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lundi 22 mars 2021

Sept récits du "procès de la solidarité" en livre

"Welcome". (c) Antidote Publishers.


Peut-on aller en prison en Belgique parce qu'on est migrant? Peut-on aller en prison en Belgique pour avoir été solidaire avec des migrant.e.s? La réponse est oui, tant du côté francophone que du côté néerlandophone. Il est donc autorisé de questionner la justice telle qu'elle est exercée en Belgique, surtout vis-à-vis de personnes faibles. A ce propos, le livre "Welcome" (Antidote publishers, 248 pages, 10 euros, liste des points de vente ici, ou en version électronique gratuite (ici), pouvant circuler librement, mais ne pouvant être vendue), est à lire. Il revient sur ce qu'on a appelé le "procès de la solidarité", plaidé à Bruxelles du 7 au 9 novembre 2018, jugé le 18 décembre 2018, jugement contre lequel le parquet a fait appel un mois plus tard. Le procès en appel va se tenir au Palais de Justice de Bruxelles ces 23 et 24 mars 2021.

Rappelons en deux mots de quoi il s'agit. Allaa, Anouk, Hassan, Hussein, Mahmoud, Mohammad, Mustapha, Myriam, Walid, Youssef, Zakia sont les prénoms des onze personnes, quatre hébergeur/se/s et sept migrants sans papiers, poursuivies depuis 2017 pour trafic d’êtres humains et participation à une organisation criminelle. Leur premier procès, en 2018, a fait la une des médias. Le jugement a acquitté les trois hébergeurs, Walid, Anouk et Myriam, ainsi que la solidaire Zakia. Les huit autres prévenus - un était absent - ont écopé d'amendes et de peines de prison avec sursis, la prison ferme ayant déjà été purgée en détention préventive, à l'exception de Thomas Ibra, absent lors du procès, pour qui la peine était ferme. Youssef a depuis été expulsé en Egypte. Le 12 janvier 2019, le Parquet a fait appel de la décision du 18 décembre 2018, renvoyant tout le monde vers la Justice. Là où nous en sommes aujourd'hui. Le procès recommence le 23 mars.

Réalisé avec le concours de l'association Solidarity is not a crime et des éditeurs engagés Antidote Publishers, le livre "Welcome" est un formidable travail sur ce "procès de la solidarité". Une introduction rappelle les faits et la politique migratoire européenne, montre les écarts entre les versions "officielles" et celles des personnes, s'accompagne d'une chronologie. Les auteurs écrivent: 
"Rendre compte publiquement et dans le détail, d'une part de l'écart entre les événements vécus et l'interprétation juridico-policière qui en était faite, d'autre part des conséquences qui en découlaient pour ces personnes, nous est apparu de plus en plus important."
Comment faire?
"La manière la plus ajustée de le faire nous semblait être de partager largement ces histoires telles que nous les avions reçues: sous la forme de témoignages.
Nous avons donc fait la proposition, aux sept personnes inculpées que nous avions rencontrées, d'enregistrer et de retranscrire leurs témoignages pour ensuite les publier."
L'ouvrage réunit ainsi les récits d'Allaa, Hassan, Zakia, Mustapha, Walid, Mahmoud et Myriam, tous inculpés pour "trafic d'êtres humains". Un panel lié aux rencontres dans la vraie vie et aux liens qui se sont tissés alors. Les autres inculpé(e)s n'ont pas été contacté(e)s. Les récits sont glaçants. A raison d'une trentaine de pages chacun sauf celui de Zakia deux fois plus long et sidérant et celui de Myriam, remplacé par un texte rédigé en février 2021, ils ont l'espace d'expliquer en détail ce qui leur est arrivé. On a rarement eu accès à de tels témoignages, suscitant mille indignations et mille questions. Dont celle-ci, lancinante: dans quel pays est-on pour que s'y déroulent de telles horreurs sans que cela dérange grand monde?

On peut retrouver les extraits des récits lus par des comédiens, Angelo Bison, Geneviève Damas, Pietro Pizzuti, Agnès Limbos , Barbara Abel, Yves Hunstad, Eve Bonfanti, Viktor Lazlo, Véronique Gallo, Michel Bussi, sur la page Facebook de l'association Solidarity is not a crime (ici).











 

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