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jeudi 5 mars 2020

Tombeau pour l'homme aimé



"Le banc" est un titre pudique qui couvre le torrent de vie et d'émotions que Marianne Sluszny rassemble dans ce très beau récit qu'elle consacre à son compagnon décédé de maladie à 68 ans (Académia, 182 pages, octobre 2019).
Le banc est le lieu sous lequel ont été dispersées les cendres du défunt, posé à côté du noyer qu'il avait planté dans le jardin fleuri de la maison de campagne à la côte. Une maison près de l'Yser, complément à l'appartement de Schaerbeek, à côté du parc Josaphat, où le couple et la famille qu'il a formée a passé tant de bon temps.
Le banc est le lieu où mort et vivants rêvent ensemble.

Scénariste et productrice de documentaires à la RTBF, Marianne Sluszny ne donne jamais le nom de l'homme qu'elle fait revivre dans ces pages attachantes. Pour les curieux, ou pour ceux qui l'ont connu, il s'agit de Guy Lejeune. Avec sa belle barbe, épris de liberté et d'indépendance, un concentré de force et d'énergie pour atteindre ses objectifs sans s'en laisser imposer par la vie ou les événements. Un cinéaste extrêmement cultivé, un réalisateur télé qui a participé à la naissance de ce média en Belgique, qui s'était formé tout seul, avalant des milliers de pages de livres, des milliers d'heures de films, des milliers d'heures de musique, apprenant ici et là tout ce qui touchait à ce qu'il voulait, depuis tout petit, comme métier, faire des histoires avec des images.

C'est son parcours qu'elle conte dans ces pages riches d'informations et de péripéties, mais sans apitoiement, ni sur son sort de fils mal aimé de sa mère, ni sur le sien qui l'a accompagné dans toutes les étapes de sa maladie, secondée par des proches attentifs. C'est son parcours personnel qu'elle conte, mais il est accessible à tous, celui d'un homme qui a voulu vivre la vie qu'il avait choisie. Qui a opté et s'est battu pour sa liberté.

Le récit est partagé en plusieurs parties, un prologue qui situe le propos et dit "tu", une première partie en "je" qui est la vie en détails de l'homme aimé comme s'il la racontait, une seconde partie en "tu" où l'auteure raconte la dernière année avant le départ et une épilogue sur les premiers temps du veuvage.

En marge de ce destin se dessine la société belge de l'époque - il était né en 1944, dans une famille plutôt bourgeoise. Il y avait donc ce qui se faisait et ne se faisait pas. Aîné de trois enfants, il s'est frayé son chemin pour "raconter des histoires" et non devenir médecin comme l'en pressait sa mère, devenue veuve à 40 ans. Toujours, il s'est interrogé, a tenté de comprendre ce qui se passait tout près de lui ou beaucoup plus loin. Il a exercé son métier avec passion et compétence. Il n'y a que la maladie qui a pu avoir raison de lui. C'est tout cela que Marianne Sluszny couche sur le papier, d'une belle écriture qui coule, faisant vivre les événements et ressentir les émotions, dans ce touchant tombeau à l'être aimé.

Guy Lejeune.
Marianne Sluszny.










Pour lire un extrait en ligne du récit "Le banc", c'est ici.

Marianne Sluszny est attendue à la Foire du livre de Bruxelles ces vendredi 6 et dimanche 10 mars.

"Le banc" est aussi le titre d'un très beau roman pour enfants (ici).


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