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jeudi 8 décembre 2016

Lectures quotidiennes pour Aslı Erdoğan

Aslı Erdoğan.

On le sait, l'écrivaine turque de 49 ans Aslı Erdoğan a été arrêtée à son domicile d'Istanbul durant la nuit du 16 au 17 août 2016, tout comme vingt autres membres de la rédaction du journal d'opposition "Özgün Güden" auquel elle collabore depuis plus de dix ans. Il y a déjà presque quatre mois de cela. Depuis, elle est toujours incarcérée à la prison pour femmes d'Istanbul et risque la prison à vie pour trois chefs d'accusation: "propagande en faveur d'une organisation terroriste", "appartenance à une organisation terroriste ", "incitation au désordre". Son procès devrait débuter le 29 décembre.

Que faire? La lire, la soutenir, lui écrire, parler d'elle...

Récemment, Aslı Erdoğan a diffusé une courte lettre pour remercier ceux qui, en Turquie, la soutiennent et manifestent devant la prison où elle est détenue.

"Cher(e)s ami(e)s,
 
Sous la pluie, vous êtes venu(e)s devant les portes de la prison, je suis très touchée. Je pense que je n'aurais pas pu le faire.Chaque jour qui passe à l'intérieur, est plus court, plus noir, mais je vais vous saluer avec une phrase que je viens d'apprendre: "On ne peut pas grimper sur les branches hautes de la réalité, avec désespoir."
Salutations, amitiés à toutes et à tous. Merci !"
Aslı Erdoğan
Prison de Bakırköy
28.11.2016


Née le 8 mars 1967 à Istanbul,  Aslı Erdoğan y vit toujours. Elle partage sa vie entre la défense des droits de l'homme, le journalisme et l'écriture de romans et de nouvelles. Physicienne de formation, elle a travaillé en 1991-1993 au Centre européen de recherches nucléaires (CERN) de Genève, puis deux ans à Rio de Janeiro. Mais elle est rentrée en Turquie en 1996 pour se consacrer au journalisme et à l'écriture. Ses livres sont traduits en Europe comme aux États-Unis, et, fait rare, en arabe.


Son premier roman, "Kabuk Adam" ("L'Homme écorce"), écrit en deux mois en 1993 à Istanbul, a été publié en Turquie en 1994, alors que l'écrivaine était encore au Brésil. Il n'a pas été traduit en français.








En France, c'est Actes Sud qui la publie.


"La Ville dont la cape est rouge"
("Kırmızı Pelerinli Kent", 1998)
traduit du turc par Esin Soysal-Dauvergne
Actes Sud, 2003

Il s'agit du deuxième roman d'Aslı Erdoğan mais c'est le premier à avoir été traduit en français.
Il est inspiré des deux années qu'elle a passées à Rio de Janeiro.

"Le Mandarin miraculeux"
("Mucizevi Mandarin", 1997)
traduit du turc par Jean Descat
Actes Sud, 2006

Le recueil de nouvelles se déroulant à Genève a été écrit quand Aslı Erdoğan s'y trouvait. Mais il a été publié cinq ans plus tard, en 1997, à son retour du Brésil.



"Les oiseaux de bois"
("Tahta Kuşla", 2009)
traduit du turc par Jean Descat
Actes Sud, 2009

Un nouveau recueil de nouvelles, aux limites du réalisme en écho avec l'état de la Turquie contemporaine.
Pour lire le début de ce recueil, c'est ici.



"Le bâtiment de pierre"
("Taş Bina ve Diğerleri", 2009)
traduit du turc par Jean Descat
Actes Sud, 2013

Un récit sur le monde carcéral, la torture et les conditions de détention en Turquie,
publié en 2009.
Pour lire le début de ce récit, c'est ici.




Que faire contre cette arrestation et cet enfermement?
Plusieurs pétitions circulent sur la plate-forme Change.org.
Le monde de l'édition et de la littérature se mobilise aussi pour elle. Partout en France, en Suisse et dans le monde se multiplient les actions de solidarité, soirées de lecture principalement (lire ici).

Ainsi la Maison de la Poésie à Paris met en place une soirée de solidarité le 12 décembre à 20 heures, en présence, notamment, de Mine Aydoslu, la mère d'Aslı Erdoğan, Françoise Nyssen, présidente d'Actes Sud, Timour Muhidine, son éditeur, Yiğit Bener, écrivain, traducteur et interprète turc, Pierre Astier, son agent littéraire, Emmanuelle Collas, directrice des Editions Galaade et Selin Altiparmak, comédienne (entrée libre dans la limite des places disponibles).

En Suisse, la Maison éclose, parrainée par Amnesty International, propose un calendrier de l'Avent pas comme les autres. Du 1er au 24 décembre,  son action "Lire pour qu'elle soit libre!" invite toutes librairies solidaires à lire simultanément chaque jour à 18 heures durant quinze minutes un extrait du "Bâtiment de pierre", en solidarité avec l'écrivaine turque Aslı Erdoğan et toutes les victimes de l'injustice du régime (voir ici).

Un agenda en ligne permet aux personnes intéressées de s'inscrire afin d'assurer une présence quotidienne dans les librairies. Il est possible de prendre le train en marche: voir sur le site de la Maison éclose.

Un nouveau livre en janvier

Que faire? Tout cela et le reste, sans oublier que sort le 4 janvier "Le Silence même n'est plus à toi" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud), un recueil de vingt-neuf textes d'Aslı Erdoğan parus au cours des dix dernières années dans le journal "Özgür Gündem" auquel elle collabore, quotidien soutenant les revendications kurdes et dont la 8e cour criminelle d'Istanbul a ordonné le 16 août, la fermeture et l'arrestation des collaborateurs.

Ces chroniques politiques, réflexions sur l'écriture et l'exil, essais sur les actions gouvernementales, les pesanteurs archaïques et les clichés à l'œuvre dans la vie quotidienne en Turquie, éclaireront le profil d'essayiste engagée d'Aslı Erdoğan et permettront de comprendre pourquoi l'auteur, victime de la chasse aux sorcières déclenchée en juillet 2016, est actuellement en prison.
Son écriture toujours soignée et traversée de fulgurances poétiques trouve ici un autre terrain d'expression que le roman, non moins convaincant.









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