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samedi 27 décembre 2014

Les miroirs que nous tend Béatrice Poncelet


Béatrice Poncelet affiche une superbe bibliographie, une bonne quinzaine d'albums en solo  depuis son entrée en littérature de jeunesse en 1980, même si elle-même préfère le terme de littérature:

  • "Dans la véranda", L'Art à la page, 2012;
  • "Non ou l'envol", Seuil Jeunesse, 2010;
  • "Le panier, l'immense panier", Seuil Jeunesse, 2008;
  • "Semer en ligne ou à la volée", Seuil Jeunesse, 2006;
  • "Les cubes", Seuil Jeunesse, 2003;
  • "Et la gelée framboise ou cassis", Seuil Jeunesse, 2001;
  • "Chaise et café", Seuil Jeunesse, 2000;
  • "Chez elle ou chez elle", Seuil Jeunesse, 1997;
  • "Chut elle lit", Seuil Jeunesse, 1995;
  • "Je, le loup et moi", La joie de lire, 1994;
  • "Galipette", Albin Michel, 1992;
  • "Fée?", Ouest-France, 1991;
  • "T'aurais tombé", Syros, 1989;
  • "Je pars à la guerre, je serai là pour le goûter", Centurion, 1985;
  • "Je reviendrai le dimanche 39", Albin Michel, 1983;
  • "Tiens un clou", La Farandole, 1980.

Des couvertures qui ont imprégné les rétines. Des titres qui résonnent toujours familièrement à l'oreille tant ces livres ont marqué leur temps - certains n'existent plus qu'en seconde main. Des albums qui ont accompagné les enfants. Chacun d'eux représente un immense travail, on sait l'exigence de la créatrice envers elle-même. Mais quel bonheur de la donner à connaître au jeune public! Son œuvre à la fois poétique et philosophique donne à voir autrement le quotidien. Pratique l'osmose entre texte et images. Quoi de neuf chez elle aujourd'hui?

Aujourd'hui?  Béatrice Poncelet publie un magnifique album de grand format, "Miroirs" (Editions Thierry Magnier, 48 pages cartonnées), aux pages de carton satiné tellement doux qu'on a envie de les caresser. Dès la couverture, on retrouve son style graphique, mêlant peinture à l'ancienne et éléments contemporains, son humour qui fait apparaître son nom à l'envers, suite logique du titre choisi, également inversé, son sens de l'ellipse avec cette sardine et ce poisson rouge qui s'éloignent l'un de l'autre.

Miroir, mon beau miroir... Qui cherche-t-on dans ce reflet? Soi-même sans doute. Comme on peut aussi espérer se retrouver dans sa descendance, s'y prolonger. Le nez de?.. Les oreilles de?.. Les attitudes de?... Ce sont ces questions délicates de transmission et de personnalité propre qu'aborde Béatrice Poncelet dans ce superbe ouvrage faisant évidemment très largement référence à Lewis Carroll. La narratrice s'adresse à une interlocutrice qu'on va suivre à toutes les étapes de son enfance. Du bébé à l'ado! Avec cette supplique: qu'on la laisse être elle-même.


Les deux premières doubles pages de "Miroirs". (c) Ed. Thierry Magnier.

Les images glissent d'autres indices que le texte abondant, mais judicieusement disposé, dont des clins d’œil aux livres précédents. On voit plein de choses dans ces magnifiques doubles pages, à l'endroit et à l'envers dans les miroirs posés devant nous. Ou brisés. On en comprend d'autres, grâce aux éléments familiers qui entrent dans les images, balles bicolores ou corde à sauter,  ou à d'autres données, une page de "De l'autre côté du miroir", quelques briques Lego, des conques, un collier de perles, une basket posée sur les lettres détachées du mot "assez", une silhouette de Walt Disney qui a le même doigt peint en rouge comme une autre main vue précédemment...

Sans oublier tout ce qu'on mange dans ces discussions animées sur fond de tableaux anciens, Vélasquez, de Latour, Cézanne... Tout est à regarder chez Béatrice Poncelet au fil des saisons qui passent. Dont bien sûr les sardines qui traversent inlassablement les pages, de gauche à droite sauf en toute fin du livre où elles ont fait demi-tour et où la route vers la droite est désormais empruntée par des poissons rouges. Jusqu'à cette superbe image finale qui montre le chemin parcouru depuis la première page-image.


Quel beau livre que "Miroirs"! Que chacun interprétera bien sûr à sa guise.
Comment s'est-il fait? Au téléphone, Béatrice Poncelet m'annonce qu'elle espère devenir philosophe, l'âge venant. Mais je la retrouve pareille aux fois précédentes, énergique, exigeante, pleine de projets. Je découvre qu'elle est grande lectrice, entre un et quatre livres par semaine.
"Sans livre, c'est comme si le frigo est vide", me dit-elle.

J'ai eu un plaisir incroyable à faire ce livre. Je suis très exigeante avec moi-même et avec ceux avec qui je travaille aussi. Toute une équipe, dont une super graphiste, a fait en sorte que j'aie le livre que je voulais. Je suis contente du résultat, j'avais la hantise qu'il ne soit un livre-gadget. L'objet est réussi. Le papier et l'encre donnent envie de caresser les pages. Leur pliure est un élément des images. Dans cet album, j'ai voulu montrer et non raconter. Il concerne le quotidien, comme tous mes précédents.

Ce livre montre un parcours de vie. Je n'aurais pas pu le faire avant. Il s'inscrit dans la suite logique de mon travail. Même s'il est parfois difficile pour le lecteur adulte de ne pas trouver d'histoire. Le grand-parent se projette, se prolonge. Après, c'est halte-là! Un enfant est ce qu'il est. C'est un livre de constatations d'adulte à enfant et vice-versa.

Je suis compliquée, je le sais, mais il faut faire avec ce qu'on est, tout en ne se prenant pas au sérieux. Je considère que j'ai un seul lecteur. Je fais juste attention aux mots que j'utilise pour que les enfants comprennent bien.

Mon travail doit être irréprochable. On le doit aux enfants. L'enfance est la période la plus courte de la vie mais c'est celle qui marque le plus.


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