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vendredi 24 avril 2020

Adil, une histoire de violence policière ordinaire

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque22


"Les violences policières systémiques ne se cantonnent pas à la France, loin de là", écrit Remedium, cet enseignant français qui, artiste engagé par ailleurs, fait connaître les violences policières par ses bandes dessinées (lire ici). "Partout ailleurs, les mêmes causes engendrent les mêmes effets et les mêmes conséquences. Du fond de son quartier populaire de Bruxelles, Adil en a tragiquement fait les frais. Son affaire, véritable scandale comme les Belges savent parfois en créer, commence à faire un peu de bruit. A nous tous de faire en sorte qu'elle ne retombe pas tout aussi vite dans l'oubli."

Scandalisé par l'histoire du Bruxellois Adil, 19 ans, arrivée en même temps quasiment que celle d'un motard français grièvement blessé par la police,, Remedium a traversé la frontière et reconstitué ce funeste après-midi. Voici ce nouveau "Cas de force majeure". Pour qu'on n'oublie pas Adil, ni ceux et celle dont la mémoire est perpétuée dans ces "Histoires de violences policières ordinaires", Cédric, Zineb, Ramatoulaye, Sofiane, Houssam, Mohamed.




















jeudi 23 avril 2020

A 15 heures, lire 15 minutes avec les enfants

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque21

Dessin de Anne Herbauts.

Bizarre impression aujourd'hui, 23 avril, jour de la Sant Jordi où la librairie indépendante est en fête - même si la fête est souvent différée en pratique au samedi suivant - (lire ici) et que toutes les librairies sont fermées. Pas d'opération "Un livre, une rose" en 2020. La faute au coronavirus. J'espère qu'on se rattrapera plus tard. Je l'espère surtout pour les librairies.

Demeure, malgré le confinement et dans une version revue,  l'opération "Tout le monde lit!", organisée par les éditeurs jeunesse belges et soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui lance cette invitation:

"En cette période de confinement, voyageons et évadons-nous avec la lecture!
Peut-être le faites-vous déjà tous les jours.
Que ce soit le cas ou pas, nous vous invitons à vous poser 15 minutes avec nous ce jeudi 23 avril à 15 heures pour lire 15 minutes avec votre ou vos enfant(s).
Offrez-vous ce moment d'évasion, de complicité, de calme, de découvertes...
Et partagez avec nous votre lecture: qu'aurez-vous lu, ce 23 avril à 15h?
Dites-le-nous en commentaire!
Le plaisir de lire commence ici!"

A suivre cet après-midi sur la page Facebook de "Tout le monde lit!" (ici) ou sur sa page Instagram (ici), et bien entendu chaque fois qu'il vous plaira. Aussi sur le site de l'opération (ici).



mardi 21 avril 2020

Coronadessiner sur les fenêtres à Gand

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque20

Temps de dessiner aussi dans ce cas. Et de regarder.

Kristien Aertssen pour son petit-fils.

Géniale initiative que celle de Hanne Deceuninck, une jeune Gantoise qui a invité une vingtaine de ses amis artistes confinés à dessiner sur leurs fenêtres à front de rue afin de rendre la quarantaine Corona de tous un peu plus réjouissante. "Une action pour se surprendre dans cette période bizarre, émouvante, exceptionnelle", note-t-elle.

Le projet fait tache d'huile et toute une série de dessins ont déjà été réalisés. Joyeux, sensibles, vivants surtout!

Quelle superbe idée que cette performance artistique gantoise. Non seulement, cela donne une autre dégaine aux fenêtres de la ville mais en plus, ce peut être une expérience personnelle pour les artistes. Ainsi l'illustratrice jeunesse Kristien Aertssen (lire ici) a décoré les fenêtres de la maison où habite son petit-fils qu'elle ne peut plus prendre dans ses bras à cause du confinement. D'autres ont crayonné leurs propres carreaux, au rez-de-chaussée ou aux étages. D'autres encore les vitrines d'un café ou d'un lieu où ils ont leurs habitudes. Autant d'initiatives réjouissantes.

@Quarantekening.

Le projet s'intitule Quarantekening, la langue flamande permettant le jeu de mot entre "quarantaine" et "tekening" (dessiner). Il est ouvert à tous moyennant quelques consignes.

  1. Créer un dessin de fenêtre et y mentionner @quarantekening
  2. En partager une photo sur Instagram ou Facebook
  3. Identifier @quarantekening et mentionner #quarandrawing et la rue dans la publication

Quelques exemples.


Au travail, à Eeklo.
Eeklo, dessin fini.



Au travail, à Gand.
Gand, travail fini.















Gand.


Plus d'infos sur la page Facebook (ici) et le compte Instagram (ici) de Quaranteking.
Ou par un mail à quarantekening@gmail.com.

En plus, une carte (ici) permet de retrouver les fenêtres dessinées.

Et si cette formidable expérience faisait des petits dans d'autres villes?






lundi 20 avril 2020

Adresse au père et à la mère patrie

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque19

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Edouard Louis. (c) Sarah Trillet.

Dans un précédent roman, "En finir avec Eddy Bellegueule" (Seuil, 2014; Points, 2015), Edouard Louis s'insurgeait contre la brutalité du monde de son enfance et nous dressait le portrait sans concession de parents violents noyés dans l'alcool, le racisme et l'homophobie.


Dans le texte court, "Qui a tué mon père" (Seuil, 90 pages, 2018; Points, 2019), il revisite l'histoire en déplaçant radicalement la focale. En partant de ce qui n'a pas eu lieu entre lui et son père, il explore une nouvelle piste de compréhension et retrace le parcours de cet homme d'origine modeste, les exclusions sociales successives qu'il a subies et auxquelles il a consenti presque "naturellement", jusqu'à en sortir broyé et privé de son propre corps.

En parallèle, Edouard Louis dénonce les inégalités profondes d'une société partagée entre une fraction de la population valorisée et soutenue et l'autre vouée aux plus humiliantes persécutions et dont la raison d'être se réduit à un rôle de chair à produire. Un système consacré et qui se perpétue grâce aux politiques qui se succèdent depuis plusieurs décennies en France.
"Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l'intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond que le racisme est l'exposition de certaines populations à une mort prématurée."
"Tu appartiens à cette catégorie d'humains à qui la politique réserve une mort précoce."
Edouard Louis s'adresse ainsi à la fois au père et à la (mauvaise) mère patrie. En éparpillant ses souvenirs devant lui, il parle de la France d'aujourd'hui et dénonce. Il s'efforce de comprendre la manière dont les circonstances s'en sont prises au corps de son père, comment elles ont réduit son existence au conformisme le plus étriqué et fait surgir la crainte des différences, jusqu'au rejet de la féminité et le refus de s’émouvoir.
"Toi tu n'étais pas là. Tu n'avais même pas la bouche ouverte parce que tu avais perdu le luxe de l'étonnement et de l'épouvante, plus rien n'était inattendu parce que tu n'attendais plus rien, plus rien n'était violent puisque la violence, tu ne l'appelais pas violence, tu l'appelais la vie, tu ne l'appelais pas, elle était là, elle était."
Adresse unique envers sa mère, qui ne semble exister dans ce récit qu'en coulisses, sans moins participer aux humiliations de l'enfance, si pas plus.

Edouard Louis évoque la manière dont la politique, si elle n'a aucun impact sensible sur l'existence des nantis, a sur d'autres l'effet de rétrécir les vies et rendre certains rêves et destins inaccessibles. Elle peut, comme ce fut son cas, s'insinuer au sein des familles et réduire ceux qui la subissent à l'état de captifs, dépouillés de tout désir de devenir autre chose que ce que leur dictent les convenances.

Edouard Louis relie ces contextes et conditionnements artificiels aux silences de son père, à sa violence, à l'expression impossible de ses attachements et de son amour pour un fils dont la féminité, insupportable miroir, était impossible à concevoir. Un père dont des pans entiers de vie sont restés atrophiés, étouffés par les oppressions imposées par sa condition sociale.
"L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique."
Dans ce huis clos à voix unique, Edouard Louis nous parle non seulement de la France d'aujourd'hui mais aussi et surtout de sa colère, du partage impossible de son amour avec un père brisé et de sa profonde tristesse mêlée à quelques bris de lumière - d'avoir entrevu ce qu'il aurait pu advenir de la vie de ce père et de n'avoir pas eu l'occasion de s'en nourrir. Il frappe juste et dur, mais il frappe aussi un sujet connu. S'il ouvre une réflexion plus large à propos de ce qu'il a vécu, en replaçant sa famille et son histoire dans un contexte socio-économique et politique, il revisite cependant une thématique rebattue.
"Tu as changé du jour au lendemain, un de mes amis m'a dit que ce sont les enfants qui transforment leurs parents, et pas le contraire. Mais ce qu'ils ont fait de ton corps ne te donne pas la possibilité de découvrir la personne que tu es devenu."
Replacé dans le contexte de ses précédents romans, "Qui a tué mon père" apparaît plus ambigu sur la posture que le romancier tient vis-à-vis de son père, sans pour autant être plus nuancé. Ce texte, que je ne parviens pas à situer, semble refléter une phase ultérieure du travail de compréhension et d'acceptation du romancier à l'égard de son histoire et il me laisse davantage le sentiment d'avoir assisté à la progression d'une thérapie. Ce qui est fort louable. Mais cela nous apporte-t-il réellement quelque chose sur le plan littéraire?


Pour lire en ligne le début de "Qui a tué mon père", c'est ici.



jeudi 16 avril 2020

Le décès, à 70 ans, de Luis Sepúlveda

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque18

Luis Sepúlveda.

On vient d'apprendre la mort ce 16 avril à Oviedo (Espagne), des suites du Covid-19, de Luis Sepúlveda. L'écrivain chilien était né né le 4 octobre 1949.Il a finalement succombé au virus, contracté lors d'un festival littéraire qui s'était tenu dans le nord du Portugal du 18 au 23 février. Il était hospitalisé depuis la fin février.

Homme de conviction, Luis Sepúlveda fut emprisonné au Chili de Pinochet. Amnesty International permet sa libération en 1977, après deux ans et demi de détention. Il commence par sillonner différents pays d'Amérique latine avant de s'installer en Europe en 1982, sans arrêter ses combats pour l'amélioration de la vie quotidienne et politique sur les continents sud-américain et africain. En Allemagne d'abord, puis à partir de 1996, dans le nord de l'Espagne.

Luis Sepúlveda est l'auteur du roman "Le Vieux qui lisait des romans d'amour" (traduit par François Maspéro, Métaillé, 1992). Son premier roman sera traduit en trente-cinq langues et lui apportera une renommée internationale. Il bénéficiera d'une superbe version illustrée par Miles Hyman. Mais pas que. On lui doit une vingtaine de romans, dont des romans noirs, et de récits publiés par les éditions Métailié, passant en poche dans la collection Points du Seuil. "Le vieux qui lisait des romans d'amour" (1992) bien entendu mais aussi "Le neveu d'Amérique" (1996), "Les roses d'Atacama" (2001), "Une sale histoire" (2005), "La lampe d'Aladin" (2009) ou encore "Histoire d'ici et d'ailleurs" en 2011. L'écrivain entretenait aussi des liens étroits avec le cinéma, rédigeant des scénarios, travaillant comme réalisateur, monteur, parfois producteur et même acteur.

Il est possible de lire en ligne le premier chapitre de plusieurs livres de l'auteur sur le site des Editions Métailié (ici, cliquer sur la couverture).





































Luis Sepúlveda est aussi l'auteur de cinq romans en littérature de jeunesse qui ont été magnifiquement illustrés par Joëlle Jolivet pour les quatre derniers et par Miles Hyman pour le premier.



"Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler"
illustré par Miles Hyman
traduit de l'espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié
Métaillé, 1996

Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l'aider à tenir ces promesses insolites. A travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et à la poésie.



"Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis"
illustré par Joëlle Jolivet
traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg
Métaillé, 2013

Max est l'humain de Mix et Mix est le chat de Max. Ils grandissent ensemble, ils sont amis pour de vrai. Lorsque Max part faire ses études, il emmène son chat bien-aimé. Max est souvent absent et Mix, devenu vieux et aveugle, passe de longues journées solitaires. Un jour un bruit suspect lui révèle la présence d'une souris mexicaine très sympathique, qu'il baptise Mex. La souris bavarde et trouillarde, raconte le monde à Mix, qui l'emmène en balade et lui donne un coup de main quand il faut atteindre la dernière étagère du placard.
Ils sont très différents mais entre le chat rêveur et la souris gourmande et volubile naît une amitié comme sait si bien les raconter Luis Sepúlveda.


"Histoire d'un chien mapuche" 
illustré par Joëlle Jolivet
traduit de l'espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié
Métaillé, 2016)

Le chien, prisonnier, affamé, guide la bande d'hommes lancée à la poursuite d'un Indien blessé dans la forêt d'Araucanie. Il a reconnu l'odeur d'Aukaman, son frère-homme, auprès duquel il a grandi dans un village mapuche. Le chien a vieilli mais il n'a pas oublié ce que lui ont appris les Indiens Mapuches: le respect de la nature et de toutes ses créatures. Il va tenter de sauver son frère-homme, de lui prouver sa loyauté aux liens d'amitié que le temps ne peut défaire.


"Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur"
illustré par Joëlle Jolivet
traduit de l'espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié,
Métaillé, 2017

Les escargots qui habitent le Pays de la Dent-de-Lion mènent une vie paisible, lente et silencieuse; ils sont à l'abri des animaux et, entre eux, s'appellent simplement "escargots". L'un d'eux pourtant trouve injuste de n'avoir pas de nom et voudrait aussi connaître les raisons de la lenteur. Contre l'avis de tous, il entreprend un voyage qui lui fera rencontrer un hibou mélancolique, une tortue pleine de sagesse, des fourmis très organisées.



"Histoire d'une baleine blanche" 
illustré par Joëlle Jolivet
traduit de l'espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié
Métaillé, 2019

Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l'horizon. Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l'homme vit dans un monde où tout bouge et, au xixesiècle, la chasse à la baleine se développe. La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab.

Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature. Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s'intègre dans l'ordre du monde, ce qu'elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu'elle protège. Enfin, c'est la mer qui nous parle.