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mercredi 20 novembre 2013

L100 va sans trop de peur chez les ours














Plus de vingt ans après "Chhht!", album traduit en français en 1991 et dont le succès ne s'est jamais démenti - en Belgique du moins,
Sally Grindley (texte) et Peter Utton (illustrations) remettent le couvert avec un nouvel album animé attrayant, "Ouste!" (agréablement traduit de l'anglais par Maurice Lomré, L'école des loisirs/Pastel, 34 pages).

Les deux titres se répondent l'un à l'autre tout en inversant leurs scénarios. Dans "Chhht!", le lecteur encourage l’enfant de l’histoire: "Tu vas bientôt pousser la porte du château d'un géant... A partir de maintenant, reste tranquille et parle tout bas, sinon..." Un visiteur pénètre dans le château d'un géant redoutable. De page en page, il en  traverse les pièces avec les plus grandes précautions: si jamais le monstre se réveille, ce sera la catastrophe!

Dans "Ouste!", tout juste paru et sous-titré "Attention aux ours!", c'est l’enfant du livre qui encourage le lecteur de l’histoire. "Ce livre a l'air très, très effrayant. Veux-tu vraiment le lire?", commence le texte. Les écriteaux placés près des arbres de la page de titre ne se montrent guère engageants: "Danger! Ici, on mange les enfants!", "Défense d'entrer!", "Attention aux ours!" encore.

Le narrateur invisible ne cesse de prendre le lecteur à partie: "Les panneaux disent de ne pas entrer. Je crois qu'on devrait faire demi-tour, non?" Bien sûr que non. Pas de demi-tour, que l'histoire continue. Mais il insiste: "Ça ne te fait pas peur? Moi, si! Je n'ai pas du tout envie de rencontrer un ours!". Le lecteur attentif repèrera les traces de l'animal sauvage dans un paysage où les arbres aux branches entremêlées créent la peur.

Les deux auteurs britanniques se sont bien amusés à  concocter leur histoire de plantigrades pour frémir et rire. Pages qui se déplient et rabats à soulever distillent chacun à leur tour leur lot d'angoisse. Un mouvement furtif. Serait-ce un ours? Fausse alerte. Le narrateur continue son chemin, débusquant dans le paysage d'autres motifs de frayeur, derrière la pierre, en haut de l'arbre, dans la mare... Chaque fois, les flaps donnent la réponse.


Une scène de "Ouste!", rabat fermé ou ouvert. (c) Pastel.

Le lecteur et l'histoire avancent dans les sous-bois, représentés très à l'anglaise. On arrive au pont, point de non-retour puisqu'encore encombré de pancartes d'alerte et marqué de traces de pattes bien reconnaissables. "Si tu veux que je te suive, tu devras me le demander très gentiment." Ciel, une porte dans un mur et toujours ces avis... "Ici, on mange les enfants!" Un jardin, une maison un peu tarte à la crème. Son paillasson dit "Ouste!", une affiche invite à se méfier des... brocolis. "Chhht! (rappel du titre précédent) Doucement!", poursuit le narrateur, "il ne faut pas qu'on nous entende". Visite de la maison jusqu'à l'accélération du suspense avant la double surprise finale: on se retrouve en territoire connu et c'est terrifiant. "Ouste!" est très bien pensé, efficace et drôle. Il y a mille choses à repérer dans les délicieuses illustrations (à part la maison), nécessitant au moins trois lectures de l'album...

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Sally Grindley et Peter Utton étaient de passage en Belgique. L'occasion de leur poser quelques questions, dont la première, évidente.

Vingt ans après "Chhht!", immense succès que vous avez signé ensemble, vous publiez "Ouste!" dans le même esprit. Vous aviez envie d’une suite?
Sally Grindley. Nous n’avons pas voulu faire de suite à cet album. Il avait eu tellement de succès que c’était un terrible défi. Et puis, il y a quatre ou cinq ans, j’ai essayé. J’ai eu quelques idées mais elles n’étaient pas bonnes et j’ai tout jeté. Je n’étais pas sûre que le géant de "Chhht!" allait réapparaître dans ce nouveau livre. J’ai préféré changer de personnages. Et j’ai pensé que des ours allaient bien convenir au rôle. Au début, il n’y avait pas de lien avec le conte classique des trois ours mais notre éditeur britannique a insisté pour que ce soit le cas. Une fois qu’on a découvert cela dans la lecture, si on repart en arrière dans le livre, on découvre plein d’indices, plein de références au trio d'ours.

Comment travaillez-vous à un album? Ensemble ou séparément?
Sally Grindley. J’écris mon texte et je l’envoie à mon éditeur qui le fait suivre à Peter Utton, l’illustrateur. C’est un système ridicule. Mais Peter et moi, nous nous téléphonons. Mon texte donne beaucoup d’indications à Peter pour qu’il sache ce qui doit apparaître dans les images ou sous les volets à soulever.
Peter Utton. Les éditeurs voulaient que l’ours soit très effrayant, mais ils n’ont pas admis qu’il porte un appareil dentaire. Pour mes illustrations, j’utilise surtout l’aquarelle mais aussi  les crayons et des encres. Mes originaux sont toujours plus grands que les pages des livres imprimés.

Vous inspirez-vous de la nature pour vos illustrations ?
Peter Utton. Oui, beaucoup. Par exemple, la barrière qui apparaît dans l’album existe vraiment. Elle se trouve dans l’Essex. Elle est pliée parce qu’un arbre est tombé dessus il y a longtemps. De même j’ai fait le portrait d’arbres qui existent là-bas et qui portent même des noms.



Le croquis des pages 4 et 5, qui dépliées donnent les pages 4, 6 et 7.


Croquis de la double page fermée et puis ouverte. (c) Peter Utton.


Les mêmes pages dans l'album publié.

Pages 4 et 5. (c) Peter Utton/Pastel.



Pages 4, 6 et 7 ( la page 5 a été dépliée). (c) Peter Utton/Pastel.


Un croquis plus avancé des trois pages. (c) Peter Utton.





 
Quand un arbre de l'Essex trouve sa place dans l'album "Ouste!"













La fameuse barrière pliée par une chute d'abre, en vrai et en illustration.

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