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mercredi 1 avril 2015

Dormir à deux, une contradiction permanente

Passage à l'heure d'été, sommeil perturbé.
Cela rime mais ce n'est pas drôle pour ceux qui en souffrent.
Chaque année, les moins bien lotis ont besoin d'une petite semaine pour s'adapter.
L'occasion parfaite de plonger dans le nouveau livre de Jean-Claude Kaufmann, "Un lit pour deux, la tendre guerre" (JC Lattès, 283 pages). Un voyage exotique dans l'intimité du couple quand il s'étend sous la couette.

Le sociologue du quotidien se glisse cette fois dans les secrets de la "chambre à coucher". Une appellation dont on découvrira vite combien elle est désormais trop restreinte. Car le lit est aujourd'hui bien plus qu'un meuble où dormir. Il est même devenu un lieu de vie comme le montre l'auteur qui a recueilli des centaines de témoignages pour écrire ce nouveau livre et nous raconter une histoire du couple autour du lit.

Ce qui frappe surtout à la lecture d'"Un lit pour deux", c'est la contradiction permanente que révèle le lit. Il est à la fois le lieu du sommeil, et donc du confort, et celui de la proximité amoureuse, entraînant parfois un certain inconfort. Dans le couple, l'un l'aime chaud, l'autre froid. L'un en ordre, l'autre en désordre. Et ainsi de suite à l'infini. Chacun a ses petits arrangements pour tenir face à ces agacements. Ou alors les partenaires usent de manières plus radicales, allant parfois jusqu'à dormir séparés pour mieux s'aimer! Une des plus grandes surprises de l'étude pour son auteur!

Qui sait ainsi ce qu'est la stratégie C.A.C.I.P.F.B.V.?
En clair, elle signifie: "Cohabitation alternée de chambres identiques pour personnes fixes à besoins variables".
Et elle n'est pas la seule surprise de l'ouvrage.

En trois grandes parties découpées en chapitres, "Positions", "Séparations" et "Combinaisons", Jean-Claude Kaufmann propose à sa manière savoureuse, à la fois intelligente et humoristique, d'abondants témoignages qu'éclairent son savoir de sociologue et les lectures de nombreuses œuvres littéraires. Virginia Woolf bien entendu, mais aussi Balzac ou Sue Towsend du côté des romans, ainsi que des traités de toutes les époques pour les essais. On se reconnaît parfois dans les lignes surgies des claviers - la plupart des témoignages sont venus par mail ou on line. Surtout on découvre dans ces pages comment dorment d'autres humains que nous. C'est à la fois rassurant, surprenant, lorsqu'entre en scène le sous-titre "la tendre guerre", interpellant et cela révèle une fois de plus la multiplicité des comportements humains, pris ici dans une dimension intime. C'est à lire au lit, à deux, ou seul et ailleurs. Pour l'auteur, "l'avenir du monde dépend aussi de la façon dont nous choisissons de dormir."

Jean-Claude Kaufmann. (c) Hanoteau.
Sept questions
à Jean-Claude Kaufmann

Comment avez-vous choisi le sujet du lit conjugal?
Au départ, c'est la même curiosité de savoir ce qui se passe dans tous les coins un peu secrets de la vie à deux. Je travaille depuis vingt ans sur le couple, son aspiration et sa difficulté à se construire. C'est une contradiction qu'on retrouve partout. Je tente des explications des difficultés et j'essaie de l'étudier au plus intime. Cette fois-ci dans le lit conjugal.
Avez-vous eu des surprises en réalisant votre étude?
Les surprises ici ont été d'abord la diversité et la multiplicité des manières de faire dans le lit. On se couche pour dormir, pour vivre sa sexualité, et plein d'autres choses en plus. Le moment où on va s'endormir est très important. Il est générateur de petits gestes repères qui sont très personnels, très intimes, parfois étranges même: la tête prise entre deux oreillers par exemple ou un orteil coincé dans le sommier. On voyage aussi entre une chorégraphie à une ou deux personnes.
A vous lire, les femmes veulent "une chambre à soi"?
Ce qui m'a fort surpris est le fait que ce sont les femmes qui demandent le plus la chambre séparée alors qu'elles sont le plus en demande de communication. Les agacements au lit sont majoritairement féminins, on l'avait déjà vu dans "Premier matin". Il y a une tentative de réglage de la bonne distance chez l'homme, les femmes aiment une proximité plus forte.
Avez-vous une explication?
Cela arrive quand la cohabitation commence à mal se passer dans le lit, quand il est le théâtre entre petit dormeur et gros dormeur. Le sommeil est plus fragile chez les femmes, à cause souvent de leurs multiples engagements. Des éléments techniques interviennent aussi: les ronflements masculins sont plus forts. Et puis il y a le rapport à la sexualité, les assauts un peu intempestifs de l'homme. Il y a par exemple un quiproquo conjugal typique: quoi après un bisou, une simple caresse ou davantage? La chambre séparée permet de mieux gérer les désirs.
La chambre, territoire féminin?
La femme a rarement un espace à elle dans la maison. Il est partout et nulle part en même temps. L'univers de la chambre peut lui servir à cela, ou celui de la salle de bain. La chambre est un rêve aussi, il suffit de se rappeler le livre "Une chambre à soi" de Virginia Woolf.
Vous ne parlez que de couples hétérosexuels.
Il n'y a pas de couple homo car je n'ai pas eu de réponse de ce type après mon appel à témoignages. Ou alors suis-je identifié comme le sociologue des couples hétéros? Mais dans "Premier matin", un couple homosexuel montrait que les réactions sont pareilles. Il n'y a pas non plus de témoignages avec des animaux, ni de personnes dormant dans des lits jumeaux. Je ne sais pas pourquoi.
Vos témoignages viennent d'époques étendues dans le temps.
La plupart de mes témoignages, plus de deux cents, sont venus par internet (via le blog et par mail), parfois seulement en direct. Une avalanche! Le rapport de sincérité est plus grand on line que dans le face à face, comme si les témoins se parlaient à eux-mêmes. Deux témoignages viennent d'une précédente enquête, "Agacements". Quelques couples ont témoigné à deux et j'ai aussi utilisé le mémoire de maîtrise d’un étudiant.







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