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mardi 26 novembre 2013

LA dore le "nioulouc" de Dior et Goetzinger


C'est marrant, ce matin à la radio, j'entendais
Régine Deforges défendre son très beau et très épais livre de mémoires, "L'enfant du 15 août" (Robert Laffont, 474 pages). Un ouvrage où celle qu'on dit sulfureuse, courageuse, se décrit sans détour et qu'elle conclut par les mots: "Oui, merci de ce cadeau inouï: la vie."

Cela m'a rappelé un débat que j'ai animé il y a quelques semaines avec la même Régine Deforges et la dessinatrice Annie Goetzinger ("La Demoiselle de la Légion d'honneur", Dargaud, 1980, Les Humanoïdes associés, 1990) qui vient de publier l'excellente bande dessinée, un roman graphique biographique, dans une belle édition à dos toilé, "Jeune fille en Dior" (Dargaud, 128 pages).


Quelle existence que celle de Régine Deforges! Et elle n'est pas finie...
Elle est née le 15 août 1935, juste avant la guerre. La lectrice précoce et boulimique nous raconte tout de sa vie de petite fille, d'adolescente, de femme, d'amante, de mère, d'éditrice, de libraire, d'écrivaine, de brodeuse.. Ses mémoires sont à la fois touchantes et passionnantes.

On comprend très vite dans ce texte qui reprend des épisodes vécus déjà intervenus dans ses romans combien elle a toujours souffert, jusqu'à aujourd'hui, d'une blessure ancienne: son journal intime d'adolescente, où elle relate ses expériences homosexuelles, lui a été volé par un camarade de classe et ne lui  a été restitué qu'à la condition expresse qu'il soit détruit. "Le cahier volé", c'était cette histoire-là. Un drame dont Régine Deforges ne s'est jamais remise.

On la suit avec intérêt dans les divers lieux où elle a vécu, la campagne du Poitou, l'Afrique, Paris, d'autres coins de France... Elle relate ses deux maris et son compagnon, Jean-Jacques Pauvert, ses trois enfants, ses procès, ses luttes pour les libertés, dont celle d'éditer.

L'air de rien, elle nous repasse en toile de fond tout le film du siècle dernier en France. Tout ça rien qu'en une vie! Mais, derrière toutes ces péripéties, se dessinent des aspirations assez fleur bleue de cette rousse magnétique.



"Jeune fille en Dior". (c) Annie Goetzinger/Dargaud.
"Jeune fille en Dior" commence en février 1947. Paris se relève péniblement de la guerre et Christian Dior organise son premier défilé.

Les élégantes se pressent au 30 avenue Montaigne, curieuses, intriguées. A leurs côtés, la jeune Clara Romant, envoyée par le journal "Le jardin des modes" et qui ignore encore qu'elle sera l'héroïne du titre.

Comme toutes les femmes présentes, malgré sa mise modeste, elle sera parfumée de quelques gouttes de "Miss Dior", tout juste créé lui aussi. En montant dans la pièce du défilé, elle découvre de prestigieuses consœurs, déjà placées, venant du "Harper's Bazaar", de "Vogue", de "Elle", des personnalités du Tout-Paris. Et elle assiste à ce défilé prodigieux, qui a enthousiasmé l'ensemble du public. "It's quite a revolution, dear Christian!", déclare Carmel Snow ("Harper's Bazaar"). "Your dresses are wonderful, they have such a new look!" L'expression célèbre était lancée...

Annie Goetzinger a fait un énorme travail de documentation pour concevoir cette épatante biographie de Christian Dior. Elle nous présente la maison de couture et surtout, tous ceux qui l'animent, qu'ils soient importants ou non. "J’ai tenu à montrer que la mode est une création collective", dit-elle. "Au-delà de l’idée géniale d’un créateur, toute une équipe travaille dans l’ombre."

La dessinatrice nous emmène dans les coulisses, dresse un attachant portrait de cet homme voué à son art, mais attentif à ses proches, qu'a été Christian Dior, à travers le regarde de Clara Romant. Son roman graphique est extrêmement prenant, qu'on soit féru de mode ou pas. Surtout, on sent à toutes les pages, simples ou doubles, bousculant les règles strictes de la bande dessinée, l'immense plaisir qu'elle a pris à les concevoir, à les dessiner et à les mettre en couleurs.

Elle s'en explique ici.
http://www.youtube.com/watch?v=s0-xnDSOmBw&list=UURw2Zb9E6WTj8-LTUACCePA



"Jeune fille en Dior". (c) Annie Goetzinger/Dargaud.

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