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samedi 28 mars 2020

L'"Avis à la population" de Joke van Leeuwen

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque5

Joke van Leeuwen.

On ne sait trop si Joke van Leeuwen est une auteure-illustratrice et poétesse Néerlando-Belge ou Belgo-Néerlandaise tant la native de La Haye (1952) a de liens avec la Belgique. Elle y a déménagé, étudié, vécu, ce qui est de nouveau le cas aujourd'hui. Joke van Leeuwen crée principalement des albums, des pièces de théâtre et des romans pour la jeunesse. Egalement des œuvres pour adultes, en fiction et en non-fiction. Il est vraiment dommage qu'elle soit aussi mal connue en français, sauf dans le domaine de la jeunesse où elle est un peu traduite. Car sa plume est particulièrement intéressante. Quand Joke écrit, et elle écrit beaucoup, elle passe le monde à la moulinette originale de son esprit libre et imaginatif, elle joue avec la langue (courage aux traducteurs).

Citons pour la jeunesse

  • son délicieux roman philosopho-humoristique "Tchip-tchip!" (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs, "Neuf", 1996)
  • son autre roman célèbre, "Libérez mon frère", avec Malika Blain (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs, "Médium", 2002)
  • ses albums auto-illustrés "Saipas" et "Qui a vu ma sœur?" (traduits du néerlandais par Emmanuèle Sandron, La Joie de Lire, 2006 et 2007)
  • et enfin, plus récemment, le roman "Quand c'était la guerre et que je ne comprenais pas le monde" (traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Alice Jeunesse, 2016)





Il y a vingt ans, à Namur, Joke van Leeuwen me disait: "J'ai écrit ma première histoire à cinq ans. Elle était très courte, c'était un "a". Essayez. Lisez-la. Elle peut être une simple lettre ou le rugissement effrayant d'un tigre!" Elle adore raconter que son nom signifie "blague des lions" quand on y mélange l'anglais et le néerlandais. Et elle explique sa façon de concevoir son métier: "Une image apparaît dans ma tête, puis le petit film grandit, je marche, je pense beaucoup, je commence alors à écrire sans nécessairement connaître la fin."

En ces temps de coronavirus et de distanciation sociale, Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles a demandé à une série d'auteurs nationaux et internationaux, de rédiger un "Avis à la population" personnel en direct de leur salle d'écriture. La première contribution est celle de Joke van Leeuwen, l'une des voix du DeadLadiesShow#2, malheureusement reporté.

La voici, écrite le 19/3/2020 et traduite du néerlandais par Judith Hoorens.




COVID-19

1. C'est l'herbe entre les quelques proches d'un défunt connu de tous.
2. C'est le magnolia (non cité comme raison absolument nécessaire de quitter sa maison) qui jubile au coin de la rue.
3. C'est le type qui gare son vélo et décharge de son dos transpirant un cube de plats qu’il n'aurait pas choisis lui-même.
4. C'est le bleu sur le visage de l'infirmière qui porte des masques trop serrés à longueur de journée et a deux enfants.
5. C'est le mannequin qui exhibe une robe de soirée à paillettes dans la vitrine d'une célèbre rue commerçante devant trois moineaux et un chat perdu.
6. C'est la mousse entre les dalles de la terrasse d'un café qui a attendu tout l'hiver la première vraie journée de printemps.
7. C'est l'institutrice qui continue à lire par écrans interposés le livre qu'elle avait commencé en classe, parce qu'on veut tous savoir comment se termine ce qui a commencé.
8. C'est être seul entouré de meubles patients et de livres avec des phrases oubliées et se parler à soi-même à haute voix, même sans attendre de réponse.
9. C'est le souvenir des journaux qu'un grand-père découpait en feuilles de papier toilette, de fesses d’enfants essuyées avec l'actualité internationale.
10. C'est le chant d’un oiseau matinal au cœur de la ville qui n'est pas étouffé.
11. C'est enfin ranger une armoire et retrouver quelque chose qu'on croyait perdu à jamais.
12. C'est la caisse vide d’un magasin désert où s'expose tant de vaisselle qui peut se briser.
13. C'est la vieille dame qui se demande où sont passés ses petits-enfants, parce qu'elle en a, ou pas ?
14. C'est le balcon qui sert de scène à une chanson que les voisins peuvent chanter aussi.
15. C'est se rendre compte le soir que la serrure de nuit est restée toute la journée sur la porte d’entrée.
16. C'est la famille qui soudain ne rentre plus tout à fait dans une seule maison.
17. C'est l’église vide dans laquelle Allez en paix est encore suspendu entre les piliers.
18. C'est le dernier baiser mouillé autorisé par le gouvernement qui brûle encore sur les lèvres.
19. C'est



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