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vendredi 1 décembre 2017

Dix histoires fortes pour enfants d'aujourd'hui

Parce que les enfants aiment aussi des histoires fortes, qui leur parlent d'eux, de ce qu'ils craignent ou de ceux qui les entourent.


La merveilleuse Dr Pépita de Kristien Aertssen. (c) Pastel.

Le docteur du cœur
Kristien Aertssen
l'école des loisirs
Pastel
32 pages

D'habitude, les quatre amis aiment jouer aux cartes à l'heure du thé. Mais ce jour-là, rien ne va pour eux. Ecureuil et Hérissonne souffrent d'un accident domestique, Ours s'endort tout le temps et Lapin a les oreilles qui tombent. Le loup, lui, éternel exclus, a mal au cœur. Heureusement, bientôt se font entendre dans la forêt un violoncelle et une flûte. Le signal du début des consultations du docteur Pépita qu'assiste son petit chien.

Trampoline sur le canapé, prescrit le Dr Pépita. (c) Pastel.
Robe rose, blouse blanche, la doctoresse n'a pas son pareil pour écouter ses patients lui raconter leurs souffrances. Installée dans son cabinet décoré de cœurs, elle compatit, soigne et complète ses remèdes adaptés à chaque malade de propositions étonnantes mais très efficaces. Les quatre joueurs de cartes et aussi le loup défilent tour à tour dans son cabinet. Autant de séquences exquises dont les images, bien plus disertes que le texte, s'avèrent délicieuses à détailler. Surtout quand le "docteur du cœur" prend part aux remèdes prescrits.

Cette belle joie de vivre s'interrompt le jour où seul résonne le violoncelle. Les cinq amis n'hésitent pas une seconde. Ils vont réconforter la pauvre Pépita endeuillée. Ils lui appliquent les remèdes dont ils ont bénéficié, écoute, empathie et chaleur. La séquence finale est du coup des plus drôles avec ses clins d'œil aux éléments précédents et l'album s'achève avec un nouveau qualificatif pour le loup.

Non seulement Kristien Aertssen déploie une très jolie histoire, toute en tendresse et en humanité, jamais nunuche, mais elle y instille de nombreux éléments singuliers et inattendus qui renforcent encore son attrait. A partir de 4 ans.



Retrouve-moi!
Anthony Browne
traduit de l'anglais par Camille Guénot
Kaléidoscope
40 pages

Poppy et Cyril n'ont pas le moral. Ils ont perdu leur chienne, Goldie. Pour se remonter le moral, le frère et la sœur décident de jouer à cache-cache. Cyril ira le plus loin possible dans les bois et Poppy, avec son joli cardigan coquelicot, le retrouvera. C'est parti.

Sauf que Poppy ne trouve pas Cyril dans ses cachettes habituelles et que ce dernier voudrait bien être découvert sans trop attendre. Surtout que les deux entendent séparément un bruit qui les effraie. Anthony Browne joue habilement avec la taille de ses images et celle de ses personnages. Plusieurs illustrations peuvent être posées sur le blanc de la page ou alors on voit une image unique s'étendre à bords perdus sur la double page. On aura bien sûr remarqué que l'auteur-britannique glisse des tas d'éléments bizarres dans les arbres de sa forêt, ce qui ne contribue pas à diminuer le suspense du récit. Ou qu'il joue sur les similitudes comme la pomme posée sur un tas de bûches et le pompon du bonnet de Cyril. Il y a tant à regarder dans son magnifique travail.

La fin sera heureuse. Encore plus de retrouvailles qu'attendu. Mais Anthony Browne garde une dernière surprise pour la conclusion, quand on découvre le lieu où habitent les enfants. Un très bel album à regarder, rêver et interpréter à partir de 4 ans.

"Il est allé super loin...", dit Poppy. (c) Kaléidoscope.



Puisque c'est ça, je pars!
Yvan Pommaux
couleurs de Nicole Pommaux
l'école des loisirs
44 pages

Après de longs détours par divers albums magnifiques dans les veines historique ("La Commune", "Nous, notre Histoire"), sportive ("Passe à Beau") ou  relative à la mythologie et aux textes anciens ("Troie", "Ulysse", "Œdipe", "Thésée", "Orphée"), voilà Yvan Pommaux qui renoue avec l'album "classique", dix-sept après "L'île du Monstril".

Très agréable découverte que cet album qui traite de la relation entre Norma et sa mère, à l'heure actuelle, avec smartphones etc. L'histoire commence dans un parc citadin. Norma joue dans le bac à sable avec Jojo, son singe en peluche. Elle joue, elle imagine ceci et cela, sans savoir nécessairement qu'elle est raccord avec le livre que lit sa mère.

Le climat se gâche quand retentit le maternel signal du départ. Norma ne l'entend pas mais quand elle est prête, sa mère est au téléphone et plus pressée de partir du tout. Elles se prennent le chou et Norma annonce: "Puisque c'est ça, je pars!" Et elle le fait! Tout de suite, elle rencontre son pote Félix, qui souffre du même mal, une mère trop occupée par mille choses pour regarder son enfant.


Quitter le parc ou téléphoner? (c) l'école des loisirs.

En format à l'italienne, l'album nous emmène dans les pérégrinations du duo, pleines de péripéties et même de magie, entre animaux sauvages et peintres de fresques, entre robots sauvages et bateau sauveur, entre carpes et sirènes. Une aventure qui a sans doute déplu à Jojo. Le singe est parti de son côté lui aussi.Les enfants progressent dans des décors impressionnants où on repère divers éléments du parc, mais transformés.  Bref, tout va mal, surtout quand les enfants réalisent qu'ils se sont perdus. Le terrible périple se terminera cependant bien et tout le monde se promettra de prendre davantage soin de l'autre.

Si le texte est relativement court et facile à lire, les images donnent toute sa richesse à cette aventure contemporaine où nous entraîne l'auteur-illustrateur. On dirait que dans cet album, il s'est vraiment lâché, convoquant notamment un de ses démons, l'informatique, pour le plus grand bonheur de cette histoire rocambolesque qu'on suit avec le plus grand des plaisirs. Lui qui voulait voir s'il pouvait faire un livre en se lançant au hasard, sans plan préalable, peut être rassuré. Il a toujours la patte! A partir de 5 ans.



L'histoire de la petite maison
qui recherchait des habitants
Piret Raud
traduit de l'estonien par Olek Sekki
Rouergue
32 pages

En général, on cherche une maison où habiter. Ici, une petite maison cherche un occupant. Elle est triste d'être seule et vide. Un jour, elle transforme les roses de sa façade en roues et s'en va prospecter. "Merci, mais non!", lui répondent tous les animaux qu'elle croise. Ils ont tous déjà une maison, pas toujours idéale, mais c'est la leur, et ils souhaitent la conserver. Cela donne l'occasion de très jolies et amusantes séquences illustrées où la petite maison se transforme pour mieux séduire un éventuel habitant: des charcuteries lui poussent pour le chien, un bateau la fait flotter pour le poisson, des brindilles l'aménagent en nid douillet pour l'oiseau.

"Merci, mais non!", dit l'oiseau à la petite maison. (c) Rouergue.

Mais la petite maison n'a aucun succès. Même Jim le vagabond ne veut pas d'elle! Le soir tombe et la maison est de plus en plus triste. Elle se met même à pleurer. Elle entend une voix qui tente de la réconforter mais ne voit personne. Un autre solitaire plein de larmes. Elle va l'accueillir, cet habitant extraordinaire et ils vivront merveilleusement ensemble.

Un superbe travail graphique, technique du point et aquarelle, pour une histoire entre poésie et philosophie, décalée mais qui permet d'aborder les questions de la solitude et du vivre ensemble. A partir de 5 ans.



L'abri
Céline Claire
Qin Leng
Bayard
48 pages

Que faire quand la tempête s'annonce, que chaque famille d'animaux de la forêt se prépare pour s'enfermer bien au chaud et qu'apparaissent dans la brume deux étrangers perdus et frigorifiés? Ils frappent aux portes, proposent un peu de thé en échange d'un moment au chaud, de quelques biscuits, d'un peu de calme. Chaque fois, ils se font remballer avec des arguments dont les images montrent qu'ils sont faux. Quand la méfiance règne...

La famille Renard erre dans le froid de la nuit. (c) Bayard.
Le seul à se soucier des inconnus est Petit Renard qui apporte à Grand Frère et Petit Frère une lampe-tempête. La neige se met à tomber, ce qui enchante les deux ours qui savent comment se mettre à l'abri. Ce qui n'est pas le cas de la famille Renard, obligée de sortir car son toit a plié sous le poids de la neige. Où vont-ils aller dans le froid? Tiens, une lumière brille sur la colline et une bonne odeur de thé se répand dans l'air. Ce sont bien sûr les deux étrangers qui ont construit un igloo de fortune et y accueillent volontiers les naufragés de la nuit noire.

De douces aquarelles portent cette histoire de partage et de pardon au-delà des préjugés. Qui montre aussi que celui qui est chanceux aujourd'hui est celui qui aura peut-être besoin d'aide demain. A partir de 4 ans.



Le partisan
Maurizio A.C. Quarello
Editions des Eléphants
collection "Mémoire d'éléphant"
96 pages

Cette magnifique bande dessinée muette raconte en six chapitres les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale dans l'Italie fasciste, quand le grand-père de l'auteur, Maurizio Damarco,  rejoint la résistance et que son épouse, Maria Siccardi, fait face aux soldats allemands. Les images à l'aquarelle montrent de manière éloquente une embuscade nocturne, l'arrivée de deux soldats allemands affamés dans une ferme, la résistance, l'arrivée du printemps, le maquis et la libération. Tout est dans les scènes et dans les regards, montrant l'humain au-delà des étiquettes politiques. La peur bien entendu, l'amour, la défense de la patrie, les valeurs, la haine mais aussi le désespoir et la détresse avant la joie et les émotions des retrouvailles.

Deux soldats allemands arrivent. (c) Editions des Eléphants.
Les heurts se multiplient. (c) Editions des Éléphants.
Une page historique clôture ce très bel album, qui explique l'Italie de l'époque. Peut-être aurait-elle dû être en amont du récit graphique. Mussolini a été destitué en 1943 et l'armistice signé. Mais Hitler a fait délivrer Mussolini qui a créé la République de Salò, fasciste elle aussi.
On est à la toute fin de l'année 1944 quand l'album s'ouvre. Les embuscades contre les nazis et les fascistes se multiplient, les rafles et les exécutions de partisans en représailles aussi. Le printemps voit l'affaiblissement des nazis et des fascistes qui aboutira le 25 avril 1945 à la Libération.

Autant de faits historiques qu'évoquent avec pudeur ce superbe album pour ne pas oublier. A partir de 11-12 ans.



Ville bleue ville jaune
Ljerka Rebrovic
Ivana Pipal
Alice jeunesse
collection "Histoires comme ça"
32 pages

Peindre à en perdre la raison, tel pourrait être le résumé de ce très bel album sur les conflits frontaliers par exemple ou sur tous les autres conflits dénués de sens en général, où les belligérants se montent butés jusqu'à la plus extrême bêtise tant qu'un élément extérieur ne les arrête pas.

Deux villes amies ne se doutent pas de ce qui les attend. (c) Alice Jeunesse.

Le récit est porté par de dynamiques illustrations sur double page à bords perdus. Tout va bien dans ce petit coin du monde. Une rivière sépare la Ville bleue où l'on fabrique des parapluies de la Ville jaune où l'on confectionne des chaussures. Un pont en bois réunit les deux rives et permet aux habitants qui sont souvent amis de se rendre en face. Pourquoi ces villes portent-elles ces noms? On n'en sait rien car tout y est multicolore de part et d'autre. Mais on verra vite à quoi peut servir un nom.

On le verra précisément le jour où il faut repeindre le pont en bois. Les enfants ont proposé de "jolies couleurs". Les habitants ne les ont pas écoutés. Ils se sont tellement peu entendus entre eux qu'ils ont peint la moitié du pont en jaune et l'autre moitié en bleu. De quoi mécontenter tout le monde. S'en suit une incroyable escalade dans l'identification par le bleu ou par le jaune. On peint et on repeint chez soi. On se restreint à une seule couleur pour tout. On va peindre en cachette chez le voisin d'en face. On se dispute et on s'engueule. On pousse l'absurde à l'extrême. Pour le lecteur, c'est à la fois cocasse et extravagant, surtout que les images sont bien expressives.

Le fond sera atteint lors d'une bagarre avec les pots de peinture. Tout le monde devient vert. Qui est désormais l'ennemi? Cette première étape sera suivie d'une autre, encore plus radicale: une pluie qui dilue toutes les couches de peinture superposées et restaure les deux villes dans leurs couleurs originales. "Les habitants des deux rives étaient honteux de ce qui s'était passé, et contents que tout soit terminé." Et le pont, me direz-vous? Hé bien, raison ayant été retrouvée, la solution proposée par les enfants a été approuvée.

Conçu en Croatie, l'album "Ville bleue ville jaune" traite par une belle dérision des rivalités débiles et insensées qui rendent la vie pénible à petite ou à grande échelle. A partir de 4-5 ans.



Le renard et l'étoile
Coralie Bickford-Smith
traduit de l'anglais par Marie Ollier
Gallimard Jeunesse
64 pages

Une couverture un peu austère malgré son bel orange de feu abrite une création fort intéressante du point de vue graphique. C'est le premier album d'une graphiste des Editions Penguin, nous dit-on. Une graphiste qui voue une grande admiration, à juste titre, à William Morris, typographe de talent, aisément reconnaissable dans son travail. Son autre inspirateur est le poète William Blake. Pas mal.

En format broché souplé, son histoire est celle d'un Renard solitaire qui a trouvé en son unique amie, l'Etoile, un guide quotidien. Elle illumine son chemin chaque nuit dans la forêt. Le soir où elle ne brille plus, Renard se retrouve très seul. Apeuré, il se réfugie dans sa tanière. Il finira par en sortir, l'appétit le titillant, et se mettra en quête de son étoile. Une recherche qui lui fera découvrir un superbe ciel étoilé et lui donnera confiance en lui.

Des jeux graphiques au service de l'histoire. (c) Gallimard Jeunesse.

Cette histoire de résilience vaut terriblement par son graphisme sur doubles pages. Différents tons de gris campent les atmosphères nocturnes dans la forêt où évolue le héros, aidé par son amie. Quand celle-ci s'éteint, le gris se fait plus foncé. On n'y voit plus les traces d'orange qui le réveillait précédemment. Ces pages sombres alternent avec celles où Renard étale majestueusement sa fourrure de feu. Avec d'autres aussi qui jouent véritablement avec le texte, faisant apparaître ici des lapins, posant là Renard dans un petit coin, ou jouant tout simplement avec la forme des arbres et des étoiles. Un album très réfléchi mais pas du tout pesant pour autant, bien au contraire. A partir de 4 ans.

Le début de l'album peut être feuilleté ici.



Un tout petit silence bleu
Alain Serres
Sandra Poirot Cherif
Rue du Monde
48 pages

A l'école, on joue, on s'amuse, on crie. Dans la rue, sous la pluie, on râle, on crie, on fait du bruit. Au centre-ville, on klaxonne, on pétarade, on fait du bruit. Même la plage n'est pas épargnée par de tonitruants hélicos. Entre ces doubles pages colorées et assourdissantes, on découvre celles sur fond blanc où Joan nous explique sa collection de silences. Il les détaille un par un jusqu'au tout petit silence bleu du titre. Un contraste saisissant qui donne envie de cultiver les instants de calme et de sérénité. A partir de 4 ans.

La ville. (c) Rue du Monde.

Joan et les bulles de silence des poissons rouges. (c) Rue du Monde.



Ici
Gaëtan Dorémus
La ville brûle
88 pages

Ovni terriblement intéressant car reflétant notre monde que cet album où Gaétan Dorémus a dessiné à la craie dans les rues d'une ville et qu'il a pris des photos de ce street art originale. Cela donne une succession de microrécits écrits et dessinés à la craie dans leur contexte urbain.

Ajouter une légende
Un homme, "il", et une femme, "elle", se côtoient dans cet espace urbain. Ils commentent les petits riens et posent aussi de sérieuses questions sur la vie en ville, du déterminisme social à la gentrification en passant par la confrontation au regard des autres (et à la vidéosurveillance), la nostalgie, la solitude, la nature, le bruit...

Il y a à la fois un côté désabusé dans ces cours récits et une interrogation politique sur la nouvelle place de l'humain. Et de l''humour, plutôt mordant. Car cette appropriation à la craie des espaces de la ville est aussi une invitation graphiquement joyeuse et joyeusement graphique à tâter de nouveaux lieux de culture. Pour les plus grands, sans limite d'âge.



Trois doubles pages d'"Ici". (c) La ville brûle.





jeudi 6 octobre 2022

Papa Roi et roi des papas

A la recherche du roi des papas. (c) l'école des loisirs/Pastel.

Avec ses personnages en médaillon sur la couverture, le très réussi nouvel album de Kristien Aertssen, "Mon papa roi" (l'école des loisirs, Pastel, 40 pages) rappelle irrésistiblement le premier album jeunesse qu'on ait eu d'elle du côté francophone, "La reine des bisous", paru chez le même éditeur il y a... vingt ans. Si elle est parfaitement bilingue néerlandais-français, l'auteure-illustratrice belge est née à Anvers et vit à Gand. La lecture de ce pendant masculin montre combien les deux titres forment un diptyque même s'ils se lisent sans problème séparément.
Dans "La reine des bisous", une reine débordée envoie sa fillette en mal de câlins chez la "Reine des bisous". Les univers de la mère et de la fille sont adroitement mis en scène par un judicieux parallélisme de leurs actes. La petite princesse fait durant une journée le tour des reines, celle des gâteaux, celle des chats, celle des jouets, celle des fleurs... à la recherche de celle qui lui procurera les baisers escomptés. De son côté, la reine se sent seule durant l'absence de sa fille. Elles découvriront bien entendu en finale qui est la reine des bisous. Un album ingénieux au graphisme tendrement naïf, dès 3 ans.

Passées d'éloquentes pages de garde montrant la belle relation entre un père et un fils, l'album "Mon papa roi" voit un petit prince interroger son père à barbichette et jolie moustache: "Tu es le roi de quoi?" "Je suis un roi tout court, un papa roi" est la réponse paternelle. Aussitôt elle fait germer chez le fiston l'idée "Est-ce que tu connais le roi des papas?" et chez le père perplexe celle de partir en excursion à la recherche de ce fameux roi des papas. 

Père et fils vont se lancer dans un très plaisant road-movie d'un jour également, admirablement construit. Ils vont successivement rencontrer plusieurs personnages masculins, adeptes de disciplines comme le vélo, le bricolage, la natation, la cuisine... Les entourages respectifs de ces derniers les considèrent chaque fois comme le roi de leur spécialité. Mais pas comme le roi des papas. Les visites qui s'enchaînent habilement font reconnaître au papa roi qu'il ne sait rien faire comme ceux avec qui lui et son fils lient connaissance. Il n'a même jamais rien fait de tout cela. Mais il apprend volontiers tout en cherchant toujours à localiser le roi des papas. On savoure les épisodes du scénario, le changement constant de moyen de locomotion, l'accumulation des cadeaux reçus en cours de route, la combinaison fréquente d'animaux et d'humains, la découverte d'univers joyeux et attrayants. Mais la nuit tombe et le roi des papas n'a toujours pas été identifié. C'est alors que Kristien Aertssen renverse la vapeur pour donner toute sa place au papa roi dans une finale aussi réussie qu'attendrissante.

Tout au long des péripéties de ce formidable voyage, on admire et on savoure les illustrations expressives riches de mille détails judicieux à observer. Faune, flore, humains, tout est beau, vif, malicieux parfois, réjouissant toujours, dans ce style graphique propre à l'artiste, entre arts naïf et primitif et dessin d'enfant, parfaitement maîtrisé. La scène de la soirée est une réussite totale. Vive "Mon papa roi", pour les enfants de 4 ans et plus.

Rencontre avec le roi du bricolage. (c) l'école des loisirs/Pastel.



mardi 21 avril 2020

Coronadessiner sur les fenêtres à Gand

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque20

Temps de dessiner aussi dans ce cas. Et de regarder.

Kristien Aertssen pour son petit-fils.

Géniale initiative que celle de Hanne Deceuninck, une jeune Gantoise qui a invité une vingtaine de ses amis artistes confinés à dessiner sur leurs fenêtres à front de rue afin de rendre la quarantaine Corona de tous un peu plus réjouissante. "Une action pour se surprendre dans cette période bizarre, émouvante, exceptionnelle", note-t-elle.

Le projet fait tache d'huile et toute une série de dessins ont déjà été réalisés. Joyeux, sensibles, vivants surtout!

Quelle superbe idée que cette performance artistique gantoise. Non seulement, cela donne une autre dégaine aux fenêtres de la ville mais en plus, ce peut être une expérience personnelle pour les artistes. Ainsi l'illustratrice jeunesse Kristien Aertssen (lire ici) a décoré les fenêtres de la maison où habite son petit-fils qu'elle ne peut plus prendre dans ses bras à cause du confinement. D'autres ont crayonné leurs propres carreaux, au rez-de-chaussée ou aux étages. D'autres encore les vitrines d'un café ou d'un lieu où ils ont leurs habitudes. Autant d'initiatives réjouissantes.

@Quarantekening.

Le projet s'intitule Quarantekening, la langue flamande permettant le jeu de mot entre "quarantaine" et "tekening" (dessiner). Il est ouvert à tous moyennant quelques consignes.

  1. Créer un dessin de fenêtre et y mentionner @quarantekening
  2. En partager une photo sur Instagram ou Facebook
  3. Identifier @quarantekening et mentionner #quarandrawing et la rue dans la publication

Quelques exemples.


Au travail, à Eeklo.
Eeklo, dessin fini.



Au travail, à Gand.
Gand, travail fini.















Gand.


Plus d'infos sur la page Facebook (ici) et le compte Instagram (ici) de Quaranteking.
Ou par un mail à quarantekening@gmail.com.

En plus, une carte (ici) permet de retrouver les fenêtres dessinées.

Et si cette formidable expérience faisait des petits dans d'autres villes?






mercredi 4 mars 2020

Un éléphant et rien d'autre

"N’aimerais-tu pas avoir un petit animal de compagnie?" (c) l'école des loisirs/Pastel.

Dans son nouvel album jeunesse, Kristien Aertssen joue avec les rengaines de l'enfance. Avec "Je veux un éléphant" (L'école des loisirs, Pastel, 40 pages), l'auteure-illustratrice belge renverse la sollicitation traditionnelle de l'enfant à ses parents: "Je peux avoir un animal?" Ici, ce sont les parents qui demandent à leur petite fille Elisa, grande collectionneuse d'animaux en peluche, si elle ne désire pas avoir un animal de compagnie.

Et ils lui font des tas de propositions: un joli poisson comme Papy, un oiseau, un lapin, un petit chien, etc. Mais chaque fois, Elisa répond: "Non, je veux un éléphant!" Comme sa peluche préférée mais en vrai. Et c'est là que l'album prend son envol et dévoile tout son charme. Grâce à un système de rabats, l'artiste montre d'abord la situation proposée et ensuite, le rabat ouvert, la même situation transposée avec un vrai éléphant. Rose de surcroît! On le voit ainsi compagnon de bain, élève en classe, acrobate de cirque, musicien et encore dans d'autres situations qu'Elisa imagine avec beaucoup d'esprit et qui sont dessinées de manière charmante. Jusqu'à la finale complètement inattendue où la petite fille explique la raison de son souhait, retournant cette fois à sa façon à elle la notion d'animal de compagnie.

Rabat fermé. (c) l'école des loisirs/Pastel.

Rabat ouvert. (c) l'école des loisirs/Pastel.

"Je veux un éléphant" joue magnifiquement sur le rapport texte-images et propose une vision enchantée, superbement dessinée, d'une idée d'enfant. On imagine facilement le plaisir que suscitera cette lecture fraîche, joyeuse et fantaisiste chez les enfants dès 2,5/3 ans. Et des albums comme ça, on en veut encore.

Pour lire le début de "Je veux un éléphant", c'est ici.

Kristien Aertssen est annoncée le dimanche 8 mars à la Foire du livre de Bruxelles.

mardi 14 mars 2023

Escapade bolognaise en 60 photos

L'entrée.

Après deux éditions en ligne en 2020 et 2021, pour cause de confinement et de covid, une année light en 2022 vu les restrictions sanitaires coupant les ailes aux voyageurs éloignés, la Foire du livre pour enfants de Bologne s'est tenue en majesté du 6 au 9 mars. Une soixantième édition qui a confirmé le côté rock de la Bologna Children's Book Fair. "Still rocking at 60!" était le slogan répété à juste titre ci et là. On ne mégotera pas sur le fait qu'une soixantième édition ne signifie pas avoir 60 ans. Cela, ce sera l'an prochain.

Une foule d'artistes invités ont été conviés, dont Albertine Zullo, Beatrice Alemagna, Rotraut Susanne Berner, Marc Boutavant, Rébecca Dautremer, Laura Carlin, Suzy Lee, Nicholas Jubber, Katsumi Komagata, David Levithan, Manuel Marsol, Sarah Mazzetti, Hasan Mousavi, Fabian Negrin, Elena Odriozola, Martin Salisbury, Alessandro Sanna, Axel Scheffler, Susanna Tamaro et Klaas Verplancke. Mais on a vu aussi au hasard des stands Katsumi Komagata, Sven Nordqvist, Kitty Crowther, Olivier Tallec, Ingrid Godon, Kristien Aertssen, Bart Moeyaert, Sergio Ruzzier...

1964-2023, 60e édition.

Exposition "Landscapes and Portraits of BCBF" (Paysages et portraits de la BCBF)
où différents artistes sélectionnés au cours des dix dernières années pour
l'Exposition des illustrateurs étaient invités à créer un lieu ou un visage
symbolisant pour eux Bologne ou la Foire du livre.

Si, classiquement, l'édition 2023 avait un pays invité d'honneur, la Grèce en l'occurrence, et proposait de nombreuses expositions dont celle des illustrateurs, les rencontres au Café des mêmes et aussi ailleurs, leur mur, l'espace pour les agents littéraires et une attention spéciale à l'Ukraine, elle ouvrait aussi des pistes vers l'édition adulte avec BookPlus et le marché des produits dérivés sans oublier l'attention portée aux traducteurs.

Annonce de l'exposition ukrainienne.


Au stand grec.


La librairie de la Foire.

Autres nouveautés, l'apparition d'une librairie avec les ouvrages primés et la présence de nombreux auteur.e.s/illustrateur.trice.s de tous pays dédicaçant à tour de bras leurs livres sur le stand de leurs éditeurs italiens, vu l'ouverture de la Foire au public local. Curieux dans une foire professionnelle mais pourquoi pas?

La Belge Kristien Aertssen au stand Babalibri.

Changements dans la ville de Bologne aussi, aux si belles couleurs d'ocre orangé, investie par de nombreux vélos et quelques trottinettes: l'éclosion de multiples ateliers de réparation de vélos, la restauration de beaucoup d'édifices anciens et, hélas, la disparition d'une série de vieux magasins et bars traditionnels au profit des chaînes du commerce mondialisé. Heureusement pas partout. Si on s'éloigne un rien du centre, on trouve toujours le café à 1,20 € et le cappuccino à 1,50. Avec son verre d'eau.


Cette couleur de murs...
Bus, piétons, cyclistes.


















Quelques chiffres
Avancée d'un mois par rapport à l'habitude, pas encore de fraises mais les magnolias et les clématites en fleurs, la Foire 2023 a accueilli 1.456 exposants en provenance de 90 pays. Elle a comptabilisé 28.894 visiteurs professionnels (+35% par rapport à 2022, confirmant le chiffre de 2019, dernière année avant la pandémie). Parmi eux, 750 journalistes, dont 35% venus de l'étranger, de 33 pays, actifs en culture mais aussi dans d'autres secteurs.
En augmentation aussi de  25% par rapport à 2019, les 325 événements organisés à la Foire, à majorer des 260 événements organisés par les exposants sur le salon et en ville.


Les stands belges
"Lisez-vous le belge", le stand collectif belge de WBI (Wallonie-Bruxelles International) accueille cinq maisons d'édition, Cotcotcot éditions, A pas de loups, Esperluète éditions, Kate'Art Éditions et Versant Sud Jeunesse, dont toutes les éditrices se sont dites enchantées des contacts pris durant la Foire. Pastel s'est logiquement installé sur le stand de l'école des loisirs et satellites. Alice Jeunesse et Mijade ont préféré avoir un stand chacun au milieu des éditeurs américains.
Les éditeurs flamands sont bien entendus présents aussi, ils le sont depuis longtemps.

Le stand Wallonie-Bruxelles International. (c) WBI.


L'album primé aux BRAW (BolognaRagazzi Awards), en catégorie Opera Prima (Première œuvre), "Mariedl", de Laura Simonati (Versant Sud Jeunesse, lire ici).







Les autres stands
Curieuse balade dans les allées d'une foire professionnelle où les stands les plus tape-à-l'œil de maisons d'édition, je ne parle même pas de ceux de Disney, Hasbro ou Barbie, côtoient les plus sobres. Ceux dont on reconnaît la bannière de loin, pour l'avoir déjà vue plus de trente ou quarante fois. Ainsi en est-il par exemple des britanniques Andersen Press ("Elmer") et Walker Books. Quelques affiches, des tables, des chaises et des livres. 
Comment regarde-t-on les albums, les centaines d'albums, les milliers d'albums proposés au fil des allées quand le regard a déjà été émoussé par des décos au design criard? Gare à l'indigestion de couleurs.

Andersen Press.

Le petit ours de Walker Books.


Quelques stands collectifs.

Taïwan.

Croatie.

France.

Hong Kong.

Ukraine.

Moins d'éditeurs africains que d'habitude.


Ailleurs, des stands plus chamarrés.

Mur de fausses briques.

La force des chiffres.

Jaune, yellow, giallo.

Plantes en plastique.

Découpages.


Les BOB
The Old Lion Publishing House
(Ukraine).
Les gagnants de l'édition 2023 des meilleurs éditeurs de l'année, répartis géographiquement, sont:
  • Afrique: Trinta Zero Nove (Mozambique)
  • Asie: Wonder House Books (Inde)
  • Europe: The Old Lion Publishing House (Ukraine)
  • Amérique du  Nord: La Courte Échelle (Canada)
  • Amérique du Sud et centrale et Caraïbes: Editorial Amanuta (Chili)
  • Océanie: Magabala Books (Australie)



Les hommages
Chaque matin a débuté au Café des illustrateurs par un hommage réalisé grâce au passionnant Fonds Sergio Silva (ici), du nom d'un juré du Prix graphique de la Foire du livre pour enfants de Bologne entre 1973 et 1983, ayant rassemblé et conservé 900 albums de cette époque dont les couvertures sont en ligne (ici). Une mine d'or pour le patrimoine littéraire jeunesse.

Sergio Ruzzier à propos de "Rosie" de Maurice Sendak
et son interprète. 

Première traduction
française en 1980.
Successivement ont été présentés Mitsumasa Anno, Tomi Ungerer - auquel a été dédié un mur de dessins complété d'heure en heure - par sa fille Aria, l'album "Rosie" de Maurice Sendak ("The Sign on Rosie's Door", 1960, traduit de l'anglais par Adolphe Chagot, l'école des loisirs, 1980; "Le secret de Rosie", traduit de l'anglais par Françoise Morvan, MeMo, 2018), par l'auteur-illustrateur italien créant en anglais Sergio Ruzzier, récipiendaire d'une bourse Sendak en 2011 et lauréat du prix de l'album drôle des récents prix IBBY Belgique francophone (lire ici). 



Le mur #rememberingtomi.


Et aussi, à d'autres moments, des hommages à Pierre Marchand (1939-2002), fondateur de Gallimard Jeunesse, ou à Květa Pacovská (1928-2023, lire ici). Cette dernière, dans une vidéo projetée, rappellait que "les enfants comprennent ce que j'ai voulu dire. Ils ne me demandent jamais pourquoi j'ai fait ceci ou cela. Je veux montrer la beauté aux enfants."

Hommage à Květa Pacovská.


Les expositions à la Foire

A l'Exposition des Illustrateurs,
Jeanne Macaigne, Jess Mahy...
et Marc Majewski, les élus de France.

















Exposition Suzy Lee, prix Andersen 2022
et auteure de la couverture du catalogue des illustrateurs.


Emotion de découvrir un dessin de Yan Nascimbene
(1949-2013) à l'exposition des illustrations anciennes
d'Italo Calvino, complétées par des artistes plus jeunes,
"Italian Excellence, Illustrations for Italo Calvino).


Le credo d'Italo Calvino.


"Volver a mirar" (Regarde encore) d'Andrés López,
illustrateur mexicain.


Artistes d'Ukraine.


Illustrer Gianni Rodari.


Le concours "Silent Book" (livre sans texte) qui n'était
absolument pas silencieux quand je suis passée,
jouxtant un espace de rencontres.


Juste à côté des "Silent Books", l'auteur de "Tous ensemble", figurant
dans l'incroyable bibliothèque BRAW (lire ici), Ximo Abadía,
explique son travail au public. Avec un micro.




Les expositions en ville










Magnifique et importante exposition de Beatrice Alemagna
proposant les originaux, de nombreux dessins inédits
et des surprises liées à ses albums.









Impressionnant travail de Rébecca Dautremer dans l'exposition
"Formidable", accrochée aux cimaises d'un palais ancien.


Deux anniversaires





La conférence IBBY

Partout des affiches pour le congrès qui fut passionnant.

"Finding a safe home in books", formidable titre qui se traduit mal en français, trouver un foyer sûr dans les livres, a donné lieu à la troisième conférence régionale organisée par IBBY Europe, questionnant les notions d'identité et de sécurité.

Chaque enfant a droit à un foyer sûr. Pourtant, partout dans le monde, les enfants sont souvent confrontés à des moments de doute, d'insécurité, de peur, de perte ou de menace. C'est là qu'intervient le pouvoir des histoires, car les livres peuvent offrir un abri, donner de l'espoir et créer une prise de conscience. Les histoires ont le potentiel de vous montrer que vous n'êtes pas seul et que d'autres sont dans la même situation. Les livres peuvent offrir des idées et des scénarios qui dépassent notre propre imagination, nous montrant un monde différent et, peut-être, meilleur.

Parce qu'IBBY s'engage pour le droit de chaque enfant à devenir lecteur, cette troisième conférence régionale européenne a envoyé un signal d'espoir en ces temps difficiles. La conférencière principale, la pédopsychiatre belge Winny Ang, a souligné l'importance des histoires pour le développement et le bonheur personnel d'un enfant. Ensuite ont été présentés des projets projets réussis en France (Bibliothèques du Centre d'Hébergement d'Urgence pour Migrants d'Ivry-surSeine), en Allemagne ("Parfois, je peins une maison pour nous", exposition menée par LesArt présentant le livre éponyme d'Alea Horst et Mehrdad Zaeri), en Irlande (La maison est là où se trouve le cœur. Livres d'images 3D expérimentaux de l'artiste 3D Irlandaise Margaret Anne Suggs en forme de nichoirs) et en Slovénie (Festival littéraire d'écriture engagée monté avec des jeunes et pour les jeunes). Différents auteurs en littérature jeunesse ont partagé leurs expériences, les Ukrainiens Andriy Lesiv et Romana Romanyshin, le romancier hollandais Edward van de Vendel et le romancier italien Fabio Geda, ces deux derniers ayant notamment publié des livres retraçant l'itinéraire de demandeurs d'asile afghans. 

Les organisateurs et les intervenants de la conférence IBBY.


Surprise et étrangetés 2023

Le formidable travail de l'association culturelle Hamelin de Bologne qui, outre son travail de sélection et de promotion de livres jeunesse de qualité, a organisé le festival Boom!, soit les expositions ayant lieu en ville pendant et après la Foire, "Le cose preziose. L'ostinata ricerca di Beatrice Alemagna" (Choses précieuses. La poursuite acharnée de Beatrice Alemagna), "FORMIDABLE. Rébecca Dautremer e il viaggio di Jacominus" (FORMIDABLE. Rébecca Dautremer et le voyage de Jacominus), "Tana libera tutti!" (Tanière libre tout le monde!) de Camille Jourdy et Lola Séchan, "Passeggiata con Sven" (Promenade avec Sven Nordqvist),  l'installation "Alice au pays des merveilles" de Suzy Lee, entre autres.


Croisé au hasard d'une allée, le stand dPictus (lire ici)
dont les murs s'illustrent de dessins de Kitty Crowther.





Une éditrice au travail.



















Nouveauté Harry Potter chez Bloomsbury.

"Oh!" l'album de Josse Goffin primé
à Bologne en 1992 en italien.

2024
La 61e édition de la Foire du livre pour enfants de Bologne se déroulera du 8 au 11 avril 2024 et mettra en vedette la Slovénie en tant que pays invité d'honneur.