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lundi 18 novembre 2013

LAV rifié son cartable: il est plein de livres

Son cartable est plein d'albums et de romans qui parlent de l'école, oui, mais pas d'albums-médicaments, sensés "dédramatiser" l'expérience des ces pauvres jeunes enfants. A moins que ce ne soit celle de leurs parents? Evoquons plutôt des nouveautés qui ont fait de l'école leur sujet. Point à la ligne. Et qui s'inscrivent dès lors dans la littérature. Et dont on peut donc encore parler après la rentrée scolaire. Pareil pour les romans.

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La quatrième de couverture de "La tête en vacances". (c) Actes Sud Junior.

Ci-dessus, l'image qui fait le plus chaud au cœur et  déride le mieux le cerveau. Elle apparaît en quatrième de couverture de "La tête en vacances" (texte de Vincent Cuvellier, illustrations d'Anne Laval, Actes Sud Junior, 32 pages). Une histoire d'école buissonnière assez originale, avec d'extra plagistes circulant en pleine ville.


Le jour de la rentrée scolaire. (c) Actes Sud Junior.
Tout l'album est sympa d'ailleurs avec cette famille classique (papa, maman, fils, fille) qui vient de rentrer de vacances mais a laissé sa tête là-bas. Le jour de la rentrée scolaire, quand le jeune narrateur est réveillé par son père, il règne une drôle d'atmosphère dans les pièces: huile solaire, maillot de bain, masque de plongée, corne de brume...

Et c'est en tenue de plage, maillot, parasol, seau et bouée, que père et fils prennent le chemin de l'école. En route, pile en face de l'institution scolaire, ils se rappellent qu'ils n'ont plus vu les canards de l'étang depuis longtemps. Ils ne vont pas croiser que les volatiles au bord de l'eau! Tout le petit monde de l'école semble s'être donné rendez-vous dans le parc pour une journée de rentrée peu ordinaire.

Le texte de Vincent Cuvellier apporte de l'air frais à la rengaine qu'est la rentrée scolaire, et glisse des allusions que seuls les plus de 40 ans comprendront, comme celle d'enlever le haut et le bas... Les illustrations d'Anne Laval sont extrêmement plaisantes. En format à l'italienne et à bord perdu, expressives et colorées, elles suivent habilement le rythme du texte, fourmillant de détails ou se faisant plus sobres selon les épisodes.

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Vincent Malone, l'autoproclamé "roi des papas", doit beaucoup aimer l'école! Il signe les textes de deux albums sur le sujet. Un grand format bien épais, "Avant quand y avait pas l'école", illustré par André Bouchard (Seuil Jeunesse, 48 pages), écho au précédent "Quand papa était petit, il y avait des dinosaures"  du duo (Seuil Jeunesse, 2003, réédité cette année pour les vingt ans de la maison d'édition). Et un petit, "Kiki kiffe l'école", illustré par Jean-Louis Cornalba (Seuil Jeunesse, 32 pages), où on retrouve le pingouin Kiki, le king de la banquise.

(c) André Bouchard/Seuil.
Vincent Malone décoiffe des deux côtés mais différemment. Dans "Avant quand y avait pas l'école", formule qui deviendra la ritournelle de l'album, il imagine le temple du savoir au temps de la préhistoire tout en glissant des piques à l'actuel - que les adultes lecteurs apprécieront.

L'anachronisme est solidement maîtrisé. Du cours d'arts plastiques aux interros surprises en passant par la signification de Pi (3,1416 etc.), les paquets de céréales du petit déjeuner ou les centres aérés, le duo auteur-illustrateur a concocté des pages débordant de drôlerie et d'humour, pour peu qu'on les regarde de près - c'est, rappelons-le, le rapport texte-images qui fait l'album pour enfants. Exemple: "Avant, quand y avait pas l'école, les grenouilles ne se laissaient pas encore disséquer sans rien dire."

Bref, on s'amuse beaucoup et on croise quelques notions d'histoire. Surtout, on réfléchit en rigolant au sens de l'école! Les dessins très variés sont un régal d'inventivité par rapport à la pseudo-sobriété des textes. Et bien entendu, on rencontre beaucoup de dinosaures en tous genres, puisque que "Quant papa était petit, il y avait des dinosaures" et que c'est forcément quand papa était en âge d'école qu'il y en avait.


Kiki est très fort avec les cubes à lettres. (c) Seuil Jeunesse.
Dans l'autre titre, en  petit format carré,"Kiki kiffe l'école", Vincent Malone envoie Kiki,
3 ans et quelques mois, vivre sa première rentrée scolaire. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le futur "King de la banquise" n'en mène pas large à ses débuts d'écolier. Malgré sa "casquette et ses baskets Naïke". Malgré son cartable que l'enfant-lecteur l'a aidé à préparer.

A noter que toutes les pages sont partagées en deux espaces, l'un dédié à Kiki, l'autre étant réservé à d'autres habitués de la banquise.

On le voit partir vers l'école, conduit par son père en scooter des neiges  - la casquette est joliment posée sur son casque. Check avec les copains, discours du directeur, passage obligé par le casier, et voilà que débute la journée de classe. Madame Cochon se révèle être une institutrice à toute épreuve. Puis, c'est la récré et le retour à la vie réelle. Heureusement, la cantine arrive vite. Elle sera suivie d'une après-midi plutôt cool, sauf à la fin où c'est "quartier libre"!

Bref, le lecteur est de nouveau invité à remettre un peu d'ordre, dans la classe cette fois. Et Kiki rentre chez lui: "L'école, c'était trop cool!" Oui, mon petit Kiki, mais il y a un tout petit hic...

Voilà un petit album ultra-drôle que devraient beaucoup aimer les adultes fans de Philippe K. Dick, ainsi  que l'indique son bandeau.

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Toujours aussi surprenant, Jacques Duquennoy envoie cette fois ses fantômes chéris et célèbres à l'école. Cela donne "L'école fantôme" (Albin Michel Jeunesse, 48 pages) évidemment. Toujours en format à l’italienne et dans la logique fantôme désormais bien établie au fil des titres.

Dès les pages de garde, on voit la petite troupe en blanc, Henri, Lucie, Georges et Edouard, dûment équipée de cartables colorés se pointer à l'école à minuit. Ils vont bien entendu à l'Ecole Fantôme et leur professeur ne peut s'appeler autrement que Passe-Passe. On va suivre toutes les découvertes des jeunes fantômes dans ce nouvel album. Non, ils ne doivent pas entrer en classe par la porte mais traverser le mur!

Entrer en classe. (c) Jacques Duquennoy/Albin Michel Jeunesse.

On le sait, leurs cours se déroulent la nuit. Au programme: déplacer un objet à distance, devenir invisible, changer de salle de cours... Des exercices somme toute banals, même s'ils s'avèrent difficiles pour notre quatuor et dépaysants pour leur enseignant. Ce dernier leur présente Filoute, une petite araignée de 3 mm et 1 gramme, tout juste née et qu'ils vont observer. Les leçons se compliquent néanmoins au fur et à mesure qu'avance la journée: ressusciter des plantes mortes pour en faire des immortelles, entraînement au vol, cours d'astronomie etc., jusqu'à la finale inattendue et inquiétante un petit moment. Après tout cela, fantômes et lecteurs auront bien mérité une récréation.

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Peu de textes mais beaucoup d'images, tendres et amusantes, souvent sur double page, à décrypter dans "La rentrée des animaux", de Samir Senoussi et Henri Fellner pour les illustrations (Gallimard Jeunesse, 40 pages). On suit avec plaisir durant une journée d'école tous ces animaux d'espèces différentes, avec leurs logiques et leurs modes de fonctionnement particuliers, en classe, à la cantine et à la récré.

Les amateurs de gym. (c) Gallimard Jeunesse.
Déjà, l'arrivée à l'école est sympathique, qu'ils soient sur deux, quatre ou aucune patte, équipés d'un cartable sauf le chameau qui en a deux. A l'entrée en classe, d'autres surprises attendent le lecteur, le caméléon qui prend les teintes des flacons de couleurs, le crabe qui fait de la musique, les amateurs de pirouettes et de gymnastique.

Au repas, le tamanoir aimerait bien quelques fourmis dans ses épinards... La sieste, c'est pour tout le monde, sauf pour les lucioles.

La récré amène d'autres réactions mais la journée de classe se termine et les parents viennent rechercher leurs enfants.

Beaucoup de bonne humeur dans cet album qui transpose les émotions enfantines chez les différentes espèces animales.

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Apprendre à conjuguer le verbe "m'embêter"'est la suggestion "Je, tu, il m'embête", le nouvel album de Michel Van Zeveren (L'école des loisirs/Pastel, 32 pages), un moyen format qui se déroule aussi dans une classe d'animaux. Tout débute par un soupir de Petit Loup, affalé sur son banc: "Je m'embête..." La porte s'ouvre et le Lion entre: "Toc! Toc! Est-ce que je peux vous embêter une seconde?" demande-t-il à l'instituteur qui quitte sa classe: "Attention! Pas de bêtises, les enfants!"


Mouais, c'est ce qu'on va voir... Petit Loup donne le signal du départ: "C'est pas bête d'embêter quelqu'un quand on s'embête!" Et il empoigne les oreilles du lapin. S'ensuit une chaîne d'embêtants et d'embêtés, chacun empoignant les oreilles d'un autre. A noter que les animaux ne sont pas représentés à leur échelle habituelle, permettant des situations inattendues, au moins jusqu'au retour en classe de l'instituteur...

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Et enfin deux nouveau romans illustrés sur l'entrée au collège, la fameuse "sixième" des Français, la sixième primaire des Belges.

"Trop classe la sixième!" de Robin  Mellom, illustré par Stephen Gilpin (traduit de l'américain par Sabine Boulongne, Seuil Jeunesse, 296 pages) apparaît fabriqué. Peut-être parce que l'auteure, une ancienne institutrice américaine, s'est inspirée de ses élèves pour créer le personnage de Trevor Jones? Ou parce qu'elle a fait le choix du pseudo-reportage pour raconter la rentrée en sixième catastrophique et donc comique de son héros? C'est un peu comme si on retrouvait une télé dans le livre.

Par contre, "Le petit Gus au collège", de la géniale car finement observatrice Claudine Desmarteau (Albin Michel Jeunesse, 172 pages), respire le vécu. Comme tous les ouvrages de cette auteure-illustratrice qui pique sans se moquer. La réalité, la sienne sans doute, complétée de celle des enfants, apparaît pimentée d'humour grinçant, adoucie de tendresse pour les membres de la famille, et relevée de vocabulaire et de gros mots au goût du jour.

Qu'on est content de retrouver le petit frère de Romain et Delphine, héros attachant, qu'on a appris à connaître dans les trois volumes précédents! Enfin, le petit Gus a grandi. Il n'a plus dix ans comme précédemment. Au contraire, il entre en adolescence, et malgré le titre, c'est cela le sujet de cet excellent roman éclairé de nombreux dessins.

Les hormones de la puberté font leur travail, amènent leur lot de questions et de sentiments. Notre chouchou entre dans la cour des grands, avec les profs salauds, les filles effrayantes, les garçons fanfarons. Mais il reste lui-même, sympa, vif, avec sa manière bien particulière de considérer les choses et de les raconter. Comme le Petit Nicolas photographiait la cour de l'école des années 60, le Petit Gus photographie celle des années 2010.
Un roman décapant et réjouissant, plein d'anecdotes croquignolettes.

Les conseils du frère. (c) Claudine Desmarteau/Albin Michel.

Le souvenir laissé par la sœur. (c) Claudine Desmarteau/Albin Michel.
Le premier jour, hormones non synchrones. (c) Claudine Desmarteau/Albin Michel.




Et il restera toujours l'incontournable roman de Susie Morgenstern, "La sixième" (L'école des loisirs, Neuf), qui fêtera ses trente ans l'an prochain. Même que cela ne se voit pas.
"Mon plus grand best-seller dicté par ma fille Mayah en sixième", en dit la romancière.
Un excellent bouquin pour préparer ou pour se souvenir de cette année "terrible" (à prononcer à haute voix avec le RRRR des anglophones).






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