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dimanche 13 novembre 2016

Envie de respirer? Lisez Jean Teulé!

Jean Teulé.

Que s'est-il passé? Nous aurait-on changé notre Jean Teulé? Lui qui nous a habitués à des bouquins terribles, atroces parfois, nous revient avec "Comme une respiration…" (Julliard, 156 pages), quarante courtes histoires vraies qui sont autant de petites bulles de joie et d'espoir. "Je voulais que le livre soit comme un bol d'air", m'explique-t-il, de passage à Bruxelles. "Surtout maintenant qu'on vit une période particulièrement étouffante." L'actualité de la semaine écoulée a bien servi son nouveau livre!

De "Cui-cui" avec "une maison pas bleue pas adossée à la colline" à "Sophiiie" qui clôt le recueil et s'achève par le mot "sourire", on découvre avec grand plaisir ces quarante histoires. "Lorsque j'allais en province pour des salons du livre ou des rencontres en librairie", explique Jean Teulé, "je posais cette questions aux gens: avez-vous déjà vécu dans votre vie une histoire où tout allait mal et où, à la fin, on respire?" 

Le livre est composé de ces histoires, des vies ordinaires où il arrive quelque chose d'extraordinaire. Dont une de l'auteur. "A un moment, ceux que j'interrogeais m'ont demandé: et vous? J'ai alors écrit l'histoire qui a été la respiration de ma vie." Pas de gens célèbres mais le témoignage, sous forme anonyme, de Miou-Miou, la compagne de l'écrivain. L'apprentie tapissière, c'est elle.

On croise des hommes, des femmes, des enfants, des vieux, des oiseaux, des plantes, quelques dessins et quelques photos. "Les styles d’écriture sont différents selon les histoires", ajoute Jean Teulé. "Je voulais aller du côté des belles choses alors qu'avant je ne racontais que des horreurs. Faire une pause respiration." Evidemment, à la lecture, chacun aura ses préférences, mais tous les récits sont réjouissants. Minuscules ou magistraux, ils donnent du cœur à vivre. Montrent que la réalité dépasse souvent la fiction. En un mot, font du bien. "Le monde est parfois plus à l'endroit qu'on ne l'imagine", reprend l'auteur. "Comme ces voyous dans un train qui aident une fille à descendre sa valise. On croit souvent que tout doit être à l'envers."

On découvre un kaléidoscope joyeux et, surtout, lumineux. De la mitaine tricotée pour le petit doigt que Yann a perdu dans un accident à la chevrette sauvée des flots par un boucher nommé Lelièvre, de la mariée en route vers la cérémonie qui change de mari en cours de route à l'automobiliste qui tente de sauver une suicidaire trop lourde pour lui, du petit garçon toujours moqué qui découvre enfin son prénom alors qu'il a 8/9 ans à la fille qui échappe à ses agresseurs en leur demandant de l'aide... Sans oublier Théophile, le fils meurtri qui apprend à accepter la mort de son père en se faisant tatouer sur la peau des dessins à lui - le père était l'immense dessinateur Philippe Bertrand qu'il m'a fait grand plaisir de croiser ici.

Curiosité: comment s'est établi l'ordre de passage des histoires? Réponse étonnante: "Je n'ai pas fait comme les chanteurs qui règlent l'ordre de leurs chansons sur un disque. Les histoires apparaissent dans le livre dans l'ordre où je les ai récupérées. Jusqu'à la dernière qui est la seule où quelqu'un meurt. Mais le dernier mot du livre est "sourire"."

On notera encore la surprise de Jean Teulé qui avait déjà reçu trente histoires sans que personne ne lui ait raconté d'histoire d’amour. "J'ai alors eu la plus incroyable, celle de la mariée qui rencontre l'amour en allant à son mariage. Puis celle, tendre, du vieux couple qui s'offre des urnes funéraires."

Voilà assurément un livre qui permet de mieux respirer. Merci à Jean Teulé de nous transmettre ces témoignages, ces expériences. "J'ai été frappé par le courage, la solidarité, le cœur, l'originalité, la fantaisie des gens normaux," me dit-il. "J'espère que le livre va faire du bien. Il est temps de tenter le bonheur, la douceur, la gentillesse."

Pour lire le début de "Comme une respiration...", c'est ici.




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