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vendredi 23 octobre 2020

Une autruche gardienne de musée

L'autruche vivait au zoo depuis sa naissance. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ce n'est pas Gilles Bachelet qui me démentira, l'autruche est un oiseau extrêmement jubilatoire à dessiner (lire ici et se rappeler son album "Il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées", Seuil Jeunesse, 2008). La preuve encore avec le tout nouvel album de Roxane Lumeret, "Le caramel du jurassique" (Albin Michel Jeunesse, 56 pages), figurant dans la sélection "livre illustré" des Pépites 2020 de Montreuil (lire ici). Un album fantastique qui met en scène une autruche éprise de liberté et à la recherche de ses origines. Son rapport avec le titre? Patience, ce sera un des ressorts du rebondissement final et une allusion fine à une amitié forte.

On découvre l'Autruche dans sa cage du zoo, entre celles de ses voisins, le zèbre électrique et le tigre blanc. On remarque tout de suite que les animaux de différentes espèces, en semi-liberté, ne sont pas mieux lotis. Ils ont chacun un boulet au bout d'une chaîne attachée à un pied. En solidarité, le soleil fait pareil. Car chez Roxane Lumeret, découverte en 2015 avec "L'enciellement de Maman" (lire ici), les détails des dessins participent autant à l'histoire que les scènes principales, et cela se vérifiera dans chacune des doubles pages de cet album fort attachant.

L'héroïne qui ne connaît rien de son passé, même pas le plus récent de l'œuf dans lequel elle a grandi, a l'occasion de s'enfuir avec la Souris de Californie. Les deux commères traversent le mur de briques, découpé comme un dessin de l'Egypte ancienne, indice d'une future rencontre, et se rendent en ville. Là il leur faut se cacher et se séparer. La Souris file dans la boutique Fromagique, une enseigne au nom choisi comme d'autres, l'Autruche se coulera dans la fontaine avec les sirènes. Si elle se restaure au matin de mets bizarres qu'on reconnaît aux déformations de son cou, elle y trouve surtout une page d'offres d'emploi.

Entretien d'embauche réussi. (c) Albin Michel Jeunesse.

Le Musée paléontologique recherche un gardien. Ce sera elle, après un entretien brillamment réussi avec le Directeur, pas complètement libéré des bandelettes de son sarcophage. Les deux conviennent que l'emploi sera occupé de nuit. En effet, un avis de recherche avec récompense à propos de la disparition de l'Autruche est apparu.

Tout va donc bien, et tout va même très bien pour l'Autruche qui retrouve ses ancêtres dans les squelettes de dinosaures exposés. Quelle joie pour elle! Son plumet antistatique naturel est parfait pour dépoussiérer ces vieux ossements. Les scènes se suivent, montrant plusieurs espèces de la Préhistoire parfaitement représentées et faisait apparaître les incroyables décors de ce musée. C'est à la fois bon enfant, joyeux et complètement farfelu.

L'Autruche se sent chez elle au musée. (c) Albin Michel Jeunesse.

Jusqu'au jour où un nouveau directeur arrive, moderne, efficace, insensible à son métier. C'est bien simple, il veut remplacer les squelettes des dinosaures par des hologrammes et les donner à manger à des chiens. Cela, l'Autruche ne peut l'admettre. Avec son amie, la Souris d'Amérique, providentiellement réapparue à cause d'un... caramel du jurassique, elle va déployer une incroyable stratégie qui aura une issue très heureuse, la preuve dans les petits soleils du ciel qui, comme les petites lunes, ont assorti leurs émotions aux péripéties de cette excellente histoire d'émancipation et de solidarité. A partir de 5 ans.


Les dinos à la sauce pop


Reporté de mars à octobre pour cause de confinement, le moyen format "Le livre des secrets de mon dinosaure préféré" de Maxime Derouen (Grasset Jeunesse, 80 pages) est une régalante célébration des exposés à l'école. Chacun des élèves de la classe, tous des animaux différents qui y arrivent à bord de curieux moyens de locomotion, a préparé un exposé sur son dinosaure préféré. Onze élèves vont successivement prendre la parole. Une chance pour les jeunes lecteurs qui, de génération en génération, apparaissent toujours autant fascinés par les dinosaures.

Le hérisson commence avec le stégosaure, qu'il présente dans les différentes cases de cet album proche de la bande dessinée, par des comparaisons accessibles, un cerveau de la taille d'un gland, grand comme un autobus, avec des écailles thermorégulatrices et extrêmement résistantes. Le taureau préfère, lui, le pachycéphalosaure dont il va partager à ses copains les caractéristiques, et ainsi de suite dans une belle ronde de couleurs et d'informations jusqu'à ce qu'arrive le tour de l'éléphant qui a choisi le mammouth! Erreur, lui glisse son public, très bien informé. Les enfants ont raison mais le mammouth fait aussi partie des animaux qui ont disparu. 

Voilà un petit album aux couleurs flash qui, sous couvert d'humour, partage beaucoup d'informations pertinentes, accessibles aux plus jeunes. Ce sont chaque fois des séquences de trois doubles pages, une bonne mesure à cet âge. On savourera aussi les mimiques des orateurs et les correspondances entre les orateurs et la forme des sujets qu'ils ont choisis. A partir de 4 ans.


Le début de la séquence sur le spinosaure. (c) Grasset Jeunesse.



Des dinos aux rayons X


Venu de Corée, l'album "L'hôpital des dinosaures" de Hye-Won Kyung (traduit de l'anglais, Versant Sud, 60 pages) a opté pour le biais de l'humour afin de nous présenter les caractéristiques de différents dinosaures, grand dada de l'auteure-illustratrice. Les représentants d'une petite dizaine d'espèces se rendent en effet à l'hôpital pour différents bobos, souvent inspirés de leur nom. Le Docteur Troodon les reçoit, assisté de son infirmière Poulette. Il écoute chacun de ses patients, les passe au rayons X et les réconforte du mieux qu'il peut. En parallèle aux saynètes, cet album très réussi fournit une foule d'informations scientifiques.

Le premier patient. (c) Versant Sud.

Premier à passer, le stégosaure qui se plaint d'être l'objet de moqueries parce qu'il est bête et lent et vit mal les plaques sur son dos, autant de scènes qui sont joliment dessinées. Une fiche médicale accompagne la radio dont le cliché permet au médecin d'expliquer les caractéristiques observées et leur rôle, l'infirmière Poulette complétant encore largement les données ensuite.



Rayons X. (c) Versant Sud.

On va successivement rencontrer de cette façon amusée et amusante un diplodocus qui se plaint de torticolis, un maiasaura femelle qui s'oublie au bénéfice de ses petits, un stegoceras à la tête particulièrement dure, un oviraptor accusé de vol d'œuf, un protoceratops qui s'est battu avec un vélociraptor, un tyrannosaure plaintif et bien sûr on aura les mêmes infos à propos du docteur Troodon.

Plein d'humour et agréablement mis en page, cet album glisse une foule d'informations sur carnivores ou herbivores d'une manière pratique qui permet aux jeunes lecteurs (à partir de 4/5 ans) de bien les comprendre. 

Pour feuilleter en ligne le début de "L'hôpital des dinosaures", c'est ici.


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