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lundi 4 novembre 2013

LA de quoi patienter jusqu'à 13 h ce lundi

La table ronde des dix jurés du Prix Goncourt au restaurant Drouant à Paris.

Et peut-être seulement jusqu'à 12h45 ce lundi 4 novembre 2013 si les dix jurés de l'Académie Goncourt (Paule Constant, Pierre Assouline, Régis Debray, Françoise Chandernagor, Bernard Pivot, Didier Decoin, Edmonde Charles-Roux, Philippe Claudel, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, cfr photo ci-dessous) se mettent rapidement d'accord sur le choix du lauréat de l'année.

Les dix jurés Goncourt. (c) Micheline Pelletier.

Rappelons qu'ils se sont plus que quatre auteurs en lice.
Par ordre alphabétique,
Pierre Lemaître, "Au revoir là-haut" (Albin Michel),
Jean-Philippe Toussaint, "Nue" (Minuit),
Karine Tuil, "L’invention de nos vies" (Grasset),
Frédéric Verger, "Arden" (Gallimard).

A 13 heures, la table vide de la photo du haut sera non seulement occupée par les jurés mais prise d'assaut par la presse voulant immortaliser le/la lauréat(e) entre les académiciens.


Cela laisse toute la matinée pour se mettre en condition en parcourant l'excellent ouvrage de Pierre Assouline, "Du côté de chez Drouant" (Gallimard/France Culture, 214 p.).
Sous-titré "Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt", le touffu ouvrage passe en revue la vie littéraire française par le tamis de l'attribution du prix Goncourt. Très vite, on se rend compte que les choses n'ont pas tellement changé en un siècle. On complote toujours autant, on se bagarre toujours autant. Les rumeurs et les vrais-faux secrets ne sont pas des inventions récentes. Et les lauréats-surprise non plus. Mais quel régal que cette somme d'informations regroupées à cette occasion.

Le livre reprend les textes des six émissions que France Culture a diffusées du 27 juillet au 31 août 2013 sur "la vie littéraire en France au XXe siècle à travers les débats de l'Académie Goncourt". Si Pierre Assouline les a développés et enrichis pour la version papier, il a conservé le ton du micro pour lequel ils avaient été conçus.

Pierre Assouline. (c) Gallimard.
L'auteur a bien entendu choisi de décliner son propos en menu à cinq plats. Les "Amuse-bouches" font un petit point sur le prix Goncourt et sa société. Les affaires commencent en douceur avec les "Entrées" qui vont de 1903, et le premier prix Goncourt, à 1913, juste avant la Première Guerre mondiale. On y va pour de vrai avec le chapitre "Gros poissons, rôts et faisans", de 1914 à 2012, année sur laquelle il ne dira rien ou si peu car le nouveau juré a un devoir de réserve.

Chacune des distinctions est rattachée à son année, remise en perspective et assortie d'anecdotes croustillantes et/ou des polémiques du temps. Les bagarres entre Gaston Gallimard et Bernard Grasset évidemment, mais aussi celles qui opposent certains jurés. Les manœuvres des uns et des autres sont dignes des meilleurs romans-feuilletons. En parallèle, on découvre l'évolution d'un prix qui devient très vite très convoité et on suit la vie de l'édition durant cent dix ans. Les défenseurs de Proust, Céline, Simenon, successivement, n'hésitent pas à se jouer des tours de cochon. Pas étonnant que les aventures des Goncourt aient donné lieu à une pièce de théâtre dès 1927!

Le chapitre "Fromages" traite des suites du prix et du chèque de 10 euros aujourd'hui remis au gagnant. Les "Desserts" auscultent l'avenir. En annexes, les convives placés aux dix couverts, la liste des 110 prix décernés, de 1903 à 2012, le testament des frères Goncourt, les statuts de l'Académie Goncourt et la liste des ouvrages consultés par l'auteur.

Passionnant de bout en bout, "Du côté de chez Drouant" se savoure avec gourmandise et ferre son client pour lui donner à (re)découvrir une petite histoire de la littérature, vivante et piquante. Chapeau à Pierre Assouline pour ses sources: archives de l'académie Goncourt, presse de l'époque, journaux intimes d'écrivains, interviews radio méconnues.La lecture terminée, on n'a qu'une envie: vite, ouvrir tous ces livres. Et d'autres.



Et s'il reste encore du temps, on plongera en souriant dans "Le prochain Goncourt", où Etienne Liebig pastiche allègrement les onze derniers lauréats du prix, sans suivre l'ordre chronologique d'attribution des distinctions, pour mener à bien une enquête dans la Creuse. Il copie même l'éditeur Gallimard pour le graphisme de sa couverture... Il faut laisser son sérieux au vestiaire pour apprécier le pillage des prix Goncourt, transposés pour les besoins du roman en onze chapitres dans la Creuse!

Oui, près de la maison de Michel Houellebecq, où Jean-Pierre Coffe est retrouvé mort dans une tarte à la citrouille géante. On vous laisse découvrir les noms de l'inspecteur et de sa coéquipière. Allez, on vous les dit: Weyergland et Marie Ndxwsiaye.

Et on vous donne aussi les titres des onze chapitres, dans leur ordre d'apparition.

- La tarte et le méritoire
- Les malvoyantes
- Cinglé, ça bourre! Rouleau de patience
- Allô Babasong
- Le soleil des Coffe
- Trois flemmes puissantes
- La maîtresse de Küch
- L'art français de l'agraire
- Les sombres et chiantes
- Trois jours chez l'Amer
- Le sermon sur la chute des cheveux

Pour rappel:

2012 Jérôme Ferrari "Le sermon sur la chute de Rome" (Actes Sud)
2011 Alexis Jenni "L'Art français de la guerre" (Gallimard)
2010 Michel Houellebecq "La Carte et le Territoire" (Flammarion)
2009 Marie NDiaye "Trois Femmes puissantes" (Gallimard)
2008 Atiq Rahimi "Syngué Sabour. Pierre de Patience" (POL)
2007 Gilles Leroy "Alabama Song" (Mercure de France)
2006 Jonathan Littell "Les Bienveillantes" (Gallimard)
2005 François Weyergans "Trois jours chez ma mère" (Grasset)
2004 Laurent Gaudé "Le soleil des Scorta" (Actes Sud)
2003 Jacques-Pierre Amette "La maîtresse de Brecht" (Albin Michel)
2002 Pascal Quignard "Les ombres errantes" (Grasset)


En finale, Etienne Liebig présente ses excuses aux lauréats pastichés.



Moi, si j'étais rédac' cheffe quelque part, dès 13 heures, je passerais un coup de fil à Etienne Liebig et je lui passerais illico commande d'un pastiche du lauréat 2013.


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