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dimanche 20 juin 2021

20 juin, journée mondiale des réfugiés



Bonne nouvelle, l'album pour enfants "L'Odyssée d'Amina" de Marie Wabbes (Des pages et des notes, lire ici) est toujours disponible et bénéficie d'un lancement vidéo à voir ci-dessus ou ici.


Qu'est-ce qu'un réfugié? En général, les réfugiés sont des personnes fuyant la guerre ou qui ont connu diverses guerres et révolutions dans leur pays. Ils peuvent aussi fuir des persécutions, des catastrophes naturelles, ou autres. Selon le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), plus de 82 millions de personnes sont aujourd'hui déplacées de force dans le monde, soit deux fois plus qu'il y a dix ans. Parmi elles, des réfugiés, des demandeurs d'asile et des déracinés internes.

Mais si on s'en réfère aux actualités récentes, un réfugié est surtout quelqu'un qui se noie en Méditerranée, parfois dans la Manche. Parce qu'il n'a pas eu le choix d'un autre chemin. Parce que personne n'est venu à son secours. Ou pour éviter d'être ramené dans la Libye qu'il fuit, facile à comprendre. En 2020, les autorités libyennes ont intercepté 11.891 migrants au large de leur pays. Parfois grâce à des informations de l'agence européenne Frontex dont ce n'est pas le rôle. L'OIM (Organisation internationale pour les migrations) estime que 17.000 personnes sont mortes en Méditerranée depuis 2014. Mais la réalité est bien pire. Et il est à noter que la plupart des migrants qui meurent chaque année, perdent la vie aux portes de l'Europe.

Pour aborder la question des réfugiés, cinq livres, deux bandes dessinées et un premier roman pour adultes, un album pour enfants et un roman pour ados (d'autres titres pour toutes les tranches d'âge ici).

 
Mona rencontre Monika par hasard. (c) Casterman


Dans l'épaisse bande dessinée "Chez toi" (Casterman, 208 pages), Sandrine Martin nous emmène dans un camp de réfugiés à Athènes il y a cinq ans. On y fait la connaissance de Mona, une réfugiée syrienne originaire de Homs qui vit là, sous tente, avec son compagnon. Puis de Monika, une Grecque qui est sage-femme auprès des réfugiés. Elle vit à Athènes avec son mari au chômage et leur petite fille de trois ans. Elles se croisent au centre de santé de Médecins du monde à Athènes. La seconde est là quand la première  apprend qu'elle est enceinte. Entre ces deux femmes surgit une sympathie immédiate et réciproque.

Ce récit graphique majoritairement en bleu, éclairé de dégradés de rouge et de blanc, nous fait suivre ces deux jeunes femmes, insatisfaites chacune de leur existence. On les comprend sans les juger, sans les jauger, comme le fait l'auteure-illustratrice dont le récit s'inspire d'une étude anthropologique sur les relations entre les femmes enceintes migrantes et le personnel médical et d'une enquête sur une femme en particulier.

Sandrine Martin nous partage l'amitié qui a éclos entre ces deux femmes de deux mondes qui se sont rencontrées par hasard. Qui se sont trouvées. Qui ont pu partager leurs aspirations, s'écouter, se comprendre, se soutenir. Superbement illustré, écrit avec tact, "Chez toi" est un récit graphique bouleversant, sincère, empathique, qui oblige à réfléchir sur le sort imposé aux réfugiés bien sûr mais aussi à d'autres thèmes de société.

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Jour 5, un mort à bord; jour 6, la presse. (c) Encre de nuit.


L'Algérien résidant en Tunisie (attesté dans son album sur le bled, lire ici) Salim Zerrouki utilise un ton tout à fait différent, le sien, l'humour noir, la dérision, le cynisme, pour dénoncer dans "Comment réussir sa migration clandestine" (Editions Lalla Hadria/Encre de nuit, 92 pages) ce que l'Europe veut à tout prix ignorer. "La plupart de ces histoires qui vont vous paraître affreusement cruelles, absurdes et impossibles, sont tirées de faits réels", avertit le dessinateur de presse en ouverture du livre (QR code de lien aux articles en fin d'ouvrage). On va effectivement s'en prendre plein la gueule. De ce que l'Europe ne veut pas voir.
"Cet album engagé m'a pris 2 ans de travail", explique Salim Zerrouki sur sa page FB, "son élaboration n'a pas été de tout repos, j'ai même déprimé tout au long du processus de création vu la gravité du sujet, mais j'ai tenu bon et j'ai réussi à le finir. Je vous présente 2 ans de labeur en couleur et en douleur, ceux qui sont habitués à rire en lisant mes bd, cette fois-ci, je vous préviens vous allez rire jaune voire pas du tout."
L'album se présente comme un guide pratique: apprendre à boire de l'eau salée, rencontrer un passeur, payer, attendre, partir de nuit sur la mer. Là, les choses se compliquent: le moteur meurt, puis le premier gars, puis d'autres, après dix jours de dérive, la barque touche terre. Une autre traversée nous est présentée, en zodiac cette fois, comme un feuilleton télévisé avec épreuves à la clé. Autres sujets: le vol d'organes, la "délocalisation" de migrants par des obus militaires, les abus sexuels, les tabassages... 

(c) Encre de nuit.
Si le projet tunisien fait sourire par sa cohérence et son pragmatisme, l'horreur revient vite: traite des migrants-esclaves, racket des familles par les passeurs libyens, visites des officiels européens et leurs suppléments de choix, le tout entrecoupé de planches explicatives, "comment se sauver en cas de noyade", "le kit pour survivre" (comprenant un nuancier de couleurs de peau) et la pire, la dernière, "Comment éviter de tomber enceinte lors de viols répétitifs"!

Ces neuf histoires indépendantes sont autant de claques pour inciter les Européens à prendre enfin leurs responsabilités. Une BD aussi terrible que nécessaire. Pas un mot de trop. Des faits. Plus besoin de plaidoyer. Les récits sobrement mis en images se suffisent.


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En bande du roman, le tableau de Miquel Barceló,
très influencé par les naufrages de barques de migrants.

Pour son premier roman, Stéphanie Coste qui a vécu en Afrique jusqu'à son adolescence, a choisi un sujet risqué, rarement traité depuis que la fiction s'intéresse aux réfugiés, le trafic et le rançonnage d'êtres humains dans le cadre de la migration. Dans "Le passeur" (Gallimard, 129 pages), elle donne la parole à Seymoun, un des plus gros passeurs de la côte libyenne. Un salaud absolu, comme tous ceux de son espèce, un bourreau qui monnaie l'espoir, un homme, encore jeune, qui ne montre aucune humanité. Ni avec ceux à qui il promet le passage moyennant finance, ni avec ceux qui travaillent avec lui, ni avec ses rivaux locaux.

On voit évoluer Seymoun, bourreau sans scrupule, quasi suicidaire dans ses excès d'alcool et de drogue, et on en est glacé. On le sera encore plus lorsque le passeur sera rattrapé par les démons et les fantômes de son passé. L'occasion pour la primo-romancière de rappeler que le présent est le fruit de ce qui s'est déroulé hier. Avec des phrases brutes, une intrigue imparable, elle élabore une fresque historique de ce continent dans laquelle se dessine une terrible histoire personnelle. Un itinéraire qui n'excuse rien mais permet d'encore mieux prendre la mesure de la folie des uns et des autres et reflète l'humanité dans ce qu'elle a de plus de noir et de plus pur. Un premier roman haletant qui met un grand coup au plexus.

Pour feuilleter en ligne le début du "Passeur", c'est ici.

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La réponse à la question du titre. (c) Alice Jeunesse.


Pour les enfants, dès qu'ils sont en âge de s'interroger, l'album "C'est quoi un réfugié?" d'Elise Gravel (Alice Jeunesse, 40 pages) pose les questions de base et y répond de façon claire et accessible. Après avoir expliqué les raisons de la migration, la Montréalaise dépeint le parcours compliqué des  réfugiés et les obstacles auxquels ils se heurtent. "Tout ce que les réfugiés veulent, c'est trouver un endroit où ils pourront avoir une vie normale et des activités normales", explique le texte à hauteur d'enfant, toujours bien soutenu par des illustrations simples et expressives. L'ouvrage se clôt sur les mini-portraits de sept réfugiés célèbres.

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Du côté des ados, un roman, finalement décevant comme plusieurs autres qui ont voulu traiter le sujet des réfugiés. Dans "Délit de solidarité", Myren Duval met en scène Lou et sa bande, en fin de collège. Ils s'amusent, se disputent, étudient. Leur train-train est battu en brèche lorsqu'ils découvrent dans une grotte près de chez eux trois migrants syriens, une jeune fille et ses deux oncles. Entre Farah et Lou, c'est le coup de foudre amical immédiat. 

Ok, mais que d'invraisemblances dans ce roman! La bande de Lou, des collégiens, qui semble tout ignorer de la situation des réfugiés alors que l'histoire se veut contemporaine. Le voyage des Syriens, tellement court et facile qu'il ressemble à une excursion. L'utilisation du "délit de solidarité" comme élément de l'intrigue alors que même en France, il n'existe plus. Bref, le livre aurait pu être touchant par le lien immédiat entre les deux adolescentes mais il s'égare dans un récit d'aventures où les événements prennent la place de l'humanité.

Pour lire en ligne le début de "Délit de solidarité", c'est ici.





  

lundi 14 juin 2021

Absurde, zen et philosophe, tel était Mandryka

Mandryka. (c) Dargaud.

Le monde de la bande dessinée est bousculé par le décès ce 13 juin 2021, du dessinateur Mandryka, Nikita Mandryka de son vrai nom (1940-2021). Les hommages se multiplient.


Le communiqué des Editions Dargaud

C'est absurde: Nikita Mandryka est mort


Les mots ne manquent pas quand il s'agit d’envisager la disparition de Mandryka, ils n’ont pas de sens.

Par l'équipe Dargaud.

Le 14 juin 2021

Il est, avec ses grands amis Marcel Gotlib et Claire Bretécher, celui qui aura tout connu et tout fait en matière de bande dessinée, et qui aura permis à ce moyen d'expression d'atteindre des sommets artistiques et littéraires. Son dessin ultra-dynamique et capable de tout lui a permis d'explorer comme personne d'autre l'absurde, le non-sens, la philosophie, le zen - sa dernière grande découverte personnelle après la psychanalyse. Sa compagnie passionnante, sa curiosité sincère et insatiable, son intégrité intellectuelle, tout en lui le rendait attachant… Les mots ne manquent pas quand il s'agit d'envisager la disparition de Mandryka, ils n'ont pas de sens.

Nikita Mandryka, dit Mandryka, est un auteur de bande dessinée français, d'origine russe. Connu pour être le créateur du célèbre "Concombre masqué", il a également fondé avec Claire Bretécher et Marcel Gotlib "L'Écho des savanes" et il a été le rédacteur en chef des magazines "Charlie Mensuel" et "Pilote". Parmi les nombreuses récompenses qu'il a reçues, on lui a notamment décerné le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 1994, rendant ainsi hommage à son œuvre. Origine russe pur jus pour ce dessinateur né un 20 octobre 1940 à Bizerte, en Tunisie, par un hasard de circonstances qui influença son génie créateur. Le grand-père maternel, commandant d'un torpilleur, chassé par la révolution bolchevique, part de Sébastopol en 1918, demande l'asile de la France, qui le dévie vers Bizerte. Il y échoue son navire totalement déglingué puis se retrouve gardien de citerne. Les parents de Nikita, étudiants en médecine à Lyon, retrouvent la diaspora slave sous le soleil maghrébin et y conçoivent leur fiston. Papa est devenu toubib.

"C'était un monde de folie entre immigrés russes", se souvient Mandryka. "Les hommes vaincus aspirant au retour, les femmes faisant des ménages … de doux dingues! J'ai repris certains mots russes qui me faisaient rire en les transcrivant plus tard de façon phonétique en BD. Je pense que c'est à partir de cet univers que j'ai inventé le mien, une façon de me sortir de la folie dans laquelle j'ai vécu mon enfance, de la maîtriser. Le "Concombre" est une BD thérapeutique, une analyse infinie."

Mandryka dessine dès l'âge de 7 ans après la découverte de "Spirou", véritable "explosion" dans son jeune cerveau. Il copie avec application les personnages. Ses balbutiements en BD accompagnent ses premiers émois de spectateur assidu de westerns, de "Zorro" et "Flash Gordon" sur grand écran. La situation se gâte en Tunisie et la famille émigre au Maroc avant d'atterrir à Lons-le-Saunier (Jura) où Nikita entame des études secondaires. Un choc climatique et environnemental qu'il devra surmonter. En 1968, Mandryka entre à l'IDHEC à Paris. Son cursus cinéma terminé, il a déjà commencé la BD pour "gagner sa croûte" et le dessin l'emporte:

"Un film n'est pas une mince affaire alors qu'avec un papier, un crayon et un pinceau, on fait soi-même son cinéma."

L'idée du "Concombre" lui vient à 14 ans quand il tombe sur une BD de Jean-Claude Forest, "Le Copyright", un lézard magique tirant d'une poche une panoplie d'outils. Aguerri au dessin, Nikita publie avec succès ses premières BD chez Vaillant et dans "Pif". Avec un humour aussi décalé que décoiffant, un sens aigu de la dérision et de l'absurde, un langage réinventé, un délire contrôlé et un graphisme percutant, le tout parsemé de quelques réflexions philosophiques, le monde de Mandryka ne ressemble à aucun autre. Le "Concombre" paraît dans "Pilote" en 1967 puis l'auteur fonde avec Bretécher et Gotlib "L’Écho des savanes" au début des seventies. Il quitte "L'Écho" en 1979, manquant de feeling pour gérer une entreprise, et réfractaire aux contraintes éditoriales. Il poursuit en parallèle ses publications dans "Pilote", soit six albums. En 1982, Mandryka devient rédacteur en chef de "Charlie Mensuel", puis de "Pilote" en 1983 avant d'en devenir conseiller à la rédaction et finalement de s'en aller pour de bon. Sa création l'intéresse bien plus que d'expliquer la BD aux autres. À cette période, il rédige le scénario d'"Alice" (1985) dessiné par Riverstone puis s'oriente vers la publicité avec "Pas de sida pour Miss Poireau" (scénario de Claude Moliterni) qui obtient le Prix Alfred de la communication à Angoulême en 1988. Après quatre publications du "Concombre" chez Dupuis, "La Dimension Poznave" (parts 1 et 2), "Le Concombre dépasse les bornes" et "Le Concombre fait avancer les choses", entre 1990 et 1992, Mandryka déménage à Genève où sa future épouse, Alicja Kuhn, crée une adaptation théâtrale des aventures de son héros. Grand Prix d’Angoulême en 1994, Nikita Mandryka est célébré l'année suivante dans un album collectif, "Tronche de Concombre", qui dépeint son "Concombre masqué" du point de vue de trente-quatre autres auteurs. Il relance son légume en 1995 avec un album, "Les Inédits", pour finalement abandonner la bande dessinée pour quelque temps. Mandryka revient en force dans les années 2000, en participant au scénario de deux tomes de la série "Les Gardiens du Maser" de Max Frezzato, avant de reprendre les rênes de son Concombre masqué pour l'album "Le Bain de minuit". Nikita Mandryka anime toujours le site du "Concombre masqué", en publiant chaque semaine une planche avec de nouvelles péripéties du légume, qu'il publie chez Alain-Beaulet.


Hommages


Christian Rosset

"Le dernier des "grands" vient de nous quitter. Nikita Mandryka (1940-2021). Je suis effondré. Mais en revoyant cette image, je suis en joie. Heureux de t'avoir connu, Nikita. j'espérais te retrouver bientôt, je pensais que tu deviendrais centenaire..."






Benoît Peeters

"Un triste nouvelle. Disparition de #Mandryka, l'auteur du "Concombre masqué"."



Jean-Christophe Menu

"Je suis très triste aujourd'hui, Nikita Mandryka nous a quittés hier."







Nathalie Chateau-Vigneron

"Bretzel liquide. Sigh!

Mandryka 1940 - 2021

— triste."





Laure Garcia

"Nikita Mandryka, 1940-2021, Bretzel liquide"








Eric Naulleau

"Le concombre masqué est orphelin. Reconnaissance éternelle à Mandryka pour avoir enchanté nos adolescences."







Olivier Heimana

"Bye bye le Concombre Masqué 😢 (et non pas ce genre de masque)".









Jeanne Puchol

"Adieu, Mandryka... 
(le concombre masqué est immortel, heureusement)."


vendredi 11 juin 2021

Alain Nadaud, l'écrivain, le philosophe

Alain Nadaud, un "Pléiade" sans doute historique et la mer.

Il y aura six ans demain, 12 juin 2021, que la vie d'Alain Nadaud s'arrêtait subitement, plongeant son entourage dans le désarroi (lire ici). Il naviguait sur son voilier chéri en compagnie de deux amis au large de l'île d'Amorgos en Grèce. Une crise cardiaque le terrassa. Désormais absent, on se souvenait tout d'un coup de lui. Lui, Alain Nadaud, l'écrivain génial que la France, le pays natal de ce grand voyageur, n'a jamais vraiment reconnu (lire ici, ici et ici). Une œuvre trop ardue, trop visionnaire, ne faisant aucune concession à rien? Aujourd'hui, peu de ses livres papier existent encore mais plusieurs sont réédités en ebooks.

Méconnu chez lui alors que son premier roman, "Archéologie du zéro", avait été publié par Philippe Sollers, qu'il avait été invité pour ce même titre en 1984 par Bernard Pivot dans "Apostrophes", qu'il a contribué en tant qu'écrivain et éditeur dans plusieurs maisons à une littérature française forte, innovante, pensée, Alain Nadaud s'est finalement détourné de la littérature, désappointé d'être si peu entendu, d'être si peu attendu. Ses derniers titres parus sont éloquents: les romans "D'écrire, j'arrête" et "Journal du non-écrire" (Tarabuste éditions tous les deux), l'essai "Dieu est une fiction" (Serge Safran).

Comment ce surdoué des mots et de la pensée en est-il arrivé là? Gianluca Chiadini, universitaire et chercheur italien, fin connaisseur de l'œuvre d'Alain Nadaud, dont il a lu tous les livres en profondeur, propose des pistes dans un essai qu'il a écrit en français. Dans "Alain Nadaud, l'écrivain philosophe"  (Aracne Editrice, Saggi di letteratura francese e comparata, 156 pages, novembre 2020), il met en rapport la vie et l'œuvre de l'écrivain français disparu. C'est passionnant et lumineux, extrêmement intéressant car la vie et la fiction d'Alain Nadaud s'éclairent mutuellement.

Ce livre a suivi la publication de l'essai "Il romanzo "archeologico" in Francia, Il caso di Auguste fulminant di Alain Nadaud" (Aracne Editrice, Saggi di letteratura francese e comparata, 192 pages, juin 2019), dont la traduction française est en cours, où Gianluca Chiadini analyse en détail la notion de roman archéologique au travers de ce livre majeur dans l'œuvre d'Alain Nadaud

Mais voilà, le chercheur ressentait un goût de trop peu. Le nadaldien passionné s'est lancé dans un nouveau livre avec le défi de l'écrire en français, ouvrant davantage de pistes dans les méandres et les dédales de la bibliographie de l'écrivain français (1948-2015). En s'attachant cette fois à son écriture et à son amour de l'écriture. Nadaud ne lui avait-il pas déclaré très tôt sa flamme? Avec la particularité de passer cette passion au tamis de sa vie et des traces mouvantes qu'il a laissées. On y chemine avec émotion, confronté à cette œuvre littéraire majeure. On y réalise combien, même chez les écrivains philosophes, est grande la porosité entre réalité et fiction. On y côtoie d'un peu plus près Alain Nadaud, tellement sincère quand on traverse ses mots, tellement raffiné dans son exigeante pensée.
Table des matières
Avant–propos
I. L'écriture d'Alain Nadaud entre histoire et philosophie
II. L'écriture aux bords du gouffre
III. Alain Nadaud face à lui–même: "Les années mortes" de l'écrivain
IV. L'écrivain en échec
V. L'écrivain/héros du "Passage du col"
VI. La tentation d'Alain Nadaud: l’écrivain/non-héros de "D'écrire j'arrête"
VII. Alain Nadaud, à la fin Alain Nadaud
Conclusion

Pour lire en ligne le début de l'essai "Alain Nadaud, l'écrivain philosophe", c'est ici.


Initié par lui-même et repris par sa fille Juliette, le site officiel d'Alain Nadaud comporte de nombreuses informations et ne demande qu'à être complété.














vendredi 4 juin 2021

Une bande dessinée belge honorée à Bologne

L'album "Memet" d'Isabella Cieli et Noémie Marsily a été primé aux BRAW 2021.
 (c) L'employé du moi.

Les lauréats des BolognaRagazziAwards (#BRAW) 2021 ont été dévoilés en amont de la 58e Foire du livre pour enfants de Bologne (Bologna Children's Book Fair) qui se tiendra, comme la précédente, en virtuel, du 14 au 17 juin. On décompte cinq catégories annuelles, Fiction, Non-Fiction, Première Œuvre, Bande dessinée (trois tranches d'âge) et New Horizons pour un livre particulièrement innovant. Et une catégorie spéciale en 2021, Poésie. On remarquera que, comme partout, la bande dessinée s'invite dans la littérature de jeunesse jusque là réservée aux albums.


Six prix et mentions ont été attribués à des livres nés en français dont l'album belge "Memet", texte d'Isabella Cieli, illustrations de Noémie Marsily (L'employé du moi, Belgique, 2019) en catégorie bande dessinée junior. Trois autres ouvrages lauréats ont déjà été traduits en français ou vont l'être prochainement.
La France, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne remportent chacune quatre des vingt-sept récompenses attribuées, la Pologne trois, l'Italie et Taiwan deux.


Les différents jurys ont établi leurs palmarès à partir des 1.577 livres en provenance de 41 pays qui leur ont été envoyés.
  • Jury BRAW: Chiara Basile, libraire, Ana Garralon, critique, Izabella Kaluta, éditrice, Yasmine Motawy, enseignante et critique, Caterina Ramonda, bibliothécaire.
  • Jury Poésie: Chiara Basile, libraire, Denis Beznosov, poète, Caterina Ramonda, bibliothécaire, Morag Styles, enseignante.
  • Jury Bande dessinée: David B., artiste, Matteo Stefanelli, journaliste, Virginia Tonfoni, éditrice.

Palmarès

Catégorie Fiction


Prix


Home
Lin Lian-En
Yes Creative Ltd./Papa Publishing House, Taiwan, 2020

La relation entre les entités vivantes et non vivantes qui forment une ville, ainsi que sur les espaces accueillants et les tensions potentielles entre ces derniers.




Mentions spéciales


Ha visto la mia coda? 
Alberto Lot
Minibombo, Italy, 2020

La prima neve
Elham Asadi
Sylvie Bello
Topipittori, Italy, 2021

Sous le soleil
Ariadne Breton-Hourcq 
Laurence Lagier
MeMo, France, 2019


The Yulu Linen
Cao Wenxuan (lauréat du prix Andersen 2016)
Suzy Lee
Jieli Publishing House, China, 2020
Bear Books, South Korea, 2020 







Catégorie Non Fiction


Prix


One of a kind
Neil Packer
Walker Books, Great Britain, 2020
Unique au monde.
Organiser, classifier, collectionner 
Neil Packer
traduit de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel
Albin Michel Jeunesse, 2020

Inspirant parcours en compagnie du jeune guide Arvo afin de découvrir la taxinomie, la science de la classification, celle qui range les choses en catégories.





Mentions spéciales



Marek Kaminski. Jak zdobyc Ziemi…w rok
Agata Loth-Ignaciuk
Bartlomiej Ignaciuk
Wydawnictwo Druganoga, Poland, 2020










Paisajes perdidos de la tierra
Natural Science Museum of Barcelona        
Aina Bestard
Zahorí Books, Spain, 2020
La fabuleuse histoire de la Terre
Aina Bestard
traduit de l'espagnol par Philippe Godard
Saltimbanque éditions, 2020
Rice rice rice   
Bamco
Hyang, South Korea, 2019

Tipos Curiosos
Ricardo Henriques
Madalena Matoso with Rúben Dias
Pato Lógico Edições, Portugal, 2020









Catégorie Première Œuvre

Prix


Neighbors
Kasya Denisevich
Chronicle Books, USA, 2020

Mes voisins
Kasya Denisevich
à paraître chez Gallimard Jeunesse Giboulées le 09/09/2021




Mentions spéciales


Guide de Survie dans la Jungle
Hao Shuo            
Éditions 2024, France, 2020

Pion i Poziom
Bartosz Sztybor
Łukasz Golędzinowski
Wydawnictwo Dwie Siostry, Poland, 2020



So much Snow
Hyunmin Park
Dalgrimm (Yellowpig Publisher), South Korea, 2020











Catégorie New Horizons

Prix


Město pro každého
Osamu Okamura
David Böhm & Jiři Franta
Labyrint, Czech Republic, 2020










Catégorie Bande dessinée jeunes lecteurs

Prix


Iparapa Yamooyamoo
Lee Gee Eun
Sakyejul Publishing, South Korea, 2020







Mention spéciale


Cachée ou pas j'arrive
Lolita Séchan  
Camille Jourdy 
Actes Sud, France, 2020







Catégorie Bande dessinée junior

Prix


Memet
Isabella Cieli
Noémie Marsily
L'employé du moi, Belgium, 2019









Mention spéciale


Ktoredy do Yellostone
Alexandra & Daniel Mizieliński
Wydawnictwo Dwie Siostry, Poland, 2020











Catégorie Bande dessinée jeunes adultes

Prix


Le Discours de la panthère
Jérémie Moreau
Editions 2024, France, 2020











Mentions spéciales


Gamayun Tales I: An Anthology of Modern Russian Folk Tales
Alexander Utkin
Nobrow, Great Britain, 2020






Le Spirou d' Émile Bravo - L'espoir malgré tout
Émile Bravo
Dupuis, Belgium, 2019











Catégorie Poésie

Prix


Cajita de fósforos.
Antología de poemas sin rima
Adolfo Córdova
Juan Palomino
Ediciones Ekaré, Venezuela, 2020









Mentions spéciales


Love Letter
Animo Chen
Locus Publishing, Taiwan, 2020








Niños
María José Ferrada
Illustrations by María Elena Valdez
Alboroto ediciones, Mexico, 2020

The Girl Who Became a Tree.
A Story Told in Poems
Joseph Coelho
Kate Milner
Otter-Barry Books, Great Britain, 2020

Tiger, Tiger, Burning Bright! 
Fiona Waters
Britta Teckentrup
Nosy Crow, Great Britain, 2020












jeudi 3 juin 2021

Lundis littéraires de juin, féminins et au jardin

Le jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek.

Après une soirée "Portées-Portraits" organisée en mai dans l'immense jardin d'enfance de l'artiste belge aux multiples casquettes Juan d'Oultremont, à l'occasion de la lecture en musique d'extraits de son roman "Judas côté jardin" (ONLIT, février 2020) qui s'y déroule, le cycle de lectures-spectacle porté depuis plus de vingt ans par Geneviève Damas repart de plus belle en juin selon le même principe vert! Histoire de respecter les prescrits sanitaires, les quatre lundis de juin, "Portées-Portraits" investira le bucolique jardin de la Maison des Arts de Schaerbeek (147, chaussée de Haecht), pas loin de la Maison Autrique où avaient lieu les rencontres précédemment. Et ce sont quatre romancières, une Italienne et trois Belges, qui seront à l'honneur de ces lectures au vert en ce premier mois de l'été, Elena Ferrante, Caroline Valentiny, Nathalie Skowronek et Victoire de Changy. Des lectures qui avaient parfois été déjà programmées et ont été postposées à cause du coronavirus.


Programme

Lundi 7 juin

"L'amie prodigieuse", d'Elena Ferrante (traduit de l'italien par Elsa Damien, Gallimard, 2014, Folio, 2016).

L'amitié étonnante et hors norme entre Elena et Lila, deux fillettes douées pour les études dans le Naples pauvre de la fin des années 50.
Le texte sera lu par Geneviève Damas, accompagnée au piano par Harold Noben sous le regard complice d'Itsik Elbaz.

"Lila savait parler à travers l'écriture. Pas comme moi quand j'écrivais, pas comme Sarratore dans ses articles et poésies, et pas comme de nombreux écrivains que j'avais lus et lisais: elle s'exprimait avec des phrases qui, certes, étaient soignées et sans erreur – bien qu'elle ait arrêté ses études – mais en plus chez elle tout semblait naturel, on ne sentait jamais l'artifice de la parole écrite. En la lisant je la voyais, je l'entendais. Cette voix sertie dans l'écriture me bouleversa et me ravit encore plus que lorsque nous discutions en tête à tête: elle était totalement purifiée des scories du parler, de la confusion de l'oral, elle avait la clarté et la vivacité que j'imaginais être celles du discours quand on était assez chanceux pour être nés dans la tête de Zeus et non pas chez les Greco ou les Cerullo."


Lundi 14 juin

"Il fait bleu sous les tombes", premier roman de Caroline Valentiny (Albin Michel, 2020).

Un roman choral où ses proches s'interrogent sur la disparition d’Alexis qui, à 21 ans, a mis fin à ses jours.
Le texte sera porté par Sandrine Bonjean et Sigrid Vandenbogaerde au violoncelle. La mise en voix sera assurée par Nina Blanc.
"Enfant, lorsqu'il était en vie, il se couchait dans l'herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd'hui, depuis son carré d'herbe étanche à la lumière, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir."



Lundi 21 juin

"La carte des regrets", de Nathalie Skowronek (Grasset, 2020).

Le portrait bouleversant d'une femme, épouse, amante, mère, qui ne pouvait pas choisir entre les différentes facettes de l'amour qu'elle a rencontrées et a eu, en silence, son cœur écartelé.
Le texte sera lu par Valérie Bauchau, chanté par Hamida Tachfine, sous le regard de Thierry Hellin.
"Que savons-nous de l'existence de ceux qui nous entourent? Que nous montrent-ils d'eux-mêmes? Que dissimulent-ils? Mina, sa fille de vingt et un ans, qui sortait doucement de l'adolescence et venait de s'inscrire au conservatoire de musique en classe de piano, s'était exprimée avec prudence, dans un style probablement remanié par le journaliste: "Ma mère avait une façon bien à elle de travailler, d'aimer, de respecter les règles et de les transgresser. Je veux rester fidèle à ce qu’elle était." Mais que savait Mina de sa mère ?"


Lundi 28 juin 

"L'île longue", de Victoire de Changy (Autrement, 2019).

Seule, une jeune femme prend l'avion pour Téhéran. Du dédale des rues aux marchés fourmillants, elle plonge dans la vie iranienne et se lie à Tala, qui vient de perdre sa mère dont elle ignore le passé.
La lecture sera assurée par Ariane Rousseau, accompagnée au violon par Céline Bodson, dans une mise en voix de Sandrine Bonjean.

"Où suis-je pour eux quand je ne suis pas là. Où me rangent-ils, où me donnent-ils rendez-vous? Je veux dire dans quelle région consciente, sous quelle eau? Peut-être nulle part, peut-être là. Peut-être ne suis-je tout simplement pas. Je ne me suis, à vrai dire, posé cette question qu'une seule fois. Tout de suite j'ai pensé: en tout cas, là où je suis, ils sont aussi. A une heure et demi en décalage des autres mais les autres quand même avec moi."



Pratique
Où? A la Maison des Arts, 147 chaussée de Haecht à 1030 Bruxelles.
A quelle heure? Les lectures-spectacle commencent à 19h30.
Elles sont précédées d'une rencontre avec l'auteure à 18h30 (sauf pour Elena Ferrante).
Durée? Une heure.
L'estaminet du lieu est ouvert dès 18h pour prendre un verre au jardin.
Combien? 8 €/6 € pour les étudiants (abonnements 4 lectures: 30 €/20 € + surprise littéraire).
Informations et réservations? reservations.compagniealbertine@gmail.com
Masque obligatoire.
Ne pas hésiter à communiquer le nom des personnes en groupes pour permettre l'organisation du jardin en conséquence.
Lors de chaque réservation, les coordonnées individuelles des spectateur·rice·s sont récoltées et conservées, dans le respect du RGPD. Les coordonnées relatives aux spectateur·rice·s sont donc disponibles et pourront être communiquées en cas de demande des autorités compétentes en vue d'un éventuel tracing.