académie française a établi, ce jeudi 1er octobre, sa première sélection en vue de l'attribution du Grand Prix du Roman, qui sera décerné le jeudi 29 octobre. Celle-ci comporte les titres suivants, présentés selon l'ordre alphabétique des auteurs, auxquels j'ajoute comme d'habitude la maison d'édition. Des livres qui apparaissent tous sur d'autres sélections, mais elles sont nombreuses, sauf un, le quatrième de la liste.

Première sélection

  • "Héritage" de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Ce qui plaisait à Blanche" de Jean-Paul Enthoven (Grasset)
  • "L'Intimité" d'Alice Ferney (Actes Sud)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "Liv Maria" de Julia Kerninon (L'Iconoclaste)
  • "La Grande Epreuve" d'Etienne de Montety (Stock)
  • "Les Evasions particulières" de Véronique Olmi (Albin Michel)
  • "L'Historiographe du royaume" de Maël Renouard (Grasset)
  • "Le Métier de mourir" de Jean-René Van der Plaetsen (Stock)

Prochaine étape, la deuxième sélection annoncée pour le 15 octobre.


On remarquera que quatre titres apparaissent aussi dans la première sélection du prix Interallié que je n'avais pas encore eu l'occasion d'annoncer.

Prix Interallié (18 novembre)

  • "Les Funambules" de Mohammed Aïssaoui (Gallimard)
  • "Buveurs de vent" de Franck Bouysse (Albin Michel)
  • "Ce qui plaisait à Blanche" de Jean-Paul Enthoven (Grasset)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "La grâce" de Thibault de Montaigu (Plon)
  • "La Grande épreuve" d'Étienne de Montety (Stock)
  • "Les évasions particulières" de Véronique Olmi (Albin Michel)
  • "Comédies françaises" d'Eric Reinhardt (Gallimard)


Haïkus illustrés de saison

Les pages de garde de "Pluie". (c) Versant Sud jeunesse.


De très belles illustrations, emplies de douceur. Des doubles pages à bord perdu dans des tons délicats d'ocre et de gris. Des scènes de travail, ou non, aux quatre coins du monde, dans des paysages très joliment représentés. De la pluie partout, bienfaisante ou plus difficile à accepter. Chaque fois, un court poème de trois lignes en lien avec la nature. Tel est le gracieux album "Pluie" du Suédois Anders Holmer (traduit du suédois par Aude Pasquier, Versant Sud Jeunesse, 32 pages), qu'on a plaisir à contempler en ces jours pluvieux. Ces humains d'ici ou là nous font voir la pluie autrement.


Traversée périlleuse. (c) Versant Sud Jeunesse.

Ces douze haïkus illustrés déploient différentes scènes qui se déroulent sous la pluie au nord et au sud, à l'est et à l'ouest: un cheval qui laboure, une expédition sur un pont suspendu, un berger avec son troupeau, des galopades dans la steppe, une relève de phare, un observatoire de la nature… Autant de paysages à examiner de près pour en savourer les détails tout en laissant infuser les poèmes qui les accompagnent. On constatera que la pluie n'est pas LA pluie mais DES pluies, toutes différentes les unes des autres.


La relève au phare. (c) Versant Sud Jeunesse.