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jeudi 14 octobre 2021

La sélection des Pépites arrive? Le salon de Montreuil 2021 est donc bien lancé!

Communiquée ce mercredi 13 octobre, la sélection des Pépites 2021 donne le coup d'envoi du 37e Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Montreuil, dans toute la France et sur la télé du Salon. La manifestation se tiendra du mercredi 1er au lundi 6 décembre et révélera bientôt son programme. Comme l'an dernier (lire ici), vingt titres ont été choisis, soit cinq pour chacune des quatre catégories définies, "Livre illustré", "Fiction juniors", "Bande dessinée" et "Fiction ados". Certains ne seront en librairie qu'en novembre. On y note la présence de la prolifique Belge Marie Colot, pour un roman publié chez Actes Sud Junior.

Le 1er décembre, jour d'ouverture du Salon, seront révélés les quatre lauréats des Pépites, désignés par les 36 enfants et adolescents de 8 à 18 ans jurés sélectionnés. Ainsi que la Pépite d'Or, attribuée par un jury de critiques littéraires, qui sacrera le meilleur titre de l'année parmi les vingt en compétition.

Quant à la Grande Ourse 2021, elle sera annoncée le 9 novembre. Rappelons que cette distinction, décernée depuis 2019 par le Salon (lire ici), vient "enluminer" l'œuvre d'une créatrice ou d'un créateur francophone dont l'écriture, le geste, la créativité d'une ampleur ou d'une audace singulière, marque durablement la littérature jeunesse. Les précédents lauréats en sont Gilles Bachelet (2019) et Marie Desplechin (2020).


Les vingt titres sélectionnés pour les Pépites

Catégorie Livre illustré

  • "Adieu Blanche-Neige", de Beatrice Alemagna (La Partie)
  • "Changer d'air", de Jeanne Macaigne (Les Fourmis rouges)
  • "Les Désastreuses Conséquences de la chute d'une goutte de pluie", d'Adrien Parlange (Albin Michel)
  • "Esprit, es-tu là?", de Dominique Ehrhard et Anne-Florence Lemasson (Les Grandes Personnes)
  • "Les Reflets d'Hariett", de Marion Kadi (L'Agrume)

Catégorie Fiction Junior

  • "Mon Cher Ennemi: correspondance entre un lapin et un renard", de Gilles Baum et Thierry Dedieu (Seuil)
  • "Je suis un personnage", de Lionel Le Neouanic (Rouergue)
  • "Les filles montent pas si haut d'habitude", d'Alice Butaud et François Ravard (Gallimard)
  • "Pingouin (discours amoureux)", de Sarah Carré (Éditions Théâtrales)
  • "Violante", de Maryline Desbiolles et Laurie Lecou (l'école des loisirs)

Catégorie Bande dessinée

  • "Le Détective du bizarre, volume 2", de Guillaume Bianco (Soleil)
  • "Micro Zouzou contre les maxi-zinzins", de Matthias Arégui et Léon Maret (2024)
  • "Nowhere Girl", de Magali Le Huche (Dargaud)
  • "Le Souffle du géant", de Tom Aureille (Sarbacane)
  • "Où est le club des chats?", de Yoon-sun Park, (Misma)

Catégorie Fiction Ado

  • "Eden, fille de personne", de Marie Colot (Actes Sud Junior)
  • "L'Enfer", de Marin Ledun (In8)
  • "Miettes (humour décalé)", de Stéphane Servant (Nathan)
  • "Polly", de Fabrice Melquiot et Isabelle Pralong (La Joie de lire)
  • "Queen Kong", d'Hélène Vignal (Thierry Magnier)

mardi 12 octobre 2021

Un délicieux abécédaire dédié à Tati

LU & approuvé

"Fontaine". (c) Hélium.

On a tous dans le cœur une ou des images de films de Jacques Tati. Ce cher Monsieur Hulot qui apparaît dans "Les vacances", "Mon oncle" ou "Playtime". Des vénérations souvent personnelles qui supportent en général mal les hommages dont les auteurs susurrent "Regardez comme je l'ai bien fait!", braquant les projecteurs vers eux plutôt que vers le sujet de leur éloge.

Il n'en est rien avec le petit format tout de jaune vêtu, "ABC Tati", de Louise Deschamps (Hélium, 56 pages). La petite-nièce du cinéaste a opté pour un abécédaire seulement coloré de vert et de rouge pour les illustrations qui se posent sur les vingt-six mots qu'elle a choisis dans l'univers de son oncle. On retrouve avec délice la pipe et le chapeau de monsieur Hulot, la fontaine automatisée de la villa Arpel, les vacances au bord de la mer... Tout un univers qui s'est imprégné dans les mémoires et se réactive à l'occasion de ces vingt-six mots évoquant l'une ou l'autre scène.

Avec son graphisme minimaliste et stylisé, Louise Deschamps rend magnifiquement hommage à l'œuvre du réalisateur et comédien. A la fois proche et détachée des scènes-cultes. Complices du lecteur, ses dessins tellement bien pensés lui rappellent en douceur et avec humour combien il a aimé les films de Jacques Tati. Ils l'embarquent dans une redécouverte savoureuse de ce génie du cinéma et témoignent de l'admiration de Louise Deschamps pour ces films. Depuis son enfance, précise-t-elle. Elle aurait pu intituler son abécédaire "Mon grand-oncle".


"Intérieur". (c) Hélium.



lundi 11 octobre 2021

Un hymne à la nature, poétique et illustré

Prendre soin de la Terre. (c) Saltimbanque Editions.

Quel plaisir de retrouver le duo complice Susie Morgenstern au texte et Chen Jiang Hong aux illustrations dans le très délicat album "Je balayerai la Terre" (Saltimbanque Editions, 40 pages)! Un grand format quasiment carré qui se déploie en doubles pages à l'italienne pour accueillir ce cri d'amour à la Terre et cette confiance infinie en les enfants. Un album graphiquement très réussi dont les splendides illustrations accueillent le texte rimé. Une thématique d'espoir sur un sujet crucial. 

La Terre va mal, on le sait. Mais plutôt que de se lamenter, les artistes préfèrent inciter les enfants à agir. Le texte touche autant dans ses mots amples comme "Je la [la Terre] tiens comme un bébé que je berce/ Avec tout la tendresse que je lui verse" que plus précis "Je réfléchis bien avant d'acheter/ Je préfère plutôt tout réparer./ Ou trouver l'objet de seconde main./ Consommer moins est le bon chemin."

Les conseils se suivent, faciles à suivre et présentés de façon engageante. Sans jugement ni critique. Magnifiquement portés par les illustrations, superbes avec leurs immenses fonds aux couleurs délayées sur lesquelles se pose un tout petit garçon bien décidé, présenté en différentes situations, écrivant, triant, éteignant la lumière, roulant à vélo, plantant un arbre... Plein de bonnes idées pour aimer "notre grande chérie la Terre" et une finale qui ramène avec humour le jeune héros sur terre.

Prendre soin de la Terre. (c) Saltimbanque Editions.



La même paire, Susie Morgenstern - Chen Jiang Hong,  avait signé en 2006 l'album "Je ferai des Miracles" (La Martinière Jeunesse, 32 pages, indisponible) dans un format presque analogue et un titre manuscrit dont ont été repris ici et l'idée du "je" et la typo. Un album qui répondait de façon naïve et humoristique à l'éternelle question: que veux-tu faire plus tard? Le jeune héros avait de formidables idées, à croire qu'il se prenait pour Dieu lui-même!

vendredi 1 octobre 2021

Hubert Antoine de retour à Portées-Portraits

Hubert Antoine.

Oublions le confinement, les reports, les annulations, les jauges et autres mesures sanitaires qui ont fait glisser les derniers dix-huit mois dans un curieux espace temporel, complètement rapetissé. Oublions tout ça car les formidables soirées Portées-Portraits sont de retour en leur lieu habituel, la Maison Autrique. Le thème de cette nouvelle saison est "Ce que je suis, Ce que nous sommes", occasion de mettre en avant ce qui se trouve caché derrière les masques: la singularité, la complexité et l'irréductibilité de l'humain.

Pour inaugurer la saison 2021-2022, ce lundi 4 octobre, la Compagnie Albertine, menée par Geneviève Damas et ses acolytes, ne pouvait dès lors faire un meilleur choix que celui du deuxième roman d'Hubert Antoine, le merveilleux "Les formes d'un soupir" (Verticales, 261 pages) dont seront lus, en musique, plusieurs extraits marquants. L'écrivain belge résidant au Mexique sera présent, tout comme il l'avait été lors de la lecture-spectacle, en mars 2018, de son premier roman, "Danse de la vie brève", prix Rossel 2016 (lire ici). Son texte sera lu par Anaïs Moray et mis en voix par Anne-Pascale Clairembourg, accompagné à la viole de gambe par Anne Bernard.

Dans ce deuxième roman, on retrouve les héros du premier, "Danse de la vie brève", Melitza et ses trois carnets où elle a consigné la dernière année de sa vie, son père veuf qui l'a élevée avec ses frères, Evo, le géant chaman huichol dont la jeune femme de vingt-trois ans est follement amoureuse. On retrouve aussi la manière originale d'Hubert Antoine de faire intervenir les personnages dans les dires ou les réflexions des autres. Toutefois "Les formes d'un soupir" s'ouvre sur un drame. Melitza a été assassinée le 27 octobre 2006 durant l'insurrection d'Oaxaca et Evo transporte son corps vers un lieu de sépulture connu de lui seul. L'écrivain a encore poussé plus loin sa mécanique littéraire et c'est une réussite. Cette fois, les dernières heures de Melitza et les trois mois qui ont suivi nous sont rapportés par elle-même, via son père qui, en 2008, deux ans après sa mort, le jour de son anniversaire, s'est lancé dans une expérience hallucinogène qui lui permet de retrouver sa voix.

Le procédé est magnifique et entraîne le lecteur dans l'âme de la jeune femme, dans les péripéties de son voyage et dans les secrets de son cœur tout en nous permettant de découvrir par cette voie détournée cet homme mystérieux et attirant en compagnie de qui elle aura passé ses neuf derniers mois. Les six premiers en vie et les trois autres, défunte mais tellement présente grâce à son souffle qui a été préservé de la plus curieuse des manières au-delà de son décès et même de l'abandon de son corps dans un lieu paradisiaque.

Histoire d'amour fou et absolu, ce deuxième roman est aussi un road-movie à travers le Mexique et sa violence, Hubert Antoine élargissant son propos à la question des migrants qui tentent d'entrer discrètement aux Etats-Unis avec de percutants personnages secondaires. Roman de deuil ponctué de nombreuses touches d'humour inattendues qui pourraient paraître saugrenues mais sont parfaitement appropriées, "Les formes d'un soupir" réjouit tout du long par la force de la vie, de l'amitié et de la transmission qu'il célèbre. La grâce d'une écriture très personnelle, réaliste ici, romantique là, déroutante dans le bon sens du terme, porte merveilleusement les échanges entre père vivant et fille morte, les réflexions de la jeune Melitza sur ce qui se passe après elle, les adresses aux lecteurs. Elle célèbre l'amour et le sexe, décline en épithètes homériques le bel Evo et glisse de bienvenues références littéraires. Un roman à danser comme y invite l'écrivain: 
"Ma femme voulait qu'on se souvienne d'elle en train de danser. Elle croyait, comme l'héroïne de ce livre, que le mouvement maintient le monde en équilibre:
- Quand tu danses, tes pas font tourner la Terre.
Toi qui lis ces lignes, je te serais infiniment reconnaissant si tu pouvais honorer sa mémoire d'un bref geste de danse, d'une virevolte ou d'un pas de grâce.
Avec ce simple hommage, tu deviendras un instant le cavalier d'une ombre et les limbes s'illumineront du plus beau sourire.
Elle s'appelait Lise et c'était mon amour."

Pour lire en ligne le début des "Formes d'un soupir", c'est ici.


Pratique
Où? A la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 4 octobre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est  précédée à 19 heures d'une rencontre avec l'auteur.
Durée? Une heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter tout la maison).
Renseignements et réservation conseillée: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com



Douze titres en lice pour le Grand prix du roman de l'Académie française


Certains jurys littéraires en sont déjà à leurs deuxièmes sélections, l'Académie française a communiqué hier jeudi 30 septembre sa première sélection en vue de son Grand prix du roman, qui sera remis le jeudi 26 octobre. La voici (avec les noms des maisons d'édition ajoutées par mes soins). Douze titres, par ordre alphabétique, une femme pour ouvrir la sélection, une femme pour la refermer.

Première sélection
  • "Rien ne t'appartient", de Nathacha Appanah (Gallimard)
  • "La Vie interrompue de Sergueï Alexandrovitch Essenine", de Jean de Boishue (Bartillat)
  • "Bélhazar", de Jérôme Chantreau (Phébus)
  • "Le Roi qui voulait voir la mer", de Gérard de Cortanze (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard)
  • "La Porte du voyage sans retour", de David Diop (Seuil)
  • "La France goy", de Christophe Donner (Grasset)
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Le Dernier Tribun", de Gilles Martin-Chauffier (Grasset)
  • "Le Voyant d'Étampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Au moins le souvenir", de Sylvie Yvert ( Héloïse d'Ormesson)