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vendredi 5 avril 2024

Le palmarès 2024 des prix de littérature de l'Union européenne (EUPL)

Le palmarès #EUPL2024.
 
Premier jour de Foire du livre de Bruxelles? Journée de récompenses littéraires. Le prix Prem1ère en début d'après-midi (lire ici), les prix de littérature de l'Union européenne EUPL en début de soirée.
 
Les treize romans finalistes en 2024.

Treize finalistes avaient été sélectionnés pour l'édition 2024 du prix EUPL, clôturant le cinquième cycle de trois ans de cette récompense initiée en 2009 - un tiers environ des pays participe chaque année du cycle. Douze d'entre eux étaient présents à l'espace Place de l'Europe de la FLB pour l'annonce du palmarès. Un lauréat et cinq mentions spéciales ont été désignés par le jury européen.

Theis Ørntoft, lauréat 2024, entre la maîtresse de cérémonie Isabelle Wéry
et le président du jury, Andreï Kurkov.

Lauréat

  • L'écrivain danois Theis Ørntoft (né en 1984) pour son roman "Jordisk" (Terrestre), paru chez Gyldendal. En cinq mini-romans percutants, une fresque transgénérationnelle sur 600 pages et trois générations, de 1967 à 2036.

 

 

Mentions spéciales

  • Le Bulgare Todor Todorov (né à Sofia en 1977) pour "Хагабула" (Hagabula), publié chez Janet 45. Une expédition qui se déroule au XVIe siècle donne une histoire alternative et utopique de l’Occident
  • L'Allemand Deniz Utlu (né à Hanovre en 1983) pour "Vaters Meer" (La mer de mon père), paru chez Suhrkamp. Une conversation imaginaire entre un fils et son père handicapé qui ne peut plus s'exprimer qu'en clignant les yeux.
  • L'Islandaise María Elísabet Bragadóttir (née en 1993) pour "Sápufuglinn" (L'oiseau en savon), publié chez Una útgáfuhús. Un recueil de trois histoires qui explorent avec nuance diverses émotions de l'expérience humaine.
  • La Hollandaise Sholeh Rezazadeh (née à Tabriz, Iran, en 1989) pour "Ik ken een berg die op me wacht" (Je connais une montagne qui m'attend), publié chez Ambo|Anthos. Aras, une rivière iranienne raconte poétiquement l'histoire d'un peuple nomade qui s'est installé sur ses rives.
  • La Slovène Tina Vrščaj (née en 1987) pour "Na klancu" (Sur Pente), publié par Cankarjeva založba. Vivre sur une colline ou descendre dans la plaine? Un mouvement qui suit celui d'un couple de parents.
 

 
Le jury 2024, convoqué sur scène par son président.

Le jury 2024 présidé par Andreï Kurkov était composé d'Aurélie Bontout-Roche, Raluca Selejan, Kostas Spatharakis, Elena Loewenthal, Tauno Vahter et Daniel Medin.
 
 





 

Avec Isabelle Wéry (lauréate EUPL 2013) en maîtresse de cérémonie, la séance s'est partagée entre prises de parole officielles plus ou moins amusantes et présentation des écrivains finalistes par séries de trois - la finaliste tunisienne, absente, avait réalisé une vidéo qui a été projetée.

Jean-Luc Treutenaere.

La palme des interventions revient au Français Jean-Luc Treutenaere (EIBF European and International Booksellers Federation et FEP Federation of European Publishers), qui dans un anglais parfait largement teinté d'accent français, a raconté sa vie de lecteur, l'accessit à Sven Gatz (Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Finances, du Budget, de la Fonction publique, de la Promotion du multilinguisme et de l'image de Bruxelles) qui s'est exprimé en français, en néerlandais et en anglais.

 

 

Andreï Kurkov.

La proclamation du palmarès par l'écrivain Andreï Kurkov, président du jury EUPL 2024 et invité d'honneur de la Foire du livre de Bruxelles, a été joyeuse et chaleureuse, suscitant beaucoup d'émotions chez les six auteurs invités sur le podium. A noter que le choix des jurés a privilégié la littérature d'immigration. L'Allemand Deniz Utlu, né à Hanovre en 1983, raconte la vie de son père, ouvrier venu d'Anatolie en Allemagne. Née en Iran en 1989, Sholeh Rezazadeh est, elle, arrivée aux Pays-Bas en 2015 et a signé son premier contrat d'édition trois ans après.


Puissent ces six romans prometteurs primés, ainsi que ceux des sept autres finalistes, être traduits dans les différentes langues de l'Union européenne. En attendant, on peut prendre connaissance de ces livres ici. A noter aussi: les anthologies des cinq cycles de trois ans de l'EUPL peuvent être téléchargées ici.

 

Rappel

L'EUPL est soutenu par le programme "Europe créative" (41 pays actuellement) et récompense les meilleurs écrivains de fiction émergents en Europe. Son mérite est de mettre en valeur la littérature contemporaine européenne dans le domaine de la fiction, dont on entend peu parler faute de traductions. Son objectif est évidemment d'encourager le passage en d'autres langues européennes des œuvres choisies.

Le consortium sélectionné par la Commission européenne pour coordonner l'initiative est composé de la Fédération des Éditeurs Européens (FEE) et de la Fédération Européenne et Internationale des Libraires (EIBF).

Le cinquième cycle du projet, entamé en 2022 et achevé hier, s'est accompagné d’une restructuration complète du prix. Désormais, au lieu de désigner un lauréat dans chacun des pays participants (un tiers par édition), un jury européen composé de sept membres désigne un lauréat général pour chaque édition EUPL, tout en attribuant cinq mentions spéciales.

Cinquième cycle (2022-2024)
  • Pays sélectionnés en 2022: Autriche, Belgique (Flandre), Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Grèce, Irlande, Italie, Lituanie, Macédoine du Nord, Norvège, Roumanie, Slovakie, Espagne et Ukraine. Palmarès ici
  • Pays sélectionnés en 2023: Arménie, Croatie, Tchéquie, Chypre, Estonie, Finlande, France, Kosovo, Liechtenstein, Luxembourg, Montenegro, Pologne et Suède.Palmarès ici.
  • Pays sélectionnés en 2024: Albanie, Bulgarie, Danemark, Allemagne, Hongrie, Islande, Lettonie, Malte, Pays-Bas, Portugal, Serbie, Slovénie, Tunisie.

 

En route donc pour un sixième cycle.






mardi 2 avril 2024

2 avril, journée mondiale du livre pour enfants

Les quatre albums 2023 primés.


En ce jour de naissance du conteur Hans Christian Andersen, à Odense (Danemark), le 2 avril 1805, retour sur les prix IBBY Belgique francophone 2023: prix de l'album, prix de l'album traduit, prix de l'album belge et prix de l'album drôle. Ils ont été remis le 12 février au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles et sont soutenus par la Fondation Monique Martin - Gabrielle Vincent.

REMBOBINAGE

- Zut, je suis calée au lit avec un lumbago.
- Désolé, je suis malade, mais je regarderai en ligne.
- Raaaah, je suis coincée dans les embouteillages.
- J'ai raté mon train à cause d'un problème de RER.
- Je vais être un peu en retard...
Ah, elle commençait bien, cette remise des prix IBBY Belgique francophone 2023. Et puis, les planètes se sont alignées. Les invité.e.s sont arrivé.e.s. La technique a super bien fonctionné. Le palmarès a été apprécié, tout comme les échanges de bonne tenue, en direct ou en vidéo.

Ainsi qu'annoncé en bref ici, les quatre prix IBBY Belgique francophone 2023 ont été remis en public et en ligne le lundi 12 février 2024 dans les locaux du Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles (CLJBxl). Au total, un lauréat et cinq lauréates, ainsi qu'une traductrice, deux des quatre prix ayant été attribués à des duos. Les Françaises Elis Wilk, Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray remportent le prix de l'album et le prix de l'album drôle pour, respectivement, "Au loin, les lumières" (Versant Sud) et "Le vilain petit machin" (Seuil Jeunesse). La Française assimilée belge Sarah Cheveau reçoit le prix de l'album belge pour "Nuit de chance" (La Partie). Les Espagnols Fran Pintadera et Raquel Catalina décrochent le prix de l'album traduit pour "Le plus beau match de Madani" (traduction de Chloé Marquaire, Les Éditions des Éléphants).

Célestine.
(c) Fondation Monique Martin.
Les lauréat.e.s ont eu la surprise d'être drôlement gâté.e.s par la Fondation Monique Martin - Gabrielle Vincent (sa sublime série "Ernest et Célestine" fut publiée entre 1981 et 2001 chez Duculot d'abord, chez Casterman ensuite). En son nom, Emeline Attout leur a offert un tirage certifié numéroté d'un dessin de l'artiste décédée en 2000 et une belle série d'albums signés Monique Martin ou Gabrielle Vincent.



Le palmarès en détail

Prix de l'album



Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album (finalistes ici) est attribué à Elis Wilk pour "Au loin, les lumières", publié chez Versant Sud, maison d'édition belge.

L'auteure-illustratrice s'’est inspirée de sa propre vie, le déménagement à la campagne de sa famille quand elle avait 8 ans. Un grand chamboulement porté par un excellent rapport texte-images, et ce, dès les pages de garde. Les illustrations sont des photographies extraites de l'album familial qui ont été retravaillées à l'ordinateur. Quant au texte, il aborde en courtes séquences introduites chaque fois par un haïku, différents aspects de ce changement de vie. Un autre monde à apprivoiser, la nature omniprésente, découverte magnifique mais qui peut se montrer sauvage au point de permettre de nouvelles expériences dont celle d'aller à l'école en tracteur un jour de crue. Les souvenirs de la ville, les aventures à la campagne, la gémellité et la petite sœur… Des propos personnels dans ce travail tout en nuances, portés par un très bel imaginaire dans lesquels chacun peut se glisser.

"Au loin, les lumières". (c) Versant Sud.

Elis Wilk nous a fait parvenir une superbe vidéo où elle explique sa démarche. Comment plein de thèmes se sont ajoutés à son idée initiale, donnant lieu à autant de brefs chapitres. Comment elle a retravaillé les photos de l'album familial.
 
 

 

Fanny Deschamps, son éditrice, l'avait déjà publiée : "Au départ, Elis voulait travailler sur la gémellité. Et puis, en tirant le fil de cette histoire très liée à son enfance, plein d'autres éléments sont venus. Le projet est devenu plus ample, plus littéraire. C'est super de voir le livre se construire. Ce n'est certainement pas le projet le plus simple à placer en librairie, mais on avait envie de se lancer."

 

 

Prix de l'album traduit


Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album traduit (finalistes ici) va à un livre qui nous vient d'Espagne, "Le plus beau match de Madani", de Fran Pintadera et Raquel Catalina (traduit de l'espagnol par Chloé Marquaire, Les Éditions des Éléphants).

On y découvre un gamin qui joue au foot de manière exceptionnelle même s'il est pieds nus. Et quand il marque un but, c'est tout le quartier qui s'enflamme de joie. Un bruit tel qu'il atteint la maman de Madani, occupée à travailler chez elle, obligée de travailler. L'air de rien, ménageant tout un suspense auprès de ses copains, le jeune footballeur va trouver une solution pour que sa maman puisse venir le voir jouer et marquer. Un album sur un sport populaire qui évoque avec sensibilité les inégalités sociales et l'amour filial.
 

Madani le champion. (c) Éditions des Éléphants.


L'auteur et l'illustratrice étant Espagnols, ils n'ont pas pu venir recevoir leur prix à Bruxelles. Mais Fran Pintadera nous a fait parvenir une très touchante vidéo où il explique pourquoi et comment il a écrit cet album qui a figuré dans l'estimée sélection de la bibliothèque de New York 2021. Les sous-titres en français sont générés automatiquement et ne donnent pas une traduction parfaite mais on comprend parfaitement ses lumineux propos.


Madani.
c) Editions des Eléphants.
Restées à Paris où elles accueillaient des invités chinois, Caroline Drouault et Ilona Meyer, les éditrices des éditions des Eléphants ont répondu en zoom à quelques questions. Elles ont expliqué comment elles avaient déniché cette pépite d'album à la Foire du livre pour enfants de Bologne 2021 entre les milliers de parutions annuelles et comment "Madani" est devenu leur coup de cœur. Parce que l'album est une célébration du football, sport pour tous, "et aussi une magnifique histoire d’amour entre un gamin et sa maman. Une émotion qui est celle qu’on retrouve dans la plupart de nos albums".
 
 
La maman de Madani. (c) Éditions des Éléphants.
 

Prix de l'album belge



Les dix albums finalistes étaient de genres très différents (lire ici). Le choix du jury s'est finalement porté pour le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album belge sur "Nuit de chance" de l'auteure-illustratrice Sarah Cheveau (La Partie).
 
Un livre tout en hauteur dans des tons fumés, brûlés car entièrement réalisé aux fusains et autres bois brûlés "maison". "Un livre très coloré", selon son éditrice, Béatrice Vincent. Un album quasi sans texte, un album plein de mystère, s'assombrissant de page en page au fur et à mesure que la petite héroïne s'avance dans la forêt. On partage ses découvertes, les arbres, leurs branches, les feuilles, divers animaux qui filent devant elle, et aussi ses peurs dans l'obscurité, jusqu'à la merveilleuse finale où un de ses rêves est exaucé: elle chevauche un sanglier. Un graphisme sobre, exigeant et accessible au service d'une histoire qui laisse rêveur. En finale, quelques pages invitent les enfants à réaliser leurs propres fusains.
 
 
 
"Nuit de chance". (c) La Partie.

 
Sarah Cheveau lit son album au public du CLJBxl.
Présente au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, Sarah Cheveau a souhaité faire une lecture complète de son album qui a enchanté le public sur place et en ligne.

 

 

 

 

La lauréate a ensuite répondu à quelques questions. "Ce livre est né de ma découverte du fusain, qui est une essence de bois, ce que peu de gens savent, même dans le monde de l'art. J'ai eu envie d'en fabriquer moi-même et de partager cette connaissance avec des enfants. Je voulais raconter mon histoire dans la forêt avec cet outil qui en provenait." La forêt, tellement liée à la littérature de jeunesse. Une résidence lui a permis des recherches: "Elles ont donné plein de découvertes, connaissance de l'outil, dessin au fusain, partage de ce graphisme avec des enfants." Si Sarah Cheveau est partie de son envie de base pour l'histoire, la forêt, la narration s'est étoffée grâce à l'outil. Le choix de la nuit par exemple, la course aussi. Volonté depuis le début de mettre la recette de manière poétique. "Le nuancier est apparu au tout début" - une partie en avait été vue au Picture Festival 2022.

Le nuancier. (c) La partie.
 

Prix de l'album drôle



Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album drôle (finalistes ici) consacre le duo complice composé de Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray pour "Le vilain petit machin" (Seuil Jeunesse), une adaptation en texte et en images du célébrissime "Vilain petit canard" d'Andersen. Les deux auteures ont transposé le conte à notre époque dont sont pointés divers travers. Merveille que ce texte plein d'imagination, scandé en alexandrins, très travaillé, parfois même rimé, à lire à voix haute pour en savourer tout le sel. Quant aux illustrations, difficile de ne pas rire tant elles sont expressives dans une nervosité en traits de crayon noir, la marque de l'illustratrice, rehaussés de quelques points de rouge et de jaune.
 
Le dessin de Marjolaine Leray pour l'IBBY.

Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray, les deux lauréates habitant loin, elles avaient délégué à Bruxelles leur éditrice, Angèle Cambournac. Cette dernière a lu une lettre de remerciements de Marie-Sabine Roger, en alexandrins s'il vous plaît bien, tandis qu'était projeté un dessin de circonstance dû à Marjolaine Leray.




Angèle Cambournac : "C'est la deuxième expérience de ce genre après une chèvre de M. Seguin que Marie-Sabine avait réécrite à son goût sur le même principe. Très écrit, très oral, un texte assez long. On a adoré cette expérience et on l'a réitérée avec le Vilain petit machin. C'est le Vilain petit canard au goût d'aujourd'hui. Assez casse-gueule, mais elle fait de manière admirable avec énormément d'intelligence, il y a un respect du conte, ce bonheur de l'oralité propre au conte et, en même temps, elle égratigne notre société entre les lignes, sans être moralisatrice ou didactique.
On sent qu'elle a pris beaucoup de plaisir à écrire son texte. Elle forme un duo merveilleux avec Marjolaine qui vient en contre-point du texte avec son dessin brouillonnant."
 

 

 
Tous les remerciements de la Section belge francophone de l'IBBY vont au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, sans lequel rien ne serait possible. Il nous accueille chaleureusement, nous offre son soutien graphique et logistique et réussit à régler tous les problèmes techniques! Merci, merci.


Pour voir ou revoir la vidéo complète de la remise des prix du 12 février, agrémentée de divers suppléments graphiques par le CLJBXL, il suffit de se rendre sur la chaîne Youtube de la Section belge francophone de l'IBBY (ici).





jeudi 28 mars 2024

Les lauréats des prix Sorcières 2024

 
L'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse (ALSJ) et l'Association des Bibliothèques de France (ABF), ont dévoilé le palmarès des prix Sorcières 2024.
 
Bravo aux albums lauréats! A noter qu'un a obtenu le prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album belge et qu'un autre figurait parmi les dix titres sélectionnés pour le prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album (lire ici).


 
 
 

CARRÉMENT BEAU MINI


"Chez Bergamote", de Junko Nakamura (MeMo, 2023, lire ici).
 
Les autres finalistes étaient
  • "À la faveur de l'été", de Koshiro Hata (traduction de Valentine Barge, Ed. Michi)
  • "Tourne, pense, regarde", de Beau Gardner (Les Grandes Personnes)
  • "Notre voyage", de Romain Bernard (La Partie)
  • "L'escapade", de Marine Schneider (Cambourakis)

 

CARRÉMENT BEAU MAXI

"Dans le jardin de Baba", de Jordan Scott et Sydney Smith (traduit de l'anglais par Michèle Moreau, Didier jeunesse).

 
Les autres finalistes étaient
  • "La chambre de Warren", de Jérémie Moreau (Albin Michel)
  • "Frères", de Marie Le Cuziat & Hua Ling Xu (L'étagère du bas)
  • "Hazel la petite sorcière", de Phoebe Wahl (traduit de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault, Les Éditions des Éléphants)
  • "Ah les voyages!", de Marie Caudry ​​​​​​(Thierry Magnier)

 


CARRÉMENT PASSIONNANT MINI

 
"Monstres", de Stéphane Servant et Nicolas Zouliamis (Éditions Thierry Magnier).

Les autres finalistes étaient
  • "La prophétie de Beatryce", de Kate DiCamillo (trad. Rosalind Elland-Goldsmith, Seuil Jeunesse)
  • "Petite et grandes ourses", de Bernadette Gervais (La Partie)
  • "Trois petites lumières", de Maria Ramos (L'école des loisirs)
  • "L’étoile du soir", de Siècle Vaëlban (Albin Michel)

 


CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI


"Nous traversons des orages", d'Anne-Laure Bondoux (Gallimard Jeunesse).
 
Les autres finalistes étaient
  • "Le souffle du puma", de Laurine Roux (L'école des loisirs)
  • "Mille pertuis, tome 1 - La sorcière sans nombril", de Julia Thévenot (Gallimard Jeunesse)
  • "De larmes et d'écume", de Stéphane Michaka (PKJ)
  • "Pony", de R.J. Palacio (Gallimard Jeunesse)


CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION


"Nuit de chance"
, de Sarah Cheveau (La Partie, lire ici).
 
Les autres finalistes étaient
  • "Les pins", de Lisa Adbage (Cambourakis)
  • "Les printemps", d'Adrien Parlange (La Partie)
  • "Le secret des sables", de Levi Pinfold (trad. Claire Billaud, Kaleidoscope)
  • "Ö", de Raul Nieto Guridi (Cotcotcot)


CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION



"L'imagier"
, d'Émilie Chazerand et Anna Wanda Gogusey (La ville brûle).

Les autres finalistes étaient
  • "Le grand livre de la main", de Magda Gargulakova et Vitezslav Mecner (Casterman)
  • "Animaux et humains", de Yoko Heiligers (Hélium)
  • "Balade en Fromagie", de Bernard Friot et Aurore Paillusson, illustré par Thomas Baas et Charlotte Fréreau (Milan)
  • "Africana", de Kim Chakanetsa, illustré par Alabi Mayowa (Milan) 

 

 


 


mardi 26 mars 2024

Annie, naufragée qui s'émancipe

Premières heures dans l'île pour la naufragée. (c) Casterman.


Il faisait beau mais frisquet, ce matin-là. Il était tôt aussi. Française habitant à Bruxelles, Marie Spénale se préparait à sa "journée presse". Joliment maquillée, souriante, lumineuse, la voix flûtée, un gilet en tapisserie et une étincelante chevelure passée au henné. Dingue! La réplique des couleurs pop de son album "Il y a longtemps que je t'aime" (Casterman, 128 pages). Une excellente bande dessinée pour les adultes, il faut le préciser, dont l'illustratrice, habituellement jeunesse, avait déjà eu l'idée en 2017.
 
 
De la robinsonnade... (c) Casterman.


L'album se présente initialement comme une robinsonnade: l'urgence de se protéger, se nourrir, s'échapper... Il se révélera vite bien davantage, réflexion féministe sur le couple, le désir, l'amour. Appréciable, il comporte assez peu de texte, la narration étant souvent portée par les planches superbes aux merveilleuses couleurs. Annie, la soixantaine, échoue sur une île à la suite du violent naufrage du bateau de croisière sur lequel elle se trouvait avec Alain, son mari de longue date. Là, loin de tout, sans rien d'autre qu'une valise, la naufragée involontaire se retrouve seule. Une situation inédite pour elle. Qu'importe, elle tente de se débrouiller. Très vite apparaît toutefois un mystérieux jeune homme, plutôt joli garçon, quasi nu et muet. Moment-clé pour la sexagénaire.

... à l’introspection... (c) Casterman.

 
Ses "aventures" sur l'île sont ponctuées de souvenirs de sa vie de couple et de questions-réponses au mari absent. Annie fait ainsi son bilan conjugal. Elle fait aussi le point sur elle-même, ses envies, ses espoirs, ses désirs, ses rêves. Ce retrait de la vie habituelle sera un tremplin libératoire pour la sexagénaire. Sur l'île, elle va se laisser à ce qu'elle est, ce qu'elle ressent. Elle va apprivoiser le farouche jeune homme. Avec lui, ses fantasmes vont se réveiller. Elle va assouvir ses pulsions érotiques, vivre son désir tout en s'interrogeant sur le sens du mot "je t'aime". "Je t'aime", moment présent, promesse ou pacte? Marie Spénale a le chic pour créer des gammes chromatiques qui épousent les sentiments et les émotions des personnages. Pour varier l'intensité de ses dessins, du flou pour les souvenirs ou les suppositions, du net pour le présent. Pour composer les cases de chaque double page.
 
... et à un érotisme joyeux. (c) Casterman.

 
Avec une grâce infinie, l'auteure-illustratrice qui apprécie Simone de Beauvoir, donne à son héroïne un sursaut de vie, une autorisation à être elle-même et pas seulement l'épouse d'Alain. Cette prise de conscience naît en différentes séquences au graphisme remarquable. Les questionnements et le lâcher-prise se concrétisent par d'intenses scènes érotiques, célébrant les corps et la jouissance. "Il y a longtemps que je t'aime" est une très belle histoire de femme qui se libère, portée par des dessins d'une folle liberté. Annie est dans la soixantaine mais l'ambition de l'album est universELLE.

 

Marie Spénale.
Six questions à Marie Spénale

La première idée pour l'album était-elle la robinsonnade ou la réflexion sur le couple et l'amour?
L'idée était la robinsonnade. J'avais envie d’une île déserte pour mon personnage féminin. La question étant, est-elle contente de se retrouver seule? Quand l'histoire s'est déroulée, je me suis dit qu'il y avait sans doute quelqu'un d'autre sur l'île. Avec ce duo dans l'île déserte, la fantaisie est devenue sérieuse. J'avais aussi l'idée d'une histoire sur l'amour. Il est d'une certaine forme pour le mari. Un amour différent est-il une utopie? Que peut-il se passer avec le jeune garçon? Dans l'île, tous les repères habituels ont disparu. La liberté a un côté vertigineux.
Comment avez-vous campé l'"indigène"?
Le jeune homme est mystérieux. Il se tait et est clairement dans la séduction. Je voulais inverser les rôles, sortir des rôles classiques de la séduction, des normes de qui est désirable. Je lui ai mis un pagne, un peu vintage, en écho aux vieux films. Aussi parce que c'est plus doux à la lecture et permet une révélation de l'érotisme.
L’histoire avance presque plus dans les illustrations que dans le texte.
C'est une histoire d'amour, d'exploration des sens. Les sensations se passent de parole. Faire des images narratives fait partie de mes préférences personnelles. Je voulais aussi faire comprendre que les moments muets sont également le témoin d'une solitude exacerbée. Est-ce qu'on se parle à soi quand on est seul?
Comment avez-vous procédé pour le choix des couleurs, assez "pop"?
Elles sont dues en partie à la technique d'impression où un rose fluo (NDLR: cfr les pages de garde) a remplacé le magenta habituel. Cela donne des mélanges intrigants, fait ressortir les corps qui sont un des sujets de l'album. Je passe beaucoup de temps sur les couleurs, c'est ma chose préférée dans la création, mon plaisir de dessinatrice. Revenir à la matérialité, en jouer un maximum. Bien entendu, avant de travailler à cet album, j'avais réuni beaucoup d'images afin de nourrir mon dessin.
Comment dessinez-vous?
J'ai dessiné cet album à l'ordinateur pour mieux en maîtriser les couleurs. Je dessine depuis toujours à l'ordinateur. Cela me permet de modifier facilement les pages. Mais j'ai aussi des petits carnets de croquis où je raconte ma vie (NDLR: souvent publiés sur les réseaux sociaux).
Plusieurs pages témoignent d'un érotisme qu'on pourrait qualifier de joyeux.
J'ai dessiné les images érotiques qui me plaisent. Je voulais que l'héroïne soit active, qu'elle se permette de jouer. L'érotisme est centré sur le corps du garçon, sans fausse pudeur. On voit son corps. Je voulais représenter une fantaisie érotique sans agressivité. C'est dur de trouver l'équilibre, de représenter du sexe de manière séduisante, sans petits papillons pudiques.

Une baignade révélatrice. (c) Casterman.

Pour mieux connaître Marie Spénale et son travail déjà abondant même si elle n'est née que le 30 novembre 1991, on consultera sa page Instagram (ici), sa page Pinterest (ici) et sa très agréable chaîne Youtube (ici).