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vendredi 23 mars 2018

Saison 4 de l'attachante saga "Sauveur & Fils"

Marie-Aude Murail. (c) Claudie Rocard.

Combien de parts pour faire un quatre-quarts? Quatre, me direz-vous. N'y aurait-il toutefois pas place pour une cinquième? Même petite? C'est l'idée qui surgit en achevant la "Saison 4" de la formidable saga romanesque "Sauveur & Fils" de  Marie-Aude Murail (l'école des loisirs, Médium, 302 pages). Question que je m'étais posée à la sortie de la saison 3, moment où la 4 était déjà annoncée: "Bonne nouvelle que ce tome 4, même si le problème de la fin se reposera peut-être à sa sortie." Hahaha.

Car au terme de la "Saison 4", plus familiale, moins psy peut-être que les  précédentes, tout aussi palpitante, attachante et émouvante, on se rend bien compte que Marie-Aude Murail clôt des tas de sujets. Mais elle en ouvre d'autres, et de fameux. Sans oublier ceux en latence, comme les questions de Lazare, le jeune fils de neuf ans du psychologue de la Rue des Murlins à Orléans.  Qu'en penser? Est-ce fini ou y aura-t-il une "Saison 5"? Pas de réponse claire de la romancière pour le moment, qui ne dit ni oui, ni non. Ce qui laisse tout imaginer.

D'autant que la "Saison 4" est la plus réduite en durée de temps, cinq semaines seulement, du 4 janvier au 7 février 2016. Mais quelles semaines! Pour mémoire, la "Saison 1" (lire ici) court sur six semaines, du 19 janvier 2015 au 1er mars 2015, la "Saison 2" (lire ici) sur six semaines également, du 7 septembre au dimanche 18 octobre 2015, la "Saison 3" (lire ici) embraie directement sur la deux et court sur deux gros mois, du dimanche 18 octobre 2015 au vendredi 25 décembre 2015.

Passé le bref résumé des épisodes précédents, le volume 4 commence directement dans la salle d'attente de Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien, quadragénaire athlétique malgré son maigre souci pour la diététique, venu de la Martinique. Deux nouveaux patients y discutent. Une mère et son fils. Madame Luciani et Jean-Jacques Luciani, un grand gamin de vingt-deux ans qui ne quitte plus sa chambre depuis deux ans. Pareil que les hikikomoris japonais. Un problème des jeunes d'aujourd'hui, que Marie-Aude Murail se devait d'aborder dans sa chronique des maux contemporains. Ces jeunes sont "normaux", mais n'ont "plus envie".

Un autre nouveau duo mère-fils aîné fera également son apparition, Madame Naciri, son gros sac à main vissé à elle et ses insomnies, dont le mari est retourné au bled, la laissant avec leurs trois enfants, Solo, surveillant-chef à la prison du coin, Kamil, 14 ans, en décrochage scolaire, Ghazil, 13 ans, bonne élève.

On retrouvera Ella, treize ans, qui participe à un concours d'écriture sous son nom préféré, Elliott. Ainsi que son père, Camille Kuypens, en désintoxication alcoolique. Les sœurs Carré, Margaux et Blandine, toujours à se chamailler mais s'adorant plus que tout, sont également présentes. Et Frédérique, qui ignore que Jovo est son grand-père et consulte une voyante. On verra les trouvailles de la toute petite Maïlys pour rentrer dans le lard de ses parents et ainsi se faire remarquer d'eux.

On découvrira les nouvelles idées pédagogiques de l'institutrice Madame Dumayet et les inquiétudes qu'elles peuvent susciter chez elle. On recroisera des hamsters et même des cobayes, rendant enfin plausibles les photos de couverture des romans.

Voilà quelques éléments du côté du cabinet de consultation. Il y a encore le semi-cabinet, avec Samuel, chaque semaine dans un bar, devant un croque-monsieur, un croque-madame et des bières. Samuel qui tente toujours d'échapper à sa mère ultra-possessive et se soucie autant de son père qu'il vient de retrouver que des filles qu'il n'arrive pas à séduire.

Chaque fois, Sauveur va aider ces patients à exprimer leur mal-être, à dire ce qui va et ce qui ne va pas, à formuler leurs rêves, leurs espoirs, à se confronter à leur passé et à leur présent. A sa manière, discrète, patiente, persévérante, efficace, en pleine empathie et, le plus souvent, dotée de résultats.

Côté maison, cela remue pas mal. La relation entre Sauveur et Louise a repris à fond. La rue des Murlins est toujours aussi pleine, entre Lazare, son pote Paul, Gabin, installé au grenier, Jovo au rez, les rongeurs et les séries télé sur le canapé. Sans oublier Louise, de plus en plus présente, et Alice, sa fille, adolescente qui mûrit doucement entre les volte-face de son père. C'est plein de vie et plein de soucis aussi, certains qui se résolvent et donnent de grands bonheurs, d'autres qui inquiètent et consument. C'est plein de vie, de projets dont certains fondamentaux et donc de questions sur l'avenir.

Résolument du côté des jeunes en proie à trop de problèmes, Marie-Aude Murail nous présente des héros attachants parce que vivants, on pourrait les croiser au coin de la rue, vivre leurs histoires, qui trouvent des appuis grâce auxquels ils peuvent avancer. Ce qui permet aussi de bien s'amuser dans cette saga romanesque qui porte bien son nom, qui aime qui?, qui va gagner? que va-t-il faire?, de rire et de sourire en parallèle aux scènes d'émotion. Tout simplement parce qu'on s'y sent bien.

Voilà pour "Sauveur & Fils".

Il reste deux actualités liées à Marie-Aude Murail.

  • C'est ce lundi 26 mars que seront annoncés les prix Andersen de l'IBBY dont MAM est finaliste (lire ici).
  • A la rentrée littéraire 2018, Marie-Aude Murail fera son entrée en littérature adulte avec un livre de mémoires familiales, "En nous beaucoup d'hommes respirent", aux  Editions de L'Iconoclaste.




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