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mardi 9 novembre 2021

Les prix Wepler et de littérature américaine

Antoine Wauters à la brasserie Wepler.


Ouf! On arrive à la fin de cette longue farandole que sont les prix littéraires d'automne. Avec le prix Wepler, attribué hier au magnifique roman du Belge Antoine Wauters "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier) - mention spéciale à Laura Vazquez pour "La semaine perpétuelle" (Editions du Sous-Sol) - et le Grand prix de littérature américaine allant ce 9 novembre à Joyce Maynard, 67 ans, pour "Où vivaient les gens heureux" (traduit de l'anglais par Florence Lévy-Paolini, Editions Philippe Rey), on touche doucement au bout. L'occasion de se réjouir des palmarès établis jusqu'ici, sans fausses notes, mais de regretter quelques absences criantes. 


L'occasion aussi d'imaginer la joie du petit éditeur indépendant Philippe Rey qui, après le Goncourt mercredi dernier (lire ici) empoche une seconde récompense. Deux livres publiés à la rentrée littéraire, deux prix! Bingo! 

"Après dix ans et dix livres",
indiquait Philippe Rey en août, "Joyce Maynard continue de nous enthousiasmer. Sa vie jalonnée de multiples combats lui a donné une incomparable capacité d'empathie à l'égard de ses personnages. "Où vivaient les gens heureux" est un texte magistral, soutenu par une narration qui nous emporte, une acuité psychologique, un maniement parfait des émotions, un sens aigu du détail. Cinq décennies de l'histoire d'une famille défilent sous nos yeux, dans toute leur complexité et leur richesse. L'héroïne, Eleanor, si unique, nous bouleverse par son courage, son attachement aux siens et ses fragilités… Nous sommes convaincus qu'"Où vivaient les gens heureux" est le meilleur roman de Joyce Maynard."

Joyce Maynard.
Quant à Joyce Maynard, elle dit ceci: "Où vivaient les gens heureux" est mon dixième roman, c'est aussi mon préféré. Je n'ai jamais été aussi enthousiaste à l'idée de partager une histoire avec mes lecteurs. J'ai grandi dans une famille dysfonctionnelle. Le rêve de ma vie, le plus grand et le plus obstiné, était de fonder une famille et d'offrir à mes enfants la vie que je n'ai pas connue.
De mon premier mariage sont nés trois enfants aimés, mais leur père et moi nous sommes séparés quand ils étaient encore jeunes. Durant les trente-deux années qui ont suivi, peu sont les sujets qui m'ont habitée autant que la famille, le couple, le lien parents-enfants, ou celui qui unit les enfants d'une même fratrie. Ce roman est né du désir, ou plutôt du besoin, d'explorer l'histoire d'une famille ressemblant à la mienne. Comment le temps et les aléas influencent-ils la vie de chacun de ses membres? Comment ont-ils influencé ma propre vie?"

Jury tournant du prix Wepler: les critiques Caroline Broué, Frédérique Roussel, Benoît Buquet, Christophe Gilquin, les libraires Marie-Rose Guarniéri, Élisabeth Sanchez, le postier Laurent Le Boterve, les lectrices Mélanie Fleury (détenue au Centre pénitentiaire de Rennes, Blanche Sarfati, Maren Sell, Marie-Catherine Vacher.
Jury du Grand prix de littérature américaine: les libraires Sylvie Loriquer (L'Attrape-Coeurs), Géraldine Mausservey (Librairie de Paris), Jean-Christophe Millois (INFL), Pascal Thuot (Millepages), les journalistes Oriane Jeancourt-Galignani ("Transfuge"), Nicolas Carreau ("Europe 1"), Philippe Chevilley ("Les Echos"), les éditeurs, Caroline Ast (Belfond), Alice Déon (La Table Ronde) et Francis Geffard (Albin Michel).



Attributions

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)

Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • François-Henri Désérable pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard)

Prix Décembre (29 octobre)
  • Xavier Galmiche pour "Le poulailler métaphysique" (Le Pommier)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • Mohamed Mbougar Sarr pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • Amélie Nothomb pour "Premier sang" (Albin Michel, lire ici)
Essais
  • Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité)

Prix de Flore (4 novembre)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)

Prix Wepler (8 novembre)

Contrairement à de nombreuses distinctions littéraires, le Prix Wepler-Fondation La Poste ne dévoilera pas de seconde liste des ouvrages en lice. Il a en effet été créé dans le but de soutenir une sélection de livres dans sa diversité, et de donner un élan, de la visibilité et un destin à tous les écrivains désignés par le jury 2021.
  • "Si maintenant j'oublie mon île", de Serge Airoldi (L'Antilope)
  • "Comme un ciel en nous", de Jakuta Alikavazovic (Stock)
  • "Le Roman de Jim", de Pierric Bailly (P.O.L)
  • "Petites Cendres ou la capture", de Marie-Claire Blais (Seuil)
  • "Mort aux girafes", de Pierre Demarty (Le Tripode)
  • "Rivage au rapport", de Quentin Leclerc (L'Ogre)
  • "Un corps tropical", de Philippe Marczewski (Inculte)
  • "Ultramarins", de Mariette Navarro (Quidam)
  • "Hors gel", d'Emmanuelle Salasc (P.O.L)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "La Semaine perpétuelle", de Laura Vazquez (Sous-Sol)
  • "Mahmoud ou la montée des eaux", d'Antoine Wauters (Verdier)
Grand prix de littérature américaine (9 novembre)
  • "Les Prophètes", de Robert Jones Jr, traduit par David Fauquemberg (Grasset)
  • "Où vivaient les gens heureux", de Joyce Maynard, traduit par Florence Lévy-Paolini (Philippe Rey)
  • "Olive", d'Elizabeth Strout, traduit par Pierre Brévignon (Fayard)

Sélections

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • "Flic, un journaliste a infiltré la police", de Valentin Gendrot (Editions Goutte d'or)
  • "Les Serpents viendront pour toi", d'Emilienne Malfatto (Les Arènes Reporters)
  • "La Honte de l'Occident", d'Antoine Mariotti (Tallandier)
  • "Toxique", de Sébastien Philippe et Tomas Statius (Puf - Disclose)

Prix Interallié (17 novembre)
  • "Ne t'arrête pas de courir", de Mathieu Palain (L'Iconoclaste) 
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard) 
  • "Bellissima", de Simonetta Greggio (Stock)

Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Ceux qui sont restés là-bas", de Jeanne Truong (Gallimard)
  • "Dans le ventre du Congo", de Blaise Ndala (Mémoire d'encrier )
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Le Jardin du Lagerkommandant", d'Anton Stoltz (Maurice Nadeau)
  • "Les Lumières d'Oujda", de Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann-Lévy)
  • "Les Orphelins", de Bessora (JC Lattès)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
  • "Pas même le bruit d'un fleuve", d'Hélène Dorion (Alto)
  • "Soleil à coudre", de Jean d'Amérique (Actes Sud)
  • "Les villages de Dieu", d'Emmelie Prophète (Mémoire d'encrier)

Prix Jean Giono (décembre)
  • "Le fils de l'homme", de Jean-Baptiste Del Amo  (Gallimard)
  • "Les bourgeois de Calais", de Michel Bernard (La Table Ronde)
  • "Milwaukee blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Mohican", d'Éric Fottorino (Gallimard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Pleine terre", de Corinne Royer (Actes Sud)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verger (Gallimard)

Et aussi

Prix Mémorable
  • "André-la-poisse", d'Andreï Siniavski (Typhon, lire ici)
  • "Ardinghera", de Régis Messac (La Grange Batelière)
  • "Confession d'un rebelle irlandais", de Brendan Behan, traduit de l'anglais par Mélusine de Haulleville (L'Échappée)
  • "Chant des plaines", de Wright Morris, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent (Christian Bourgois)
  • "Hemlock", de Gabrielle Wittkop (Quidam)
  • "La vie seule", de Stella Benson, traduit de l'anglais (Angleterre) par Leslie de Bont (Cambourakis)
  • "Les Jardiniers du bitume et La Grande Descente", de Roger Riffard (Bouclard)
  • "Les ratés de l'aventure", de Titaÿna (Marchialy)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)
  • "Romance in Marseille", de Claude McKay, traduit de l'anglais par Françoise Bordarier & Geneviève Knibiehler (Héliotropismes)

Le prix Vendredi décerné à Sylvain Pattieu

Sylvain Pattieu et son éditrice Maya Michalon.
(c) Langage & Projets.

Dix titres étaient sélectionnés pour la cinquième édition du prix Vendredi, prix de littérature ado créé en France en 2016 et décerné pour la première fois en 2017 (lire ici), trois, qui ont en commun d'être courts, se retrouvent sur le podium de l'édition 2021. Ils ont été proclamés ce 8 novembre. Sylvain Pattieu est le lauréat 2021 du prix Vendredi pour "Amour chrome" (l'école des loisirs, 180 pages), tandis que deux mentions spéciales vont à Joëlle Ecormier pour "Kô"  (Zébulo éditions, maison d'édition réunionnaise, 112 pages) et à Nastasia Rugani pour "Je serai vivante" (Gallimard jeunesse, Scripto,128 pages), une romancière jeunesse qui avait déjà reçu une mention spéciale à ce même prix en 2018 pour  "Milly Vodović" (MeMo, aujourd'hui Gallimard Jeunesse).

Les lauréats et le jury. (c) Langage & Projets.
Les livres lauréats. (c) Langage & Projets.

"Amour chrome" est le premier tome de la série "Hypallage", le second est sorti aussi, c'est "Terrain frère", le miroir du premier. Deux romans qui tordent le cou aux clichés sur la Seine-Saint-Denis, et rendent hommage à la diversité et au dynamisme du "93".
Né en 1979 à Aix-en-Provence, Sylvain Pattieu vit et enseigne en Seine-Saint-Denis, à l'université Paris 8, en tant qu'historien et membre de l'équipe du Master de Création littéraire. Il est loin d'être un inconnu en littérature générale. Il a publié trois romans au Rouergue, trois documentaires littéraires chez Plein Jour ainsi que trois livres d'histoire.

Il fait ici ses débuts, remarqués, en littérature de jeunesse, puisant dans les souvenirs de son adolescence, dans son expérience d'enseignant en lycée et à l'université, dans son environnement.



Née en 1967 à la Réunion, Joëlle Ecormier est romancière et autrice de littérature jeunesse. Elle a publié près d'une quarantaine de livres et écrit pour le théâtre. Dans "Kô", elle suit une vérité qui tente de se frayer un chemin au milieu des sentiments emmêlés de quatre personnages: Kô, un adolescent taciturne de 16 ans qui ne vit que dans l'espoir du retour de son père, sa sœur Sindhu, une fille vive et enjouée de 13 ans, leur paisible mère Nila, et un étranger troublant, Darpan.





Née à Pont-à-Mousson en Lorraine en 1987, Nastasia Rugani vit aujourd'hui à Paris. Après des études de lettres à la Sorbonne, elle écrit des romans de littérature jeunesse. Elle y convoque souvent ses cauchemars d'enfants. "Je serai vivante" est le récit bouleversant d'une adolescente qui, victime d'un viol, fait sa déposition à la gendarmerie. Entre souffrance et révolte.



jeudi 4 novembre 2021

Lucie Félix est la Grande Ourse 2021

Lucie Félix.


Après avoir couronné l'auteur-illustrateur Gilles Bachelet en 2019 (lire ici) et la romancière Marie Desplechin en 2020 (lire ici), la Grande Ourse rajeunit et change de braquet en choisissant la plasticienne Lucie Félix en 2021. La jeune femme née le 3 octobre 1983 est l'auteure-illustratrice-conceptrice de sept albums destinés aux plus jeunes, aussi réussis que réfléchis, proches de l'abstraction graphique tout en étant accessibles. "Deux yeux?" (2012), "Après l'été" (2013, lire ici), "Prendre et donner" (2014), "La promenade de Petit Bonhomme" (2015, lire ici), "Le roi, le bûcheron et la fusée" (2017), "Coucou" (2018) et "Hariki" (2019), tous publiés par Brigitte Morel aux Editions des Grandes Personnes.



Avec ses images claires et son écriture baguenaudant entre la poésie et l'humour, Lucie Félix s'inscrit dans la tradition d'artistes plasticiens comme Bruno Munari, qui pensent l'album comme un terrain de jeu. Ses titres invitent les tout-petits sur les chemins hasardeux de la lecture. Scientifique de formation, avec un master en biologie de l'évolution (Museum National d'Histoire Naturelle, Paris), elle se passionne pour ce qui suscite, chez l'enfant, la curiosité et la réflexion. Son bagage scientifique et son diplôme d'art et technique (Ecole Supérieure d'Art de Lorraine, Epinal) lui permettent de croiser précision, art et ouverture d'esprit.

Découpages, jeux de lumières, transparences, jeux de doigts... chacun de ses ouvrages est différent des autres mais offre au jeune lecteur de manipuler ses pages pour avancer dans le récit. Si avec Lucie Félix, la lecture devient une découverte esthétique, elle est aussi un dialogue entre l'œuvre et le lecteur, entre le parent et l'enfant. "Son regard nouveau sur l'album pour les plus petits, des mises en scènes soignées, une œuvre dense, font de Lucie Félix la Grande Ourse 2021", assure le jury du prix.

Rappelons que la Grande Ourse est une distinction décernée depuis 2019 par le SLPJ, afin d'éclairer l'œuvre d'une créatrice ou d'un créateur francophone dont l'écriture, le geste, la créativité d'une ampleur ou d'une audace singulière, marque durablement la littérature jeunesse. La "Grande Ourse" appelle à lever les yeux au firmament pour souligner ce qu'une kyrielle d'étoiles déjà installées forment ensemble comme chemin d'inspiration.

Sur son site, Lucie Félix se raconte.
"Je suis née en 1983
J'ai grandi dans un village minuscule au milieu des montagnes.
J'ai un master en Biologie de l’évolution (Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris) et un diplôme d'art et technique (Ecole Supérieure d'Art de Lorraine, Epinal)
Je vis dans le Val d'Oise
Je conçois le livre comme un média d'une portée exceptionnelle, et explorer ses possibilités m'amuse énormément. Mes livres sont des dispositifs expérimentaux, narratifs, poétiques, dont le petit lecteur est le personnage principal. Je les envisage en dialogue permanent avec d'autres pratiques artistiques, arts plastiques, écriture, scénographie… Exposition, spectacle, sont conçus avec l'idée d'apporter aux enfants des expériences très variées et cohérentes. Des moments privilégiés d'ateliers avec les enfants apportent également un souffle indispensable à mes recherches.
Le jeu, l'enfance, sont au cœur de mon travail."











Le prix de Flore pour Abel Quentin

Abel Quentin. (c) Audrey Dufer.

C'est pour son second roman, "Le Voyant d'Etampes" (Editions de l'Observatoire, 384 pages), lauréat du prix Maison Rouge, qu'Abel Quentin, déjà remarqué pour son premier roman (lire ici), remporte ce jeudi 4 novembre le prestigieux Prix de Flore, au premier tour de scrutin, par huit voix contre quatre à Maud Ventura ("Mon mari", L'Iconoclaste). L'avocat pénaliste, actuellement commis d'office à la défense de l'un des logisticiens présumés des attaques du 13 novembre 2015, écrit évidemment sous un nom de plume. Son vrai nom est Albéric de Gayardon. Son métier lui permet de côtoyer au plus près les humains et leurs failles et fait de lui un écrivain nourri de ces expériences. C'était le cas avec "Sœur", ce l'est avec le "Voyant d'Etampes".

On y suit Jean Roscoff, un universitaire alcoolique et fraîchement retraité, raté et talentueux, qui se lance dans l'écriture d'un livre pour se remettre en selle. Son "Voyant d'Étampes" doit être un essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l'Essonne, au début des années 60. Mais le sujet est piégé. L'essayiste est accusé d’appropriation culturelle! Un thème bien dans l'air du temps qui donne l'occasion à Abel Quentin l'occasion de nous embarquer dans un roman virevoltant et prenant, un peu désabusé, un peu noir, qui scrute notre société. Il nous raconte la chute d'un anti-héros romantique et cynique, à l'ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec humour, le portrait d'une génération.

Encore un livre dans le livre remarqueront ceux qui ont déjà lu le prix Goncourt 2021 (lire ici). 

Si Abel Quentin pourra empocher les 6.150 euros dont est doté le prix de Flore, pas sûr qu'il puisse profiter du verre de Pouilly quotidien pendant un an au café de Flore, dans un verre gravé à son nom, auquel ses lauriers d'aujourd'hui lui donnent droit, car il est actuellement installé à... Etampes.

Jury: Frédéric Beigbeder, Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-René Van der Plaetsen, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel et Arnaud Viviant.
 

Attributions

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)

Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • François-Henri Désérable pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard)

Prix Décembre (29 octobre)
  • Xavier Galmiche pour "Le poulailler métaphysique" (Le Pommier)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • Mohamed Mbougar Sarr pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • Amélie Nothomb pour "Premier sang" (Albin Michel, lire ici)
Essais
  • Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité)

Sélections

Prix de Flore (4 novembre)
  • "Grande couronne", de Salomé Kiner (Christian Bourgois)
  • "Wonder Landes", d'Alexandre Labruffe (Verticales, lire ici)
  • "Mobylette", de Frédéric Ploussard (Héloïse d'Ormesson)
  • "Feu", de Maria Pourchet (Fayard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Mon mari", de Maud Ventura (L'Iconoclaste)

Grand prix de littérature américaine (8 novembre)
  • "Les Prophètes", de Robert Jones Jr, traduit par David Fauquemberg (Grasset)
  • "Où vivaient les gens heureux", de Joyce Maynard, traduit par Florence Lévy-Paolini (Philippe Rey)
  • "Olive", d'Elizabeth Strout, traduit par Pierre Brévignon (Fayard)

Prix Wepler (8 novembre)

Contrairement à de nombreuses distinctions littéraires, le Prix Wepler-Fondation La Poste ne dévoilera pas de seconde liste des ouvrages en lice. Il a en effet été créé dans le but de soutenir une sélection de livres dans sa diversité, et de donner un élan, de la visibilité et un destin à tous les écrivains désignés par le jury 2021.

  • "Si maintenant j'oublie mon île", de Serge Airoldi (L'Antilope)
  • "Comme un ciel en nous", de Jakuta Alikavazovic (Stock)
  • "Le Roman de Jim", de Pierric Bailly (P.O.L)
  • "Petites Cendres ou la capture", de Marie-Claire Blais (Seuil)
  • "Mort aux girafes", de Pierre Demarty (Le Tripode)
  • "Rivage au rapport", de Quentin Leclerc (L'Ogre)
  • "Un corps tropical", de Philippe Marczewski (Inculte)
  • "Ultramarins", de Mariette Navarro (Quidam)
  • "Hors gel", d'Emmanuelle Salasc (P.O.L)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "La Semaine perpétuelle", de Laura Vazquez (Sous-Sol)
  • "Mahmoud ou la montée des eaux", d'Antoine Wauters (Verdier)

Prix Interallié (17 novembre)
  • "Ne t'arrête pas de courir", de Mathieu Palain (L'Iconoclaste) 
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard) 
  • "Bellissima", de Simonetta Greggio (Stock)

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • "Flic, un journaliste a infiltré la police", de Valentin Gendrot (Editions Goutte d'or)
  • "Les Serpents viendront pour toi", d'Emilienne Malfatto (Les Arènes Reporters)
  • "La Honte de l'Occident", d'Antoine Mariotti (Tallandier)
  • "Toxique", de Sébastien Philippe et Tomas Statius (Puf - Disclose)

Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Ceux qui sont restés là-bas", de Jeanne Truong (Gallimard)
  • "Dans le ventre du Congo", de Blaise Ndala (Mémoire d'encrier )
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Le Jardin du Lagerkommandant", d'Anton Stoltz (Maurice Nadeau)
  • "Les Lumières d'Oujda", de Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann-Lévy)
  • "Les Orphelins", de Bessora (JC Lattès)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
  • "Pas même le bruit d'un fleuve", d'Hélène Dorion (Alto)
  • "Soleil à coudre", de Jean d'Amérique (Actes Sud)
  • "Les villages de Dieu", d'Emmelie Prophète (Mémoire d'encrier)

Prix Jean Giono (décembre)
  • "Le fils de l'homme", de Jean-Baptiste Del Amo  (Gallimard)
  • "Les bourgeois de Calais", de Michel Bernard (La Table Ronde)
  • "Milwaukee blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Mohican", d'Éric Fottorino (Gallimard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Pleine terre", de Corinne Royer (Actes Sud)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verger (Gallimard)

Et aussi

Prix Mémorable
  • "André-la-poisse", d'Andreï Siniavski (Typhon, lire ici)
  • "Ardinghera", de Régis Messac (La Grange Batelière)
  • "Confession d'un rebelle irlandais", de Brendan Behan, traduit de l'anglais par Mélusine de Haulleville (L'Échappée)
  • "Chant des plaines", de Wright Morris, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent (Christian Bourgois)
  • "Hemlock", de Gabrielle Wittkop (Quidam)
  • "La vie seule", de Stella Benson, traduit de l'anglais (Angleterre) par Leslie de Bont (Cambourakis)
  • "Les Jardiniers du bitume et La Grande Descente", de Roger Riffard (Bouclard)
  • "Les ratés de l'aventure", de Titaÿna (Marchialy)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)
  • "Romance in Marseille", de Claude McKay, traduit de l'anglais par Françoise Bordarier & Geneviève Knibiehler (Héliotropismes)

mercredi 3 novembre 2021

Le prix Goncourt 2021 au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, le prix Renaudot 2021 à la Belge Amélie Nothomb

Le lauréat 2021 du prix Goncourt découvre ceux qui l'attendent.
(c) Pierre Assouline.

Mohamed Mbougar Sarr.
(c) Académie Goncourt.
Après les remous de septembre (polémiques Camille Laurens, cette membre du jury qui a un compagnon dont le livre est présent en première sélection (lire ici) et n'hésite pas à dézinguer dans "Le Monde" un autre titre en sélection, celui d'Anne Berest), après les changements de règlement (fini les livres des proches), après l'avis d'écarter les livres déjà primés (alors que le livre de Christine Angot, prix Médicis, est maintenu dans les quatre titres finalistes (lire ici), le jury de l'Académie Goncourt a rendu son verdict ce mercredi 3 novembre par la voix de son secrétaire Philippe Claudel. Le prix Goncourt 2021 a été attribué au premier tour de scrutin par six voix au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Editions Philippe Rey, en coédition avec Jimsaan, Sénégal, 448 pages). Une annonce précédée d'un invraisemblable mic-mac sur Twitter, le lauréat y ayant annoncé lui-même ses lauriers bien avant l'annonce officielle de 12h45. Un faux compte dont l'annonce a été largement suivie. "L'espoir est si fort,", écrivait un commentateur, "l'enthousiasme débordant. Précipité. Espérons qu’il soit prémonitoire ! (Sourire)." 

Voilà donc un jeune écrivain choisi par la plus prestigieuse des récompenses littéraires en France. Un choix audacieux car Mohamed Mbougar Sarr n'a encore que quatre romans à son actif, les deux derniers étant publiés dans la petite maison indépendante de Philippe Rey. On notera que le Sénégalais qui vit en France remporte le prix pile cent ans après le Martiniquais René Maran qui fut le premier écrivain noir à avoir reçu cette distinction pour "Batouala" (Albin Michel). On remarquera aussi que la malédiction d'être multisélectionné et jamais primé n'a pas fonctionné pour lui. Heureusement.

"La plus secrète mémoire des hommes" est un roman virtuose, à la fois magistral roman d'apprentissage et saisissante enquête sur les traces d'un mystérieux auteur. L'éditeur le présente ainsi: "En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938: "Le labyrinthe de l'inhumain". On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de "Rimbaud nègre", depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s'engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l'Argentine, quelle vérité l'attend au centre de ce labyrinthe?
Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l'accapare, Diégane, à Paris,  fréquente un groupe de jeunes auteurs africains: tous s'observent, discutent, boivent, font beaucoup l'amour, et s'interrogent sur la nécessité de la création à partir de l'exil. Il va surtout s'attacher à deux femmes: la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda…
D'une perpétuelle inventivité, "La plus secrète mémoire des hommes" est un roman étourdissant, dominé par l'exigence du choix entre l'écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et
à son pouvoir intemporel."

Mohamed Mbougar Sarr s'expliquait ainsi au moment de la parution de son roman. Il semble avoir été compris.
"J'ai mis mon obsession de la littérature, ma fascination pour l'écriture au cœur d'une histoire romanesque et incarnée, celle d'un écrivain mythique dont le destin a traversé le terrible XXe siècle, T.C. Elimane. Il est imaginaire, mais ressemble à plusieurs écrivains africains du siècle dernier et même d'aujourd’hui. Il symbolise le sort littéraire et existentiel de nombre d'auteurs africains établis en Occident, et dont la réception des œuvres, leur perception dans le champ littéraire européen, sont souvent ambiguës ou fondées sur des malentendus. Comment et pourquoi lit-on les écrivains africains vivant et publiant en France?
J'ai inscrit ces questionnements philosophiques ou sociologiques à l'intérieur d'une véritable fiction. Elle prend la forme d'une quête et d'une enquête, d'un polar littéraire, d'un jeu de piste. J'ai écrit mon livre le plus personnel, même s'il n'a rien d'une autofiction. Après trois romans, je souhaitais m'éloigner des sujets traditionnels de la littérature dite africaine. Le personnage qui cherche, Diégane Latyr Faye, pourrait être mon double. Il cherche le grand écrivain disparu. Il cherche la valeur de son propre engagement littéraire. Il cherche sa génération littéraire ou l'enterre. Il cherche évidemment l'amour. Mais il se pourrait que l'objet véritable de sa quête se situe ailleurs, un ailleurs mystérieux et qui se trouve, peut-être, dans la plus secrète mémoire des hommes."

Jury: Didier Decoin (président), Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel (secrétaire) et Pierre Assouline.





Champagne! Le prix Renaudot 2021 a, lui, couronné la Belge de Paris Amélie Nothomb, ce même mercredi 3 novembre, pour son roman "Premier sang" (Albin Michel), au deuxième tour de scrutin par six voix contre deux à Anne Berest ("La carte postale", Grasset) et une à Abel Quentin ("Le Voyant d'Etampes", L'Observatoire). Un livre magnifique où elle rend hommage à son père à sa façon, en se glissant dans sa peau (lire ici).





Le Renaudot essai va à Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité). Un témoignage sur la disparition des petits commerces locaux. 

Le Renaudot poche va à Olivier Rony pour sa biographie du comédien "Louis Jouvet" (Gallimard, Folio). 
 
Jury: Christian Giudicelli, Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud, Franz-Olivier Giesbert, J.M.G. Le Clézio, Stéphanie Janicot, Cécile Guilbert et Jean-Noël Pancrazi.