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vendredi 8 novembre 2013

LA raté d'un jour les 100 ans d'Albert Camus


La naissance d'Albert Camus, c'était le 7 novembre 1913, à Mondovi en Algérie française. L'écrivain couronné par le prix Nobel de littérature 1957 mourra le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne.




Mais hier, j'avais une bonne raison de ne pas célébrer à la date exacte le centenaire de l'auteur de "L'Etranger" (Gallimard), roman publié pour la première fois en 1942 et disponible notamment en Folio (7 millions d'exemplaires en poche vendus en France).









Session de rattrapage aujourd'hui avec la superbe bande dessinée,  somptueusement mise en pages, lumineuse, aux décors précis, que Jacques Ferrandez consacre à "L'Etranger" (Gallimard/Fétiche,
136 p.) sans rien perdre de la force du récit original.

C'est la deuxième fois que l'illustrateur pose ses images sur un texte d'Albert Camus. Il l'avait déjà fait pour la nouvelle "L'hôte", en 2009 (même éditeur): un succès qui s'est écoulé à plus de 17.000 exemplaires.

Mais revenons à "L'Etranger", ce roman essentiel de Camus, réfléchissant à l'absurdité de la condition humaine et  aux questionnements existentiels de l’homme confronté à la morale et à la justice sociale. Faut-il encore présenter l'histoire de Meursault qui prend l'autobus d'Alger à l'asile de vieillards où sa mère vient de mourir? Cet homme insaisissable qui ne pleurera pas à ses funérailles? Cet employé de bureau qui va commettre un crime et assistera, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort?

La première page. (c) Jacques Ferrandez/Gallimard.

Jacques Ferrandez offre une relecture passionnante de cette histoire. Bien sûr, il lui a fallu adapter le roman en bande dessinée mais il n'a rien égaré de l’œuvre originale. Au contraire, il en fait admirablement ressortir les deux parties. Surtout, il joue entre la lumière et la chaleur accablante du début qui écrasent Meursault partout où il est, à Alger, à la morgue de l'asile, sur la plage et ensuite l'obscurité de la prison, du cabinet du juge, toujours doublée d'une chaleur terrible, jusqu'à la cour d'assises. Un contraste qui accentue la luminosité du début et l'obscurcissement de la suite.

(c) Jacques Ferrandez/Gallimard.

Jacques Ferrandez travaille sur doubles pages où les cases classiques, quoique de format en rapport avec le récit, viennent souvent se poser sur des aquarelles des paysages locaux. Des lieux qu'il connaît bien puisqu'il est né à Alger le 12 décembre 1955. "Mes grands-parents avaient un petit magasin de chaussures au 96 rue de Lyon", raconte-t-il, "et c'est au 93, en face, qu'Albert Camus a passé toute son enfance et toute son adolescence. Ma grand-mère paternelle et la mère d'Albert Camus étaient de la même génération. D'origine espagnole toutes les deux, elles se connaissaient en tant que voisines. Mon père, qui avait cinq ans de moins que Camus, a fréquenté le même lycée que lui."

Il fait encore remarquer que Camus n'avait pas trente ans quand il a publié "L'Etranger", roman de jeunesse: "Pour moi, Meursault a l'âge que Camus avait lorsqu'il a écrit "L'Etranger", un véritable roman noir, sudiste, "cuirassé de soleil". C'est un roman qu'on n'a pas fini d'épuiser, qu'on le lise en regard d'une époque et d'un lieu où il a été écrit, l'Algérie coloniale, ou de manière plus universelle."

(c) Jacques Ferrandez/Gallimard.

Jacques Ferrandez a beaucoup repris les mots d'Albert Camus. "Cela ne pose aucun problème dans les scènes dialoguées, qui sont nombreuses, mais c'est plus difficile dans les descriptions, ou lorsque Meursault parle à la première personne. Je ne voulais pas que tout l'album soit accompagné de texte off; il était important pour moi de garder le style direct. Mais l'incipit, "Aujourd'hui, maman est morte", était impossible à éviter."
Un flash-back dialogué suit donc la scène initiale où Meursault monte dans le car pour Marengo. "Ensuite, dans la seconde partie, lorsque Meursault est seul en prison, sans interlocuteur, j'ai introduit sa voix intérieure, puisque ce monologue est décrit par Camus lui-même: "et j'ai compris que pendant tout ce temps j'avais parlé seul." A partir de là, il y du récitatif au-dessus des vignettes, correspondant à la voix de Meursault."

(c) Jacques Ferrandez/Gallimard.


Et la phrase ultime, inévitable: "Et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."



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