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mardi 26 février 2019

E1P2FDL 4 Une fillette et un bison amis à vie

Encore un peu de Foire du Livre de Bruxelles, E1P2FDL 

Au hasard de mes pérégrinations, entre rendez-vous fixés et rencontres de hasard.
L'édition 2019, la quarante-neuvième, la quatrième où l'entrée est gratuite, a été illuminée par le déploiement du Flirt Flamand et de l'espace européen qui n'ont pas désempli. Elle marquait les 50 ans de la Foire, créée en 1969. On a dénombré 72.000 visiteurs dans les allées de Tour & Taxis, dont 5.000 scolaires, au cours des quatre jours (du jeudi 14 au dimanche 17 février), soit 5 % de plus que l'an dernier.

Le plaisir d'être ensemble. (c) MeMo.

Aujourd'hui, le premier album jeunesse d'une auteure-illustratrice belge, aussi remarquable par le fond que par la forme, "Mon bison", au possessif goûteux, signé Gaya Wisniewski (MeMo, 36 pages, 2018). Il a obtenu le prix Libbylit 2018 en catégorie "album belge" (palmarès complet en fin de note).

Le livre frappe dès sa couverture, le dessin au fusain d'une petite fille et d'un bison dont les visages se pressent, s'épousent. Le titre est simple. "Mon bison". Comme on aurait pu dire "Mon chien", ou "Mon chat", ou "Mon cheval". L'attitude du dessin et le titre laissent deviner une histoire de tendresse, une histoire de complicité au-delà des apparences. Ce sera le cas.
Toujours au fusain noir, relevé d'un peu de feutre Posca blanc et de traits d'aquarelle bleutée, les doubles pages nous entraînent dans une merveilleuse amitié. Dans une histoire de vie qui est, comme toutes les histoires de vie, aussi une histoire de mort.

Il y a du "Ernest et Célestine" (lire ici) pour la complicité entre les deux héros, du "Zuza" (lire ici) pour la différence de taille, du trentenaire "Chien bleu" ou du "Prince tigre" (lire ici) pour l'ami imaginaire, ou pas, protecteur dans ce très beau premier album.

Retour annuel. (c) MeMo.

La narratrice nous conte son histoire: "La première fois que je l'ai vu, c'était le printemps. Dans les herbes hautes, je ne voyais pas grand-chose du haut de mes quatre ans." C'est sa maman qui lui montre le bison, nous dit-elle: "Regarde! Il est revenu!". Pas l'ombre d'un questionnement sur la nature de l'animal, relié à la mère de la petite. Ami réel, ami rêvé? A chacun de choisir.

Première rencontre. (c) MeMo.

La toute petite fille et l'énorme bête s'apprivoisent peu à peu, se découvrent, se trouvent bien ensemble. Se respectent aussi. Le bison n'aime pas toujours ce qu'elle lui cuisine. La fillette apprend à admettre qu'il va partir chaque printemps rejoindre les siens mais qu'il reviendra à l'hiver suivant. Leurs retrouvailles sont toujours enthousiastes. Comme s'ils s'étaient quittés la veille. L'amitié est là, grandit, se double de tendresse. Se mue en amour. Les années passent. Le duo s'épanouit. Chacun veille sur l'autre. Ils s'entendent, se sentent, se parlent, s'écoutent. Les années passent et la maman disparue apparaît dans leurs conversations. Des souvenirs chaleureux qui annoncent peut-être la suite. Un hiver, le bison ne revient pas. Mais ses larmes séchées, l'ancienne petite fille devenue une très vieille femme sent que le bison, son bison, est toujours à ses côtés et elle se souvient de leurs conversations.

Un ami précieux. (c) MeMo.
On découvre une très belle force de vie dans cette histoire. Une énergie que rendent remarquablement les dessins en noir et blanc, illuminés parfois de quelques touches bleues. Voilà un noir et blanc qui n'a rien de sombre, au contraire. Les scènes captent finement les attitudes des protagonistes. Quelle douceur quand ils se reposent l'un sur l'autre, au sens propre comme au sens figuré. Quelle tendresse quand ils devisent ensemble près du feu. Quelle belle image que les souvenirs qui naissent dans la fumée du lait chaud. Quelle lumière dans la nuit qui compte une étoile de plus. Vraiment, "Mon bison" est un premier album d'exception, qui enchante et nourrit, d'une merveilleuse richesse sous son apparente simplicité.



Après avoir fait des études d'illustration à l'institut Saint-Luc à Bruxelles, y être devenue professeur de dessin et avoir animé des ateliers d'illustration à Bruxelles pendant six ans, Gaya Wisniewski a eu envie de raconter des histoires. A trente-six ans, en 2016, elle s'est installée dans le Gers et s'y consacre à l'illustration. Son second album jeunesse, "Chnourka", toujours chez MeMo mais en couleurs, paraîtra le 21 mars.





Palmarès des prix Libbylit 2018

Album belge
"Mon bison", Gaya Wisniewski (MeMo)
Roman belge
"Deux secondes en moins", Marie Colot et Nancy Guilbert (Magnard)
Traduction belge
"Le trésor de Barracuda", Llanos Campos (traduit par Anne Cohen Beucher, illustré par Nicolas Pitz, l'école des loisirs, lire ici)
Petite enfance
"L'œuf",  Kevin Henkes (Le Genévrier)
Album
"Cache-cache cauchemars", Jean Lecointre (Thierry Magnier)
Ovni
"Et puis", Icinori (Albin Michel Jeunesse)
Roman 
"La peau de mon tambour", Marie Sellier (Thierry Magnier)
Roman graphique
"Les amours d'un fantôme en temps de guerre", Nicolas de Crécy (Albin Michel)
Théâtre
"La poupée barbue", Edouard Elvis Bvouma (Lansman)


Rappel

E1P2FDL 1 "La jeune fille et le soldat", Aline Sax et Ann de Bode (roman enfant, La joie de lire, ici)
E1P2FDL 2 "Le banc au milieu du monde", Paul Verrept et Ingrid Godon (roman ado, Alice Jeunesse, ici)
E1P2FDL 3  "Ceci est ma ferme", Chris de Stoop (récit, Christian Bourgois, ici)



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