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mardi 20 décembre 2016

Conte d'hier mais fable moderne à Berlin

Je ne savais pas trop quoi lire hier soir après m'être ramassé les dernières informations. Ankara, Zurich, Berlin... Berlin en boucle partout.

J'ai donc opté pour "Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin", de Samuel Hercule et Métilde Weyergans (La ville brûle, 116 pages). Pour le titre bien entendu et pour la forme, un ciné-roman destiné aux ados. Un ciné-roman! Il y avait tellement longtemps que je n'en avais plus vu (lire ici). Avec sa couverture souple, ses images intrigantes, il me faisait de l'œil depuis quelques semaines. Bien m'en a pris. Ma lecture a été enthousiasmante.

Moi qui ne suis pas Parisienne, j'ignorais tout du spectacle dont est tiré ce très bel album. J'ai donc lu "Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin" pour ce qu'il est, un livre illustré. Un texte et des images, des photos ici, qui interagissent entre eux.

"Miroir..." (c) La ville brûle.
Bien sûr, l'intrigue me disait quelque chose. Une belle-mère qui s'occupe d'une petite fille de trois ans. Un miroir qui fait le compte des beautés locales. Mais pour tout dire, j'ai été happée immédiatement par ce récit placé dans le passé proche, Berlin en 1989 à la fin du livre, une douzaine d'années auparavant quand l'album commence. Les décors intérieurs et extérieurs, les vêtements, le métier de la belle-mère, les éléments véridiques liés au Mur, tout nous entraîne dans le Berlin d'hier alors que le récit se met en place.

La narratrice a la trentaine au début du long flash-back qu'elle entreprend douze ans ans plus tard, quand a lieu la crise avec Blanche, ado qui louche alors sur le gothique histoire de trouver sa place sur terre. Personne ne lui a jamais demandé à elle, Elisabeth, la méchante obligée, sa version des faits. Elle va donc nous la donner. "Parce que tout ce qu'on vous a raconté est faux et [qu'elle en connaît] une qui n'est pas blanche comme neige."

On découvre la belle jeune femme amoureuse d'un artiste de cirque, Udo, le papa de Blanche qui a perdu sa maman. Le bonheur ne durera pas. L'homme disparaît à l'occasion d'un boulot et ne donnera plus de ses nouvelles qu'une fois par an. Blanche grandit, choyée par celle qui n'est pas sa mère. A l'adolescence, logiquement, tout se complique.

Des ingrédients connus. (c) La ville brûle.
Les auteurs continuent à puiser dans les ingrédients du conte de Blanche Neige pour mener leur histoire d'aujourd'hui. La peur de vieillir, d'être moins belle, la fugue de Blanche, la forêt, le chasseur, les nains, la pomme, le prince charmant... Ce sont autant de surprises visuelles et narratives qu'on prend plaisir à découvrir alors qu'on est saisi par le drame que vivent Blanche et sa belle-mère. Comme si un mur, analogue à celui de Berlin, s'était dressé peu à peu entre l'adulte qui ne sait pas dire qu'elle l'aime à la fillette alors que tout d'elle le montre et l'ancienne petite fille, empêtrée dans ses conflits de loyauté par rapport à sa vraie mère.

L'intrigue est superbement photographiée en pages simples et doubles à bords perdus ou en pages blanches sur lesquelles se posent les vignettes d'un roman-photo ou des éléments d'actualités de l'époque. En parallèle se dessine l'idée que le mur de Berlin ne sera peut-être plus voué à tenir très longtemps. Comme s'écroulera celui qui s'était glissé entre cette mère et cette fille de cœur qui se retrouveront après avoir affronté ensemble une épreuve décisive. Un très beau récit d'aujourd'hui, proche de la fable, dans des images d'hier et un arrière-fond d'avant-hier. Bouleversant et réussi. Pour les bons lecteurs et les adultes.

Ils sont sept. (c) La ville brûle.









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