Nombre total de pages vues

mercredi 11 avril 2018

L'imagination au pouvoir, disaient-ils

Charivari se réveille tout joyeux. (c) Little Urban.

Inhabituels, farfelus, délirants, une sélection de sept albums jeunesse qui savent ce que rire et imaginer veulent dire.


Jour de marché


Les Britanniques John Yeoman au texte et Quentin Blake à l'illustration constituent depuis cinquante ans  un duo de choc, élevant la joie, l'imagination et la fantaisie au rang des beaux-arts. La preuve encore dans l'album "Charivari" ("Rumbelow's Dance", traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec, Little Urban, 48 pages), délicieux opus qui nous arrive maintenant en français alors qu'il est né en 1982.

Comme il présente une histoire du passé, cela n'a guère d'importance.
Charivari, un petit garçon à connaître, se lève pour aller rendre visite à ses grands-parents qui habitent à la place du marché. Une marche très longue et très fatigante au cours de laquelle il rencontre toute une série d'autres promeneurs se rendant au marché mais déjà fatigués. A tous, Charivari applique sa solution, danser sur le chemin pour avancer plus facilement.

La recette est excellente et nous vaut une extraordinaire farandole, chaque double page amenant un nouvel invité que l'on a plaisir à découvrir: un fermier et son cochon, une fleuriste et ses bouquets, un rétameur et ses casseroles... en tout huit personne que la bonne humeur communicative de Charivari transforme en danseurs improvisés. L'arrivée chez les grands-parents est toute aussi réussie.

Première rencontre sur la route du marché. (c) Little Urban.

Voilà un album tout simple, fort bien traduit car ses phrases ritournelles chantent, excellemment illustré, complètement joyeux et positif, qui donne aussi au passage une idée du mode de vie du passé. A partir de 5 ans.

La version originale de 1982.


Julien l'explorateur


Dans un petit album carré, toilé, en jaune et bleu, un explorateur nous raconte les civilisations qu'il a rencontrées au cours d'un "très long voyage d'exploration dans l'espace". Un joyeux défilé non sense de créatures étranges apparaît dans l'album "La vérité sur les habitants des autres planètes" de Julien Baer et Magali Le Huche (Les fourmis rouges, 72 pages). Les observations se succèdent à bon rythme, le plus souvent une à gauche, une à droite, créant tout de suite une atmosphère d'humour absurde mais néanmoins tendre. Sans doute parce que leurs références sont les nôtres. On apprend ainsi que "le Martien est une main tout simplement", que "le Vénusien a beaucoup de doigts", que "le Mercurien a souvent froid", que "le Saturnien a plusieurs jambes"... Plus on s'éloigne du Soleil, plus les formules s'enrichissent.

A quoi ressemblent nos voisins de l'espace? (c) Les fourmis rouges.

Le texte de Julien Baer captive par son inventivité, parfaitement relayée par les illustrations de Magali Le Huche. On ne s'ennuie pas un instant avec ces découvertes de nos voisins, jusqu'au mot final, empli de sagesse. Pour tous à partir de 5 ans.


Compétitions entre fanfarons


Prenez trois enfants copains quasi teenagers, branchez-les sur un sujet, il ne faudra pas attendre longtemps pour qu'ils deviennent des rivaux, pour rire ou pour du sérieux, qu'ils inventent et projettent des plans de plus en plus grands, de plus en plus dingues. C'est cet esprit de compétition que Gaëtan Dorémus saisit avec humour et bienveillance dans "Les goûters méga chouettes de Machinette" (Albin Michel Jeunesse, 88 pages).

La mienne est plus haute que la tienne. (c) Albin Michel Jeunesse.

Trois histoires drôlissimes où Machinette, Rinono et Pia, une vache rouge parente de celle qui rit, un rhinocéros jaune et un oiseau bleu, se lancent dans d'incroyables escalades de mots pour s'impressionner l'un l'autre. Un délire verbal soutenu par un graphisme expressif et efficace avant qu'il ne retombe dans la réalité toute simple, que personne n'avait vraiment quittée. La crêpe-partie devient une grande bouffe junior, la douche collective un nouvel épisode du Grand bleu, la tour de Kaplas (planchettes de bois) une reprise de la tour de Babel. A partir de 5 ans.


Olympisme de cuisine


Les Jeux Olympiques, c'est bien, mais les sports potagers, c'est mieux. La preuve par Françoise De Guibert et ses "Dieux du stand" (P'tit Glénat, 32 pages) où elle nous présente trente fruits et légumes de compétition. Il faut bien avouer qu'ils sont totalement rigolos, ces végétaux en situation sportive dans une discipline qui détourne à peine leurs noms. Les attitudes des uns et des autres sont diablement bien croquées et on se réjouit de découvrir de nouveaux sports comme le lancer de petit pois et le navélo, le water-poireau et la bananatation, l'aubergymnastique, la courge à pied et la courge d'orientation, le fraisebee et d'autres encore. A partir de 4 ans.

Sport jardinier. (c) p'titGlénat.



Ombres en folie


Album muet et énigmatique que "Ombres" de la Portugaise autodidacte Marta Monteiro (La joie de lire, 40 pages), aussi cinéaste d'animation. Pas de texte donc mais des doubles pages colorées où évoluent une foule d'humains. Tout de suite, on voit que quelque chose cloche par rapport à notre normalité. Certains personnages paraissent incongrus, comme ce cosmonaute qui lit dans le métro. Mais surtout, ce sont les ombres qui n'en font qu'à leur tête! Projections des pensées de leurs propriétaires? Magie?

Ainsi, le matin, un jeune homme est assis sur son lit face à la fenêtre, mais son ombre reste tranquillement couchée. Quand il manque rater son métro, son ombre lui en tient les portes ouvertes. Les passagers du transport public ont tous leurs pensées secrètes affichées derrière eux. Autant de pistes graphiques à explorer.

Scène au parc. (c) La joie de lire.

On retrouve le héros du début en tenue de gardien de parc public. On va passer la journée avec lui, son ombre et celles de tous ceux qu'il croise ou côtoie. Tout est à regarder deux fois, la scène en elle-même et celle que créent les ombres, obéissantes ou non. L'arbre dont le tronc projeté par le soleil fait un crochet pour laisser le soleil à deux femmes couchées dans l'herbe. Celle du pêcheur qui devient une pièce d'eau pour lui et un enfant. Celle qu'utilise le balayeur. Celle d'un "méchant" que chasse le chien... Et ainsi jusqu'au retour chez lui du gardien du parc, content de retrouver son lit après nous avoir partagé d'autres ombres, pensées et rêves, passionnantes.

L'auteure-illustratrice signe un album diantrement réussi, plastiquement remarquable et drôlement interpellant par toutes les interprétations qu'il permet. A partir de 6 ans.


Rien à voir avec Marilyn


Lire "Pou Poupidou" sur une couverture, c'est déclencher dans sa tête la voix suave de Marylin - cela peut aussi être le rappel d'un film ou le nom d'une pince à jupe pour rouler à vélo. Ce sera désormais aussi un album joyeusement graphique d'Edouard Manceau (Albin Michel Jeunesse, 72 pages) mettant en scène Pou, en bleu, et Poupidou, en rouge, et un nombre considérable de leurs crottes, toutes rondes et noires. Deux artistes qui, dans ce livre, créent une œuvre d'art.

Leur manière de dessiner est spéciale: ils font des petites crottes bien régulières qui finissent par former une ligne qui se met à danser. Rien de sale toutefois, mais une initiation à la géométrie originale et joyeuse avec ces lignes de crottes qui se prêtent à toutes les contorsions jusqu'à composer un tableau dans l'esprit de Calder. A partir de 3 ans.

Lignes parallèles. (c) Albin Michel Jeunesse.


Un livre extraordinairement nul


Ce n'est pas moi qui le dit, mais l'éditeur. A propos de "Bonjour chez vous, Monsieur Caca!" d'Antonin Louchard (Saltimbanque éditions, 34 pages), "le livre le plus bête du monde" selon la couverture. Il parle de la journée d'un homme ordinaire, plutôt sympathique, qui a la particularité de s'appeler M. Caca. On imagine déjà la joie des jeunes lecteurs lors d'une lecture à voix haute.

(c) Saltimbanque éditions.
En octosyllabes agréablement tournés, l'auteur nous raconte la vie de son personnage, tellement aimable que tout le monde le salue d'un "Bonjour chez vous, Monsieur Caca!". Le comique de répétition qui détourne les codes est bien entendu au rendez-vous. C'est aussi un moyen de rappeler l'interdit de la grossièreté car l'histoire se révèle particulièrement douce, attendrissante jusqu'à l'impeccable finale. Les illustrations en teintes sépia et rouge saisissent admirablement les instants de la vie de cet homme sociable et pondéré. A partir de 3 ans.

En route pour le boulot. (c) Saltimbanque éd.




Aucun commentaire:

Publier un commentaire