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mercredi 8 novembre 2017

Le prix Femina à Philippe Jaenada

Philippe Jaenada.

Les dames qui composent le jury du prix Femina (Évelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens, Mona Ozouf, Danièle Sallenave, Josyane Savigneau, Chantal Thomas, Diane de Margerie) aiment les romans. Elles aiment encore plus les romans "vrais". La preuve par leur palmarès 2017 qui couronne Philippe Jaenada pour un roman d'investigation, John Edgar Wideman pour un roman d'enquête et Jean-Luc Coatalem qui a mis ses mots dans les pas de l'écrivain-voyageur Victor Segalen.


Et dire que j'ai raté la rencontre à Bruxelles avec Philippe Jaenada! J'avais une bonne excuse. Je devenais grand-mère ce jour-là. Aujourd'hui mercredi 8 novembre, Philippe Jaenada reçoit un prix Femina bien mérité pour son pavé - on se se refait pas - énigmatiquement intitulé "La serpe" (Julliard, 643 pages). La serpe, l'arme des crimes sur lesquels se penche le romancier, amateur de faits divers non assez élucidés à son idée.
Un roman dont le premier tirage, un collector, arbore fièrement en page de titre le nom de Phlipppe Jaenada. Un "P" supplémentaire qui pourrait faire dire à l'écrivain: "Putain, j'ai gagné!". Un "I" manquant alors que l'écrivain est immense.

Le Prix Femina 2017 a été remis à Philippe Jaenada, 53 ans, au cinquième tour de scrutin par six voix contre quatre pour Véronique Olmi ("Bakhita", Albin Michel), Miguel Bonnefoy ("Sucre noir", Rivages) ayant aussi obtenu des voix. Son livre retrace le parcours d'Henri Girard qui prendra en 1950 le pseudonyme de Georges Arnaud pour publier "Le salaire de la peur". Mais quand le roman débute, nous sommes en 1941 et le jeune homme est accusé d'avoir assassiné à la serpe son père, sa tante et leur bonne dans leur château près de Périgueux, au fin fond du Périgord.  Les indices sont contre lui. Il est le seul survivant du massacre. Toutes les portes étaient fermées. Aucune effraction n'a été constatée. Il est aussi l'unique héritier des victimes. Et avait, deux jours plus tôt, emprunté l'arme du crime aux voisins.

Henri Girard sera emprisonné près de deux ans. Et même si un ténor du barreau obtiendra son acquittement, l'opinion publique reste convaincue de sa culpabilité. Le jeune homme s'exilera en conséquence au Vénézuéla pendant plusieurs années. Henri Girard-Georges Arnaud (1917-1987) reviendra en France mais toujours nimbé d'un halo noir, le triple assassinat du château n'ayant jamais été élucidé.

Jamais, jusqu'à ce qu'un écrivain aussi têtu et minutieux que Philippe Jaenada s'en mêle... Ce fait divers diabolique ne pouvait le laisser indifférent. Il s'est immergé dans cette histoire, a plongé dans les archives, a mené son enquête qu'il nous livre dans ce gros livre à sa sauce, illuminé d'apartés, de digressions et de propos personnels comme il l'avait déjà fait avec bonheur dans "La petite femelle" (Julliard, lire ici).

Pas d'extrait en ligne malheureusement.


Le prix Femina étranger 2017 distingue l'Américain John Edgar Wideman, 76 ans, auteur d'une dizaine de romans dont "Le projet Fanon" (2013), pour "Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Catherine Richard-Mas, Gallimard, collection "Du monde entier, 224 pages), sorti en mai de cette année. Le lauréat l'emporte de peu sur Paolo Cognetti ("Les huit montagnes", traduit de l'italien par Anita Rochedy, Stock, "La Cosmopolite"): par cinq voix contre quatre.

Basé lui aussi sur un fait divers, le récit mêle réalité, fiction et autobiographie.. En 1955, Emmet Till, un adolescent afro-américain, accusé d'avoir sifflé une femme blanche, est enlevé et violemment assassiné. Il est assimilé à son père, exécuté pour viol en 1945, et le jury décide d'innocenter ses meurtriers. L'auteur relate ses recherches sur cette affaire puis raconte la vie du jeune homme.

Le début du roman peut être lu ici.


Le Prix Femina essai 2017 récompense Jean-Luc Coatalem, 58 ans, pour "Mes pas vont ailleurs" (Stock, 283 pages). Il y revisite l'œuvre de l'écrivain-voyageur breton Victor Segalen, mort mystérieusement à 41 ans. En étudiant les lettres d'amour de ce dernier, ses nombreux  voyages, le lauréat fait apparaître de nombreuses résonances entre lui-même et son sujet d'écriture.

Pour lire le début du livre, c'est ici.


Enfin, le jury du Femina attribue un Prix spécial pour l'ensemble de son œuvre à Françoise Héritier (lire ici). Un cadeau d'anniversaire à l'avance puisque l'anthropologue, ethnologue, féministe fêtera ses 84 ans dans une semaine.
Elle avait été retenue dans la dernière liste du Femina pour son dernier ouvrage, "Au gré des jours" (Odile Jacob), où elle livre ses réflexions sur la capacité à se souvenir des sensations et moments heureux qui font la richesse de la vie.


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