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lundi 20 avril 2015

Chez Germaine, pour le meilleur et pour le pire

Il se dit qu'en France, en 2013, 4500 étudiants ont cohabité avec des personnes âgées.
Un système pour trouver un logement à un prix accessible.
Un système pour éviter le placement en maison de retraite.
Un système qui s'avère gagnant-gagnant la plupart du temps.

La maison de Germaine. (c) Lemieux éditeur.

Stéphane Audouin est un de ces étudiants français. Après les Arts Décoratifs à Strasbourg, il arrive à Paris, sans argent ni logement, juste muni de sa carte d'étudiant. L'idée de vivre chez une personne âgée moyennant un peu de son temps lui plaît. Il connaît l'affaire puisqu'il a déjà habité avec son arrière-grand-mère. Il va passer deux ans chez Germaine, 96 ans.

Ces deux années, Stéphane Audouin nous les conte dans l'exquis recueil illustré "J'habite au troisième âge" (Lemieux éditeur, 80 pages) qu'il signe Mathurin. Un projet qu'il aura mis quatre ans à concrétiser. Il vaut le détour, par son humour et sa tendresse. Sa logeuse n'est pas n'importe qui, on va le découvrir au fil des anecdotes de ce journal amusé d'une belle cohabitation intergénérationnelle.

Le principe du livre est simple: deux ou trois anecdotes le plus souvent, dans un style vif, en page de gauche, l'illustration fort réussie de l'une d'elles en page de droite, sauf dans le cas du préambule et du dénouement où il est inversé.

Premier petit-déjeuner. (c) Lemieux éditeur.
De saynète en saynète, près d'une centaine au total, toutes titrées avec humour, on suit la vie en commun de cet improbable duo. C'est aussi drôle que touchant. Germaine, du haut de ses 96 ans, a des coquetteries de jeune fille. Quelques manies aussi, il faut le reconnaître. Mais le but du livre est de consigner une tranche de vie, pas de l'idéaliser. D'en sourire aussi, autant que faire se peut, et la logeuse est la première à se moquer d'elle-même ou à railler ses proches. Une veuve assez joyeuse à la personnalité solide - la santé aussi. Mère de deux fils sexagénaires, dynamique et souvent rebelle quand on tente de lui imposer des horaires, des soupes mixées ou autre chose. De mauvaise foi régulièrement, prise parfois à ses propres pièges.

Mieux que le dessert de la maison de retraite. (c) Lemieux éd.
Le graphiste presque trentenaire et la  largement nonagénaire se révèlent petit à petit plus attachés l'un à l'autre qu'ils ne se s'avouent. Derrière les mots et les gestes, que d'attention réciproque entre eux.
Mathurin se montre subtil quand il relate les petits moments de la vie à deux. La plupart du temps, il consigne les faits, auto-suffisants, ou rapporte les paroles de Germaine. En vrac, on a... L'idée de changer de côté dans le lit tous les quinze jours pour ne pas déformer le matelas. La visite du coiffeur non pour se faire une beauté mais une nécessité. Les escaliers descendus à reculons par peur du vide. Les propos sur la copine de jeunesse qui était une belle brune à 20 ans: "A 80 ans, la graisse s'est mise autour." L'apéritif pris dans le jardin où elle déclare: "Quand je le bois, c'est comme un petit Jésus qui glisse le long de la gorge" (expression très utilisée par les plus âgés de ma propre famille).

L'avoine, hier et aujourd'hui. (c) Lemieux éditeur.
On pourrait multiplier les exemples tirés de cette chronique de jours heureux. La vie comme elle va, à cet âge-là, avec quelques pépins aussi. Mais le pire est moins présent que le meilleur, même si celui-ci est accaparant. Surtout, on voudrait tous rencontrer une Germaine, qui fête chaque année ses 96 ans, dynamique et pince-sans-rire. Quel appétit de vivre que le sien, si bien rendu. "J'habite au troisième âge", on aurait presque pu écrire "j'habite au quatrième âge", est un livre de bonheur de vivre communicatif. Ses chroniques font du bien et encouragent à tenter des expériences originales en compagnie d'originaux. Vous ne remonterez plus jamais de la cave sans penser à Germaine qui vous incite à en ramener aussi du vin.










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